Claude Fournier condamne les gestes de Claude Jutra

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Le cinéaste Claude Jutra

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Isabel Authier
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La Voix de l'Est

(Granby) Après avoir ardemment défendu son grand ami Claude Jutra, dont les penchants pédophiles ont été soulevés dans la récente biographie d'Yves Lever, le cinéaste Claude Fournier a changé son discours, mercredi, à la lecture du témoignage d'une victime dans La Presse +.

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«Ça prouve que l'être humain a parfois des côtés plus sombres qu'on pensait», dit le cinéaste de Saint-Paul-d'Abbotsford, Claude Fournier.

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Sous le couvert de l'anonymat, un homme y révélait avoir été agressé sexuellement par Jutra durant des années. Selon lui, il n'avait que six ans lorsque les premiers attouchements avaient débuté.

«Ça change tout, forcément, qu'une victime sorte de l'ombre pour témoigner. C'est absolument crédible comme témoignage. Maintenant que ça s'avère, je trouve ça d'une grande tristesse, a déclaré le résidant de Saint-Paul-d'Abbotsdord à La Voix de l'Est, mercredi. On connaissait l'inclination sexuelle de Claude, mais on ne connaissait pas cette autre tendance. Ça prouve que l'être humain a parfois des côtés plus sombres qu'on pensait.»

Encore mardi soir, sur sa page Facebook, Claude Fournier affirmait se porter à la défense de Jutra «tant qu'une des présumées victimes de ses agressions ne sortira pas de l'anonymat pour confirmer ces allégations faites par Yves Lever dans sa biographie de Claude».

«Claude Jutra a été un grand ami. Pendant des années, Claude, Michel Brault et moi étions quasiment inséparables. Je savais bien sûr que Claude était homosexuel, mais de là à le voir chasser les enfants, comme le prétend Lever, il y a vraiment une grande marge. Ce n'était pas son genre, il me semble. Claude n'était pas un être simple, mais il n'était pas glauque. Bien au contraire», écrivait-il sur sa page publique.

Maintenant qu'il a pris connaissance des révélations de l'homme dont Jutra aurait abusé, Claude Fournier soutient que cette histoire devra servir d'exemple.

«Yves Lever m'avait dit qu'il avait de bonnes preuves, mais je ne savais pas à quel point. Il y avait peut-être eu des oui-dires, lors du tournage de Mon oncle Antoine par exemple. Mais si une personne est sortie de l'ombre, peut-être que d'autres vont se manifester. C'est une sorte d'exorcisme pour les victimes.»

Il assure qu'il n'a jamais vu Jutra - qui s'est enlevé la vie en 1986 - fréquenter des adolescents. «Je ne soupçonnais rien. Je ne me suis jamais rendu compte que c'est ce qu'il recherchait.»

Famille particulière

Cette situation désolante, dit-il, le porte à réfléchir sur les milieux familiaux. «Claude venait d'une famille à l'aise, mais très particulière. Son père était un médecin très coureur de jupons, tandis que sa mère avait pour Claude une passion immodérée. Même adulte, elle le traitait encore comme son bébé bouclé. Il y avait un malaise palpable dans cette maison. Je sais que Claude a souffert de cette énorme emprise qu'avait sa mère sur lui...», raconte-t-il.

«Mais je n'essaie pas de l'excuser; j'essaie seulement de comprendre.»

Jutra perd son nom

Toutes ces récentes révélations sur la vie privée de Claude Jutra ont créé une véritable vague de fond au Québec. Des rues et des endroits publics ne porteront plus son nom; la ministre de la Culture, Hélène David, a également demandé, mercredi, à Québec Cinéma de retirer le nom de Claude Jutra de la cérémonie honorant les artisans du cinéma d'ici.

Toutes ces actions vont désormais de soi, croit Claude Fournier. «Je trouve correct que la ministre David ait pris une décision rapidement, car c'est inexcusable. Quant aux lieux publics, naturellement, le choix ne se pose pas.»

Il demeure néanmoins essentiel, selon lui, que son oeuvre reste. «On se souviendra de Claude Jutra comme d'un homme ayant fait de bien beaux films.»

Normand Brathwaite... (Karine Dufour, ICI Radio-Canada) - image 2.0

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Normand Brathwaite

Karine Dufour, ICI Radio-Canada

«C'est comme un cauchemar», affirme Normand Brathwaite

Un autre illustre résidant de Saint-Paul-d'Abbotsford, Normand Brathwaite, a très bien connu Claude Jutra. En entrevue sur les ondes du 98,5 mercredi après-midi, l'animateur a semblé accablé par les révélations scabreuses dont fait l'objet celui qu'il considérait comme son mentor.

«C'est comme un cauchemar, comme si une van m'était rentrée dans la face», a-t-il confié, en rappelant qu'il avait été un élève de Jutra et qu'il avait même habité chez lui à l'occasion.

Oui, dit-il, il savait qu'il était homosexuel, mais ne se serait jamais douté de son penchant pour les jeunes garçons.

«Je me demande comment je n'ai pas vu ça. (...) J'ai un sentiment de culpabilité. Beaucoup. Mais ces gens sont de très fins cachotiers. Si on avait su, on aurait dénoncé. C'est le crime qu'on ne peut pas ne pas dénoncer.»

Normand Brathwaite, qui a animé la cérémonie des Jutra de 2006 à 2009, a avoué qu'il pensait beaucoup à la victime dans toute cette histoire. «Ce n'est jamais facile de renier ses amis, mais si ça avait été mon gars, je ne serais pas content.»

Il a déclaré qu'il n'avait pas l'intention de regarder l'oeuvre de Claude Jutra «pour un boutte». «Ça va me rappeler trop de mauvais souvenirs, surtout le documentaire de Paule Baillargeon.»

Selon lui, les allégations des derniers jours lui donnaient l'impression de perdre Claude Jutra pour une seconde fois. «C'est comme une deuxième mort pour moi.»

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