Les victimes invitées à se libérer

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Au-delà de l'immense battage médiatique qu'ont suscité les révélations troublantes sur la sexualité de Claude Jutra, Ressource pour hommes de la Haute-Yamaska, un organisme communautaire de la région, espère qu'elles permettront à d'autres hommes de parler, de s'ouvrir, de se libérer.

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Jérôme Roy
La Voix de l'Est

(Granby) Le programme HASE (Hommes abusés sexuellement dans leur enfance) procure un soulagement rapide à ceux qui le suivent, affirme la responsable du service, Zakya Arès. Mais la vingtaine de participants recensés dans la dernière année ne représenteraient que la pointe de l'iceberg dans la région.

Au-delà de l'immense battage médiatique qu'ont suscité les révélations troublantes sur la sexualité de Claude Jutra, un organisme communautaire de la région espère qu'elles permettront à d'autres hommes de parler, de s'ouvrir, de se libérer. Depuis un an, Ressource pour hommes de la Haute-Yamaska offre le programme HASE (Hommes abusés sexuellement dans leur enfance) à des victimes qui ont tendance à s'emmurer dans un mutisme profond.

«Lui [Jean, la victime de Claude Jutra], il l'a gardé [le silence] 30 ans, mais on a vu des cas qui l'ont gardé 50, 55 ans! [...] Ces hommes, ils ont adopté un certain déni parce qu'ils n'avaient pas le choix [...]. Alors pour moi, 30 ans, c'est dans la normalité du déni», explique Zakya Arès, responsable du service HASE.

Clairement, la clientèle n'est pas facile à joindre. Selon Mme Arès, la masculinité est le principal obstacle empêchant les hommes qui ont été abusés sexuellement dans leur enfance de se confier.

«Il y a les étiquettes! Les hommes grandissent avec ces étiquettes-là, alors c'est très difficile [pour eux] de venir se dévoiler aussi facilement. Les femmes se dévoilent. Les femmes, elles ont créé plein de ressources. Les hommes n'ont pas autant de ressources, encore plus les hommes abusés sexuellement. [...] Or, un homme est un être humain avec ses émotions, avec ses sentiments, avec ses dires, avec son comportement. Ici, on les accueille à bras ouverts. [...] On vous projette dans un monde où vous devez donner le meilleur de vous-mêmes. Mais entre le paraître et l'être, il y a tout un monde! Et c'est ce qu'il faut que ces hommes-là réalisent», explique la responsable du service HASE.

Un an après sa mise en place, le service a accompagné une vingtaine d'homme dans ce processus. Moyennant un montant déterminé par une grille tarifaire, le tout commence avec deux ou trois rencontres d'accueil-évaluation, «pour les mettre en confiance», raconte Mme Arès. Ensuite, ils entreprennent une démarche HASE en groupe pendant dix rencontres, à raison d'une aux deux semaines.

À cette étape, certains hommes - désirant préserver leur anonymat pour des raisons professionnelles ou sociales, par exemple - peuvent avoir droit à une démarche individuelle, mais les groupes sont privilégiés. S'ils le désirent, ils peuvent également se joindre à un groupe dans le cadre du programme réflexion-action, qui leur permet de mettre en échec les mécanismes de défense qu'ils ont développés en raison de l'abus sexuel dont ils ont été victimes.

Un effet «immédiat»

Formée pendant un an - par l'Université Laval et le Centre de ressources et d'intervention pour hommes abusés sexuellement dans leur enfance (CRIPHASE) - avant de lancer le service, Zakya Arès est très satisfaite des résultats obtenus jusqu'à maintenant, notamment au niveau de l'assiduité des participants.

«On voit des résultats et c'est génial. Ça nous encourage. Il y a quand même des résultats bien concrets. Les résultats que l'on peut voir là, exactement, c'est la richesse de nos groupes, qui viennent, qui reviennent à chaque quinzaine.»

Elle dit également constater que les hommes sont rapidement soulagés, se sentent instantanément compris et qu'elle les voit avancer, évoluer positivement au fil des rencontres.

«Vous savez, à la fin de la première rencontre, qu'est-ce qu'on me dit? "Mon Dieu vous m'avez compris!"», partage-t-elle.

Bertrand Proulx, directeur général de Ressource pour hommes... (Christophe Boisseau-Dion) - image 2.0

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Bertrand Proulx, directeur général de Ressource pour hommes de la Haute-Yamaska, Zakya Arès, responsable du service HASE, et Richard Robert, coordonnateur au sein de l'organisme.

Christophe Boisseau-Dion

Mieux communiquer

Zakya Arès estime cependant que la vingtaine de participants ne représentent que la pointe de l'iceberg des hommes abusés dans leur enfance dans la région. D'après elle, plusieurs se taisent et s'imposent un «monde immense» de souffrances, de conséquences et de questionnements. C'est pourquoi elle croit que son service gagnerait à être connu.

«Il y a des gens qui ne sont pas au courant de ce qui se passe. Il y a des gens qui deal [seuls] avec leur souffrance», plaide-t-elle.

Ressource pour hommes de la Haute-Yamaska a donc embauché un agent de communication pour mieux joindre les hommes aux prises avec des difficultés personnelles ou relationnelles. De plus, l'organisme compte donner des formations à différents intervenants afin de détecter et référer plus facilement les hommes qui traînent une blessure.

Et les démarches pour mieux se faire connaître ne datent pas d'hier, se rappelle quant à lui le directeur général de l'organisme, Bertrand Proulx.

«Si on recule, il y a quelques années, même les autres organismes communautaires ne savaient pas qu'est-ce que ça faisait Ressource pour hommes. Y'a 10 ans ou 12 ans, notre réputation n'était pas ce qu'elle est aujourd'hui!»

Il jure qu'à l'époque, certaines personnes allaient jusqu'à véhiculer que son organisme montrait aux hommes «comment bien battre leur femme».

Jutra: chute et banalisation

L'impact des révélations-chocs sur Claude Jutra et son oeuvre n'émeut pas outre mesure Zakya Arès. «C'est un emblème, c'est quelqu'un de grand... réduit à rien!», laisse-t-elle tomber.

Par contre, elle espère que l'important battage médiatique et la sortie officielle de Jean auront un effet domino sur l'affirmation des hommes ayant été abusés sexuellement pendant leur enfance.

«Cette histoire qui a été médiatisée, le son de cloche que j'ai, c'est "Enfin! Tout le monde va écouter cette souffrance!"»

Elle dit ne pas avoir de contrôle ni sur les gens qui ont tenté de banaliser les gestes du cinéaste ni sur les autorités qui ont décidé de proscrire son nom. Mme Arès dit d'avoir un contrôle sur l'aide qu'elle apporte avec son service et ajoute que l'affaire Claude Jutra aura permis d'éveiller les consciences des personnes qui n'ont pas été victimes d'abus sexuels dans leur enfance.

«La réalité, aujourd'hui, c'est que de l'autre côté du mur, les gens s'aperçoivent qu'il se passe de quoi.»

Vous pensez avoir besoin de l'aide de Ressource pour hommes de la Haute-Yamaska? Composez le (450) 777-6680, écrivez au info@rhhy.qc.ca, ou visitez le www.rhhy.qc.ca

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