Manifestation contre la contention

Nancy Melanson, conseillère du Collectif de défense des... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Nancy Melanson, conseillère du Collectif de défense des droits de la Montérégie (CDDM), André Leduc, coordonnateur du CDDM, et Lise Brouard, représentante des victimes du recours collectif contre l'hôpital du Suroît et porte-parole de la journée «Non aux mesures de contrôle».

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Il y a un an, le combat de Lise Brouard et du Collectif de défense des droits de la Montérégie (CDDM) se terminait par une entente hors cour avec l'hôpital du Suroît. La dame avait été victime à huit reprises de mesures de contrôle. Pour souligner cette victoire, le CDDM déclare que le 15 mai sera la Journée nationale «Non aux mesures de contrôle».

Porte-parole de cette journée qui sera soulignée tout au long de la semaine, Lise Brouard raconte avoir été soumise à la contention il y a plus de 15 ans, à Valleyfield. «Je ne réalisais pas qu'il y avait autant de personnes qui subissent ce que j'ai vécu, a-t-elle dit durant un point de presse, mardi, à Granby. Aujourd'hui, je suis fière que ma lutte personnelle devienne une revendication collective pour qu'on traite de façon humaine et respectueuse des personnes qui veulent seulement avoir de l'aide et qu'on soit à l'écoute de leur souffrance.»

Lors de ces périodes de contention, six personnes étaient chargées de la maintenir, de la mettre à nu, de lui installer une couche et une sorte de camisole de force du nom d'Argentino, de fixer la contention à un lit et de lui injecter une contention chimique avant de la placer dans une chambre d'isolement pendant plusieurs heures, sans eau ni nourriture. Une trentaine de victimes ont été indemnisées - alors qu'environ 240 auraient fait l'objet de telles mesures - au terme du recours collectif. Le centre hospitalier a dû débourser 600 000 $.

Pour fêter la victoire du collectif et souligner le courage de Mme Brouard, quelques manifestants ont brandi les pancartes à l'intersection du boulevard Leclerc et de la rue Paré, sur le terrain de l'hôpital de Granby, mardi, et remis leurs revendications à Patrick Poulin, coordonnateur de la santé mentale du CIUSSS de l'Estrie.

Revendications

Le collectif demande à ce que les mesures de contrôle soient éliminées dans les hôpitaux et qu'elles soient remplacées par des mesures alternatives basées sur l'écoute de la personne, la connaissance de ses habitudes et le respect du patient.

«On demande aussi la mise en place d'approches qui sont thérapeutiques, parce qu'on s'entend que mettre quelqu'un en contention ce n'est vraiment pas thérapeutique», note Nancy Melanson, conseillère du CDDM à Granby. Ces approches peuvent être basées sur des activités sociales, environnementales, culturelles, spirituelles ou sportives, par exemple.

«Il y a quelques années, il y avait sur tous les départements de psychiatrie des lieux où les gens pouvaient jouer au billard, au badminton, etc., et maintenant ces salles sont soit inexistantes, ou il n'y a plus de techniciens en loisir pour venir faire de l'animation. On avait des façons de pouvoir se dépenser à l'intérieur de l'hôpital qui n'existent plus maintenant.»

Le collectif demande aussi une formation continue pour les intervenants qui leur permettrait notamment de rencontrer des victimes de contention et d'entendre leur histoire et leurs idées.

Plusieurs autres revendications ont été remises à M. Poulin, qui s'assurera de les transmettre à la haute direction du CIUSSS, affirme-t-il.

Bonne figure

L'hôpital de Granby fait bonne figure, même si les statistiques plus précises n'existent que depuis la mi-janvier 2014. Auparavant, tous les types de contention, que ce soit les barrières sur les lits ou les attaches aux poignets des patients en soins intensifs qui risquent de s'extuber, étaient compilés dans la même case.

Maintenant, les chiffres sont ventilés selon le type de contention et de clientèle.

«Ce qu'on nous dit, au niveau de la psychiatrie dans les 15 derniers mois, au 5e étage est, c'est qu'il n'y aurait eu aucune contention d'appliquée, indique Mme Melanson. Par contre, ils appliquent beaucoup de surveillance étroite - un professionnel de la santé doit avoir un visuel sur la personne toutes les 15 minutes - et de surveillance constante - quelqu'un qui va suivre la personne tout le temps. Est-ce une façon déguisée d'isoler la personne? Il devra y avoir une discussion avec l'hôpital, mais si on s'entend sur les mêmes définitions et que les chiffres qu'on a reçus sont réels, l'hôpital de Granby fait vraiment bonne figure et je les encourage à en faire la promotion!»

Tabou

Les collectifs régionaux, membres de l'Association des groupes d'intervention en défense des droits en santé mentale du Québec, reçoivent des plaintes en matière de mesures de contrôle abusives. Cependant, le faire à visage découvert est la plupart du temps difficile.

«C'est un sujet extrêmement tabou, retient Gorette Linhares, agente de communications de l'association. Les gens ressentent de la honte, ce qui fait que ça les empêche d'entreprendre une démarche de plainte et c'est assez difficile d'avoir des gens pour témoigner. C'est rare qu'on a une Mme Brouard avec nous.»

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