Un an d'attente pour obtenir un rapport du coroner

Robert Duval a perdu son fils Jonathan Fontaine-Duval... (Janick Marois)

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Robert Duval a perdu son fils Jonathan Fontaine-Duval en janvier. Désirant connaître les causes et circonstances de son décès, il se bute à un long délai d'attente au Bureau du coroner.

Janick Marois

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Les délais sont longs pour obtenir un rapport du coroner lorsqu'un proche décède. Douze mois, en moyenne. Une interminable attente que dénonce le Granbyen Robert Duval, qui a perdu son fils de 34 ans le 11 janvier.

Le combat de M. Duval se joue sur deux fronts: l'accessibilité au dossier médical de Jonathan Fontaine-Duval, dont la mort demeure inexpliquée pour le moment, et le délai d'investigation du coroner et des tiers qui participent au rapport.

Jonathan avait reçu un diagnostic de cancer, avec la présence de plusieurs lymphomes de type Hodgkin en juin 2015, raconte son père. Les traitements de chimiothérapie ont débuté peu de temps après.

 En octobre, le jeune homme a été soumis à un scan de tomographie par émission de positrons, aussi connu sous le nom de PET scan. Les résultats ont démontré que le cancer avait disparu, mais la chimiothérapie a dû se poursuivre pour bien terminer le travail.

Le dernier des douze traitements a eu lieu le 8 janvier au Centre universitaire de santé McGill. Deux jours plus tard, Jonathan soupait avec une amie et était en grande forme. Le lundi 11 janvier, il est retourné à l'hôpital pour passer une résonance magnétique au coeur afin de s'assurer que l'organe résisterait à de la radiologie pour prévenir un retour d'un lymphome.

Le soir même, il s'est plaint auprès d'une amie, par téléphone, qu'il ne se sentait pas bien. Il avait mal aux jambes et peu d'équilibre. Le jeune homme a toutefois refusé que son amie vienne et a préféré aller se coucher.

«Il s'est couché et probablement qu'il ne s'est jamais réveillé, laisse tomber Robert Duval. Il a été découvert seulement le mercredi.»

Un an d'attente

«On a fait des démarches pour avoir les résultats de l'autopsie. J'ai réussi à parler l'adjoint du coroner-chef à Québec, Me Louis Breault. Il me dit qu'il n'y a rien à faire, ça prend à peu près un an pour avoir les résultats d'une autopsie.» Ses propos ont alors confirmé ceux tenus dans une lettre non signée du service à la clientèle du Bureau du coroner.

«Mon frère est médecin au Manitoba et ça prend de deux à trois mois», argue Robert Duval.

Il a également pu parler au coroner au dossier, Dr Alexandre Crich, qui a pris le temps de lui expliquer tout le processus d'une autopsie et a parlé de délais au niveau des pathologistes. «Les rapports sont obtenus plus rapidement quand l'autopsie a lieu dans la région de Québec, lit-il dans les notes qu'il a prises à la suite de sa discussion avec le Dr Crich. Il semble que les pathologistes sont plus rapides à Québec.»

«Je suis complètement bloqué. Qu'est-ce qui est arrivé à Jonathan? Tu te poses toujours cette question-là, laisse-t-il tomber. Ce n'est pas normal que ça prenne un an. Et il y a d'autres familles qui ne devraient pas vivre ça.»

En s'adressant aux médias, il espère pousser les instances à apporter des changements pour ces familles qui peinent à faire leur deuil.

Refus de l'hôpital

«J'ai tâché par toutes sortes de moyens d'avoir accès à son dossier médical. On me l'a refusé sous prétexte que le dossier médical d'un défunt n'est pas accessible à ses parents à moins que la personne ait signé une note avant de mourir. Jonathan ne l'a pas fait parce que, dans sa tête, il n'était pas question de mourir», affirme son père.

Une décision que s'expliquerait mal l'oncologue Dr Chaim Shustik, que Robert Duval a rencontré. À la suggestion du médecin, le père de Jonathan s'est adressé l'ombudsman de l'hôpital et a à nouveau essuyé un refus.

«J'ai quand même parlé à l'oncologue, le radio-oncologue, la cardio-oncologue. Je leur ai posé plein de questions, ils ont tous répondu, ils ont été corrects. [...] La seule façon d'avoir accès au dossier médical, c'est de poursuivre l'hôpital si je pense qu'il y a eu une erreur médicale. Il faut engager des avocats.»

La Protectrice du citoyen avait enquêté

La Protectrice du citoyen publiait en avril 2014 un rapport d'enquête à la suite de plaintes du public quant aux délais d'investigation des coroners. Une problématique «lourde de conséquences, tant sur le plan humain que financier, pour les proches des victimes», peut-on lire dans le communiqué publié à l'époque.

Le délai moyen des investigations était de 12,2 mois en 2012, allant même jusqu'à 15,1 mois pour les investigations avec autopsie et expertise. La même année, 2026 familles ont attendu au-delà de neuf mois pour obtenir le rapport du coroner, dont 799 plus d'un an et demi.

Les délais ne sont pas imputables uniquement aux coroners, mais aussi aux tiers qui travaillent au dossier, comme aux rapports policiers, aux expertises et autopsies, révèle l'enquête. La production des rapports des pathologistes requiert à elle seule neuf mois du délai moyen. 

«Les familles qui attendent les conclusions d'un coroner peinent à faire leur deuil et, souvent, vivent dans l'insécurité financière, ajoute-t-on. Dans la plupart des cas en effet, les compagnies d'assurances privées ainsi que les régimes d'assurance publics (SAAQ, CSST) exigent le rapport du coroner avant de verser des indemnités aux bénéficiaires. L'impact des longs délais d'investigation s'avère préjudiciable aux familles endeuillées qui, de surcroît, ont difficilement accès à l'information sur l'avancement de l'investigation et se sentent laissées à elles-mêmes dans une période éprouvante de leur vie.»

La Protectrice du citoyen, Raymonde Saint-Germain, avait adressé sept recommandations pour réduire les délais d'investigation et pour améliorer l'information donnée aux proches des défunts.

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