«C'est quoi le problème?»

D'origine afghane, Aalemsha Daudshah a fui son pays... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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D'origine afghane, Aalemsha Daudshah a fui son pays en 1995 à la suite de la montée en puissance des Talibans. Il espère bientôt réunir sa famille en faisant venir son frère Haroul Shah et sa soeur Soraya au Canada.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Maxime Massé
La Voix de l'Est

(Granby) Alors que l'attention du monde entier est presque entièrement tournée vers la Syrie, d'innombrables autres réfugiés, dont on parle moins, attendent aussi leur tour pour s'envoler vers une nouvelle terre d'accueil dans l'espoir d'un avenir meilleur.

Le frère et la soeur d'Aalemsha Daudshah ainsi que leurs enfants attendent maintenant depuis plus de six ans de pouvoir venir rejoindre le reste de leur famille au Canada. D'origine afghane, M. Daudshah a fui son pays en 1995, au début de la vingtaine, à la suite de la montée en puissance des Talibans.

Installé à Granby depuis 18 ans, il a tour à tour fait venir quatre de ses frères et trois de ses soeurs au Québec. Il tente maintenant de faire de même avec son frère Haroul Shah et sa soeur Soraya, les deux derniers membres de sa fratrie toujours à l'extérieur du Canada.

S'il applaudit la mobilisation du gouvernement Trudeau pour faire venir 25 000 réfugiés syriens d'ici la fin de février 2016, il s'explique mal que son frère, sa soeur et leurs enfants qui vivent dans des conditions précaires depuis plusieurs années n'aient pas le droit au même traitement.

«Comment ça peut être aussi rapide pour eux de venir ici alors que des membres de ma famille qui sont en difficulté doivent patienter aussi longtemps? Ça fait déjà six ans que j'ai commencé à remplir la paperasse et ils attendent toujours. Je me pose la question: c'est quoi le problème?», se questionne M. Daudshah.

Il comprend que les réfugiés se trouvant toujours en Syrie doivent être évacués rapidement, le pays étant devenu un énorme champ de bataille. Mais comme il parraine de façon privée la venue de son frère et de sa soeur, il ignore pourquoi il est si difficile de réunir sa famille au grand complet.

«Je prends toutes les responsabilités de A à Z. J'ai placé plus de 31 000$ en fiducie auprès du gouvernement pour la famille de ma soeur et une somme similaire pour celle de mon frère. Je vais aller les chercher à l'aéroport, leur louer un logis. La première année passée, ils vont avoir appris la langue et pouvoir commencer à travailler», affirme-t-il.

Recommencer à zéro

M. Daudshah est lui-même un bel exemple d'intégration. Débarqué à Granby il y a près de vingt ans, il a rapidement adopté le français et a vite rejoint le marché du travail.

«Quand je suis arrivé en 1995, je ne parlais pas un mot de français. J'ai tout recommencé à zéro. Maintenant, j'ai deux business, je fais travailler des gens et je paie des taxes comme tout le monde», raconte le propriétaire des dépanneurs Reynolds et Tabacteck.

Il aimerait maintenant que son frère et sa soeur aient la même opportunité. Après avoir reçu des menaces de mort en Afghanistan, son frère Haroul Shah a tout vendu et s'est sauvé à Moscou il y a plusieurs années. Il y est resté pendant trois ans avec ses neuf enfants âgés de 3 à 18 ans.

Avec l'aide d'Aalemsha, il a amorcé des démarches afin de pouvoir émigrer au Canada. Il a essuyé un premier refus et a été battu à deux reprises en Russie. Il s'est notamment fait briser deux doigts lors d'une attaque possiblement animée par des motivations racistes.

Grâce au soutien d'un journaliste russe, il a alors décidé de fuir vers la Norvège avec ses enfants. Ils vivent maintenant depuis deux mois dans un hôtel transformé en camp de réfugiés à la suite de l'important afflux de migrants en Europe.

Comme sa première tentative d'immigration a échoué, il doit recommencer sa demande du début. «Ils ont le droit de sortir un peu du camp, mais cela fait maintenant trois ans que ses neuf enfants n'ont aucun accès à l'éducation», déplore M. Daudshah.

En attente au Pakistan

Sa soeur Soraya se trouve dans une situation similaire au Pakistan après avoir quitté l'Afghanistan avec seulement quelques vêtements sur le dos. Elle habite seule avec ses neuf enfants dans une chambre de 12 pieds par 16 pieds sans gaz naturel et sans électricité. Toute sa famille doit dormir, manger et vivre dans cette petite pièce exiguë.

Mais petite lueur d'espoir après plusieurs années d'attente, celle-ci a passé avec succès son entrevue avec un agent d'immigration canadien en août dernier.

«Elle est proche. Elle attend maintenant les résultats des examens médicaux et après ça, les visas», note M. Daudshah, dont le père a été assassiné par des combattants rebelles en Afghanistan après l'échec de sa demande d'immigration au Canada.

Il espère maintenant que le dossier de son frère débloque à son tour. Il a d'ailleurs rencontré mardi le personnel de circonscription du nouveau député fédéral de Shefford, Pierre Breton, dans l'espoir de faire bouger les choses.

«Je ne comprends pas pourquoi il a été refusé au Canada alors qu'on lui permet de rester en Norvège. Séparer des familles m'apparaît ridicule. Je sais qu'il y a des procédures à suivre, mais je souhaite vraiment voir les choses s'accélérer. Je ne m'attends pas à un cadeau de Noël, mais j'espère bien avoir un cadeau de printemps», indique M. Daudshah.

Il n'a pas été possible mardi de parler à un porte-parole de la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada.

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