«J'ai peur de sortir de mon entrée de cour»

Un regroupement de résidents de Stanbridge East demandent... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

Agrandir

Un regroupement de résidents de Stanbridge East demandent à ce que la vitesse soit réduite à l'angle des routes 202 et 237, où plusieurs accidents mortels se sont produits.

Alain Dion, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marie-Élise Faucher
La Voix de l'Est

(Stanbridge-East) Lorsque Nancy St-Onge a emménagé dans sa coquette demeure de la rue River, à Stanbridge East, elle n'imaginait pas qu'elle aurait peur de sortir de sa cour. Sa maison est située à l'angle des routes 202 et 237, où la limite de vitesse est fixée à 90 km/h. Se faisant la porte-parole d'un regroupement de voisins, la nouvelle résidente demande à ce que la configuration soit revue à cet endroit du village où plusieurs décès sont survenus, le dernier remontant au moins de juin dernier.

«J'ai peur de sortir de mon entrée, c'est... (Julie Catudal, La Voix de l'Est) - image 1.0

Agrandir

«J'ai peur de sortir de mon entrée, c'est tu normal?», questionne Nancy St-Onge. Sa maison est située directement à l'intersection.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

Le ruban jaune de la Sûreté du Québec... (Julie Catudal, La Voix de l'Est) - image 1.1

Agrandir

Le ruban jaune de la Sûreté du Québec est toujours visible à l'intersection, où une septuagénaire a perdu la vie en juin dernier.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

Plus précisément, c'est le 26 juin qu'une dame de 76 ans a rendu l'âme quelques heures après avoir été impliquée dans une collision à l'angle des routes 202 et 237. La septuagénaire était passagère dans une minifourgonnette qui, au moment d'effectuer un virage, a été emboutie par un véhicule arrivant dans l'autre direction.

«La madame, si elle avait été frappée à 70 km/h plutôt qu'à 90, elle serait encore vivante. Ça arrive beaucoup trop vite!», s'indigne Nancy St-Onge. Il y a quatre mois, cette artiste-peintre s'est établie au 54, rue River, espérant attirer la clientèle touristique de la Route des vins dans sa galerie d'art.

Son coup de foudre pour la région s'est vite transformé en inquiétude lorsqu'elle a constaté l'emplacement de sa résidence, à cette intersection où plus d'une collision mortelle s'est produite. «La configuration n'est pas faite pour une zone de 90, puis on est dans un village!», insiste Mme St-Onge, appuyant sur chaque mot.

«Le monde qui arrive de Frelighsburg la fin de semaine et le monde qui arrive de Dunham, ça roule en fou!», fait-elle remarquer. «La Route des vins se développe, le tourisme se développe, puis ça va en augmentant. Ils attendent quoi, encore d'autres morts? Moi j'ai peur de sortir de mon entrée de cour, c'est-tu normal?»

La nouvelle résidente a aussitôt entrepris des démarches auprès de la Ville de Stanbridge East. «À la Ville, je me suis fait dire "ça fait 20 ans que c'est comme ça". Ça m'a jetée à terre!», réagit l'artiste-peintre. Celle-ci est soutenue par des membres de son voisinage, qui sont aussi d'avis que l'intersection est dangereuse.

Pieds et poings liés à la Ville

«On ne peut pas faire grand-chose», se défend pour sa part Natalie Ingalls, adjointe administrative à la mairie. «Ces gens-là qui viennent d'arriver dans la municipalité pensent qu'on ne fait rien, mais ce n'est pas vrai», fait-elle valoir.

Le hic, c'est que la Ville a les pieds et les poings liés puisque les routes 202 et 237 sont sous la juridiction du ministère des Transports du Québec (MTQ). «Ça fait 10 ans qu'on fait des appels. Aussitôt qu'il y a quelque chose qui arrive à l'intersection, même si c'est un petit accident de rien, on fait des rapports. C'est rare que c'est petit», reconnaît Mme Ingalls au souvenir d'au moins deux collisions mortelles.

