Le JEU qui rend l'argent obsolète

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Il existe plusieurs réseaux JEU à travers la province, les plus proches étant situés à Sherbrooke, sur la Rive-Sud et à Stukely-Sud. Chaque région organise une rencontre mensuelle, en plus de la foire provinciale annuelle, qui se tenait dimanche, sous le gazebo paroissial, à Bromont.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

(Bromont) Le gazebo paroissial, rue Shefford à Bromont, était le théâtre d'une activité hors du commun, dimanche. Une cinquantaine de personnes s'y sont réunies à l'occasion de la foire provinciale annuelle du Jardin d'échange universel (JEU). Adoptant le principe du troc, ces «JEUeurs» venus de partout au Québec s'échangent des biens et services contre des points, soigneusement comptabilisés dans les carnets des deux personnes qui font la transaction.

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Chacun génère sa propre monnaie «en faisant des échanges, que ce soit en temps ou en objets», résume France Côté (à gauche), l'instigatrice du Jardin d'échange universel (JEU) au Québec. Au centre, la coorganisatrice de la foire provinciale annuelle, Krystel Galipeau. À droite, Suzanne Galipeau.

Alain Dion, La Voix de l'Est

En fait, il s'agit d'une monnaie souveraine. C'est-à-dire que chacun génère sa propre monnaie «en faisant des échanges, que ce soit en temps ou en objets», résume France Côté, qui a adopté le système chez nos cousins du Vieux-Continent avant de le populariser au Québec.

Il existe plusieurs réseaux JEU à travers la province, les plus proches étant situés à Sherbrooke, sur la Rive-Sud et à Stukely-Sud. Chaque région organise une rencontre mensuelle, en plus de la foire provinciale annuelle, qui se tenait dimanche, à Bromont.

«Il y a plus de personnes qui apportent des choses, c'est sûr (à l'occasion de l'événement annuel), et on voit des joueurs qu'on ne voit pas souvent», mentionne France Côté. Cette dernière cumule 17 ans de participation au Jardin d'échange universel.

«Quand on entre dans le JEU, explique-t-elle, c'est une question de conscience. C'est pour avoir le plaisir de créer sa monnaie, de jouer. C'est l'entraide, le côté humain aussi, qu'on a perdu en allant au magasin.» Ainsi, on n'échange pas un objet contre un autre, mais bien contre des points.

Pas d'argent, pas de problème

«Si je veux jouer, je peux offrir n'importe quoi dans le fond!» mentionne celle qui a popularisé le concept au Québec. Et c'est la beauté de la chose. On peut être fortuné ou pauvre comme Job et participer, puisqu'il n'y a aucune notion de profit en cause.

«Ça ne donne rien d'accumuler des points. Quand tu joues, c'est pour faire circuler l'énergie, pour faire circuler l'abondance», confirme France Côté.

Il est déjà arrivé qu'un dentiste offre ses services au JEU, témoigne la résidente de Stukely. «Il y a quelqu'un qui a déjà vendu sa voiture en points. Une voiture usagée qui valait 1500$», raconte-t-elle. Cette optométriste de formation a d'ailleurs déjà offert des examens de la vue en points JEU.

«C'est sûr que je ne fais pas juste mon chiffre d'affaires dans le jeu», nuance pour sa part Krystel Galipeau, qui y offre ses services d'infographie. «S'il y avait juste des points JEU (dans la société), éventuellement l'argent qu'on connaît, on n'en aurait pratiquement plus besoin», mentionne-t-elle.

Faire fleurir ses talents

Impliquée dans le réseau JEU de la Rive-Sud de Montréal, Mme Galipeau est la coorganisatrice de la foire provinciale 2016. Il y a quelques années, elle a entraîné sa mère Suzanne Galipeau dans le mouvement d'entraide. «C'est super simple comme concept. À la minute qu'on commence, on comprend», témoigne cette dernière.

Ce que Suzanne Galipeau apprécie surtout du JEU, c'est l'absence de compétition. «Tu peux arriver, tu vas faire des lavettes. Moi, j'en fais aussi. Tes lavettes et les miennes ne sont pas pareilles, il va y avoir des preneurs pour les miennes et il va y avoir des preneurs pour les tiennes», relate-t-elle.

L'intégrité est privilégiée dans ce système de «troc élargi», tout comme la clarté, l'honnêteté et la transparence. «Et l'échange juste, ajoute France Côté, parce qu'il faut que les deux personnes soient d'accord pour faire la transaction. Si je demande un nombre de points et que toi tu n'es pas d'accord, soit on négocie, soit on n'échange pas et ce n'est pas plus grave que ça.»

Le JEU permet aux bricoleurs et aux artisans de faire connaître leurs créations, mais aussi à tous les participants d'accroître leur estime d'eux-mêmes en mettant en JEU leurs compétences. «C'est vendre ses talents», résume Krystel Galipeau.

«Offrir autre chose que sa job habituelle», renchérit France Côté, qui aime l'idée de varier ses activités au quotidien tout en aidant autrui.

Le principe du JEU

Dans le JEU, 1 point équivaut à 1 minute. C'est donc dire que 60 points équivalent à 1 heure ou 10 dollars. «Si 5 livres de carottes bio, ça vaut 5 dollars, on va le transférer en points», cite en exemple France Côté, la responsable du réseau JEU de Stukely-Sud. Une personne peut également offrir de son temps, par exemple en gardant les enfants de sa voisine ou en arrachant les mauvaises herbes de son jardin. «C'est important de toujours offrir des choses que l'on aime faire, sinon on ne veut pas les offrir et ça ne marche pas», spécifie la joueuse de longue date. Le bien ou le service échangé ainsi que le nombre de points sont par la suite inscrits dans le carnet des deux joueurs, en plus du solde mis à jour.

Enfin, un joueur qui décide de quitter le JEU doit en principe remettre son carnet à zéro. «Si j'ai des points en plus, je vais les dépenser ou les donner. Si j'en ai en moins, je vais offrir des services ou des objets jusqu'à ce que je revienne à zéro», précise Mme Côté.

À propos du JEU

Le Jardin d'échange universel, communément appelé le JEU, est une monnaie comptable autogérée. Le JEU se veut un partenariat qui favorise, sans aucun centre ni structure, l'enrichissement de la communauté et le rapprochement des individus. Conçu et mis en place en 1998 par feu Daniel Fargeas dans le sud de la France, le Jardin d'échange universel commence à s'implanter en Estrie l'année suivante. Les points JEU sont maintenant échangés dans plusieurs pays à travers le monde.

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