Frank Fiorillo abandonne son local et ses créanciers

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«Il doit de l'argent à tout le monde, dit le propriétaire d'Imprimerie Debesco, Jean-Pierre Blanchard, à propos de Frank Fiorillo. C'est carrément de la fraude.» Derrière lui, des murs dont le revêtement aurait été arraché par son ancien locataire.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Murs, portes et lumières enlevées, fils et boîtes électriques arrachés, loyer impayé... Jean-Pierre Blanchard arpente son local commercial de la rue Saint-Hubert en soupirant. «Je ne sais pas pourquoi il fait ça, mais il faut que ça arrête», dit-il.

Le propriétaire d'Imprimerie Debesco accuse son ancien locataire d'avoir saccagé les lieux tout en abandonnant une flopée de créanciers. Il estime sa propre facture des dégâts, du loyer dû et des étiquettes fournies à Aliments Fiorillo à 80 000 $.

Selon M. Blanchard, la note de tous les créanciers (aménagement, fournisseurs, transport, employés) du producteur d'huile d'olive Frank Fiorillo s'élève à près de 400 000 $. «Il doit de l'argent à tout le monde, dit-il. J'ai vu tellement de huissiers passer... C'est carrément de la fraude.»

«Il disait à tout le monde qu'il attendait sa subvention, ajoute l'imprimeur. Depuis quand le gouvernement donne des subventions pour des services alimentaires?»

Collaborateurs

Joint par La Voix de l'Est, Frank Fiorillo nie tout et soutient n'avoir que trois créanciers. Pourtant, sur la trentaine de noms d'entreprises et de particuliers ayant collaboré avec lui et dont La Voix de l'Est a obtenu copie, nous en avons retracé dix qui n'ont jamais été payés.

Jocelyn Pelchat fait partie du lot. «Il est arrivé avec une belle chanson et il voulait ses affaires le plus vite possible, se souvient le propriétaire de Fer ornemental A. Pelchat. Je lui ai fourni des éviers, des armoires. Il ne m'a jamais payé». Sa facture s'élève à 12 000 $.

Comme tous les créanciers de M. Fiorillo interrogés par La Voix de l'Est, M. Pelchat a abandonné l'idée de récupérer son dû. «Pour le prix que ça va coûter en cour, ça sera trop cher, dit-il. Le trouble de courir après ça... C'est plate parce qu'on ne fait pas de grosses fortunes, ici.»

«Attendre après lui, c'est comme attendre après la lune, dit Grégoire Dionne de plomberie Comeau et fils, qui dit avoir fait pour 26 000 $ de travaux. Son affaire avait l'air d'être ben correcte. Il avait beaucoup d'appuis. Mais là, il en doit un peu partout.»

Menaces

Plusieurs personnes interrogées par La Voix de l'Est ont aussi fait état de menaces, verbales ou écrites, provenant de Frank Fiorillo et, en une occasion, d'une agression physique. Le Sheffordois de 48 ans se vanterait aussi de faire partie de la mafia italienne. Douze inscriptions figurent à son dossier criminel, incluant intimidation, voies de fait armées, fraude et recel.

Propriétaire d'une compagnie de transport, André Gazaille soutient avoir reçu des menaces de mort par texto de son ancien collaborateur et ami d'enfance.

«Il me considérait comme son frère, dit-il. J'ai transporté beaucoup de choses pour lui, mais sans jamais être payé. Quand je l'ai confronté, il m'a dit me mêler de mes affaires, que ça pourrait aller mal pour moi. Il me doit environ 14 000 $. Mais il dit que c'est moi qui lui dois 25 000 $!»

«C'est le plus beau vendeur de rêve que j'ai connu dans ma vie, ajoute-t-il. En plus, c'est moi qui l'a présenté à plein de gens pour son entreprise, alors je me sens un peu responsable. On s'est tous fait flouer.»

Stéphane Pelland a été surintendant d'usine pendant huit mois pour M. Fiorillo. Il dit avoir travaillé près de 500 heures sans jamais recevoir de salaire. «J'étais son bras droit, son confident, dit-il. Mais il n'a tenu aucune de ses paroles. À un moment donné, j'ai tout simplement quitté. J'ai pas vraiment espoir d'avoir mon argent. C'est un bon jaseur.»

Le propriétaire des Aliments Fiorillo dit aussi ne... (Archives La Voix de l'Est) - image 2.0

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Le propriétaire des Aliments Fiorillo dit aussi ne jamais avoir eu d'employés, «que des personnes qui ont travaillé pour moi» et qu'«elles ont été payées». «Quelle entreprise n'a pas de dettes?», demande Frank Fiorillo.

Archives La Voix de l'Est

Frank Fiorillo nie les reproches

Frank Fiorillo réfute les accusations de fraude et reproche à son ancien propriétaire de manigancer pour lui faire une mauvaise réputation. Il nie aussi avoir endommagé le local qu'il louait dans la rue Saint-Hubert à la fin de 2015.

«Quand on est partis, tout était intact, dit l'entrepreneur. Au contraire, c'est lui [M. Blanchard] qui me doit de l'argent.»

Il soutient que presque tous les créanciers mentionnés par La Voix de l'Est ont été payés. Pour les autres «je ne peux pas payer tout d'une shot!», dit M. Fiorillo, estimant plutôt le montant total dû à 70 000$.

«Il n'y a pas beaucoup d'argent qui rentre, explique-t-il, mais quelle entreprise n'a pas de dettes?» Il nie aussi avoir fait quelque menace verbale ou écrite à qui que ce soit.

Concernant ses antécédents criminels, il reconnaît avoir «fait des conneries dans le passé», mais que c'était parce qu'il «n'était pas bien entouré».

En ligne

L'entrepreneur dit continuer à faire des affaires en ligne, que ses produits et équipements sont entreposés à Roxton Pond et qu'il se cherche une nouvelle place d'affaires. «Mais Granby, j'en ai mon truck, dit M. Fiorillo. C'est une conspiration! Je ne m'acharne pas sur les gens, moi! Avec tout ce qui s'est passé, je ne sais pas comment j'ai pu tenir. Heureusement, ma famille me soutient.»

Sans permis municipal

Durant sa courte période d'opération rue Saint-Hubert, Les Aliments Fiorillo ont écopé de deux amendes - contestées - de 1250$ pour non-conformité de ses installations, indique Me Marlène Painchaud, des services juridiques de la Ville de Granby.

Le principal intéressé soutient que c'est le propriétaire du bâtiment qui devait apporter les correctifs nécessaires, dont un mur coupe-feu, et non pas lui.

La poursuite contre Marcel Guindon est abandonnée

Le propriétaire des Aliments Fiorillo avait entamé, en 2015, une poursuite judiciaire contre un ancien partenaire d'affaires, Marcel Guindon. Ce recours a été abandonné.

«C'est mort», reconnaît M. Fiorillo, qui ajoute qu'«il faut choisir ses batailles».

Il s'était adressé à la Cour civile en soutenant que M. Guindon lui avait volé ses recettes, son plan d'affaires et de l'équipement.

Son ancien partenaire d'affaires souhaitait démarrer sa propre entreprise d'huile d'olive.

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