La problématique, en plus d'avoir été soulevée à maintes reprises par des citoyens lors de séances du conseil municipal, a aussi fait l'objet d'une pétition il y a quelques années. «On a suggéré qu'ils (Transport Québec) baissent (la limite de vitesse) à au moins 70 km/h. On attend encore», constate Natalie Ingalls.

Problème de vitesse ou de visibilité?

Déterminée à faire avancer les choses, Nancy St-Onge s'est alors tournée vers le bureau du député provincial de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis. «On fait un suivi actif. On s'occupe de faire le relai entre le MTQ et nos citoyens», assure l'attachée politique du député libéral, Lise Champagne.

Elle se garde toutefois de se prononcer pour ou contre une réduction de la vitesse à l'angle des routes 202 et 237. «Ils (Nancy St-Onge et ses voisins) ont absolument le droit de penser ça, que la vitesse est problématique, mais de notre côté, on attend les résultats du MTQ avant de prendre position. Dans le cas de l'intersection de Bedford, c'était évident que c'était une intersection dangereuse, mais dans le cas de Stanbridge East, on est encore en train d'analyser toutes les données.»

Peu après l'accident survenu en juin dernier, une caméra a effectivement été installée à l'angle des routes 202 et 237. Lorsque les résultats des relevés de vitesse seront connus, Transport Québec entend rencontrer la municipalité pour évaluer toutes les options de «réaménagement géométrique» possibles, soutient la porte-parole de Transport Québec en Estrie, Nadège Tessier.

Parmi les éléments analysés à l'heure actuelle, elle cite la courbe formée par la route 202 peu avant de croiser la 237 de même que la présence d'arbres pouvant réduire la visibilité à l'approche de l'intersection.

«Ils peuvent bien continuer de tailler les haies, ça ne va pas changer grand-chose», croit Nancy St-Onge.

Longs délais

La résidente de Stanbridge East questionne le délai des analyses effectuées par le MTQ à la suite d'accidents mortels. «Qu'est-ce qu'ils attendent, qu'est-ce qui se passe, je ne le sais pas!», s'exclame-t-elle.

Cette dernière s'appuie sur un rapport de coroner datant de 2003 pour dénoncer l'inaction du gouvernement. À la suite d'une collision ayant provoqué la mort d'une femme de 24 ans, le 24 juin 2002, le Bureau du coroner recommandait au ministère des Transports qu'il se «penche sur la configuration de l'intersection des routes 202 et 237 à Stanbridge East, en vue de la rendre plus sécuritaire».

Cette recommandation a bien été prise en compte, relève Nadège Tessier, qui a dû ressortir le dossier des limbes - les dossiers datant de plus de 5 ans étant archivés au MTQ. Parmi les actions entreprises, notons la modification du marquage au sol pour interdire les dépassements à l'approche de l'intersection, le remplacement des panneaux de signalisation latéraux pour les rendre plus visibles et l'entretien annuel de la végétation pour améliorer la visibilité.

L'option de réduire la vitesse avait aussi été envisagée, sans toutefois être retenue. «Ce que le ministère ne voulait pas, c'est que ça fasse l'effet contraire et que ça cause un faux sentiment de sécurité», mentionne la porte-parole de Transport Québec en Estrie.

«Là, le gouvernement vient de me jeter à terre!», s'est exclamée Nancy St-Onge au bout du fil en l'apprenant. Ses voisins ont été tout aussi étonnés, rapporte-t-elle.

Nadège Tessier mentionne que la question de la réduction de vitesse pourrait être ramenée sur la table. «On n'écarte aucune option», dit-elle, prudente. Mme Tessier n'était toutefois pas en mesure d'assurer que le dossier évoluerait avant la période des Fêtes.

«Je n'ai pas eu de date non plus», indique l'attachée politique du député Pierre Paradis. «On m'a dit que oui, on avait dépêché des équipes qui faisaient des études et que j'aurais des résultats sous peu», relate Lise Champagne.

À ce moment, la concertation avec la municipalité sera nécessaire puisque de l'autre côté de l'intersection, la route 237 se prolonge en la rue River, une route municipale.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer