SERY n'a pas assez d'argent pour offrir sa clinique pour réfugiés

La directrice générale de SERY, Joanne Ouellette.... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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La directrice générale de SERY, Joanne Ouellette.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) Il y a des limites à faire plus avec moins, clame Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY). Alors que sa clientèle augmente, l'organisme peine à obtenir le financement nécessaire pour lui donner accès à sa clinique pour réfugiés. Ce faisant, les rendez-vous sont suspendus depuis le mois de mai.

La clinique existe depuis 2012, à la demande de la Direction de la santé publique. L'entente de trois ans signée avec le Centre hospitalier de Granby, qui prévoyait un financement annuel de 10 000 $ pour l'accueil d'environ 80 réfugiés par année, a pris fin en décembre dernier.

Or, cette entente tarde à être renouvelée puisque SERY et Québec ne s'entendent pas sur le financement à venir. Alors que l'organisme spécialisé dans l'accueil des réfugiés est prêt à prendre en charge 120 réfugiés annuellement, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) refuse de doubler son enveloppe pour lui permettre d'y parvenir.

«Le 10 000 $ sert à financer le travail d'un agent de liaison à raison d'une journée par semaine, explique Joanne Ouellette, directrice générale de SERY. Ça, c'était quand on accueillait 80 réfugiés. Avec la vague de la Syrie, ce sont 143 réfugiés qu'on a pris avec nous cette année. Il y a de plus en plus de gens à voir, et on a besoin du 10 000 $ supplémentaire pour payer une deuxième journée de travail par semaine à notre agent, qui croule sous l'ouvrage.»

Manque à gagner de 6000 $

Or, des représentants du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux de l'Estrie (CIUSSS) ont opposé une fin de non-recevoir à l'organisme: pour absorber la hausse de clientèle, il recevra 4000 $, pas un sou de plus. «Ça me fait un manque à gagner de 6000 $, calcule Mme Ouellette. On me dit qu'il n'y a plus d'argent, mais moi, je suis un organisme à but non lucratif: j'en ai encore moins! Je dois gratter mes cents pour arriver.»

En outre, la clinique est abritée à même les locaux de SERY - il s'agit d'ailleurs du seul organisme au Québec à héberger sa propre clinique. Ce faisant, SERY doit fournir quatre bureaux «chauffés, éclairés et nettoyés» au CIUSSS, des dépenses qui n'étaient pas comptabilisées dans l'entente initiale. «Au départ, nous fournissions un agent de liaison à raison d'une journée semaine et un bureau pour une travailleuse sociale. Aujourd'hui, c'est quatre bureaux pour héberger le médecin, l'infirmière, la travailleuse sociale et l'adjointe administrative en plus (...) C'est clair qu'on n'arrive plus», détaille Mme Ouellette.

Les rendez-vous suspendus

Faute de financement, les rendez-vous à la clinique pour réfugiés du SERY sont suspendus depuis le mois de mai, a confirmé Mme Ouellette. Une trentaine de personnes attendent la reprise du service, a-t-elle ajouté.

Cela ne nuit pas à leur intégration, «mais si quelqu'un arrive et qu'il a une maladie infectieuse, je vais l'envoyer à l'urgence, c'est mon seul moyen», laisse tomber Mme Ouellet, qui a interpellé le député de Granby, François Bonnardel, à ce sujet.

«Je ne peux reprocher au SERY de refuser de maintenir la clinique des réfugiés dans de telles conditions. Ce n'est pas à eux de la financer, c'est au ministère de le faire», a réagi l'élu par communiqué, soulignant que le fait de rediriger des réfugiés vers l'urgence pour obtenir leur bilan de santé risque d'être beaucoup plus coûteux pour l'État que la somme réclamée par l'organisme.

Le bureau du député a interpellé le cabinet du ministre Gaétan Barrette, sans réponse, provoquant l'ire de M. Bonnardel.

«Le SERY est le seul organisme au Québec qui héberge une clinique de réfugiés sous son toit. Il a été maintes fois cité en exemple pour son professionnalisme et son savoir-faire, mais plutôt que de voir ça comme un avantage pour les nouveaux arrivants, le MSSS considère que c'est un avantage pour l'organisme et préfère faire des économies de bouts de chandelle sur son dos. C'est tout simplement ahurissant», s'insurge-t-il.

Quant à savoir si le gouvernement fédéral pourrait éponger une partie de la dépense, il reviendrait à Québec de le négocier, allègue l'attaché politique du député, François Lemay. «S'il y a des ententes fédérale-provinciales, c'est au gouvernement de les faire respecter, dit-il. Si l'argent est pris plus haut, que le gouvernement le distribue et si l'argent promis n'est pas là, que Québec le réclame.»

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