La Maison Gilles-Carle fermée dix semaines

Le vice-président du Regroupement soutien aux aidants de... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

Agrandir

Le vice-président du Regroupement soutien aux aidants de Brome-Missisquoi, Richard Leclerc.

Janick Marois, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Jérôme Savary
La Voix de l'Est

(Cowansville) Dans la cour de la Maison Gilles-Carle, la tristesse marquait les visages des proches aidants et des membres de l'équipe. Le conseil d'administration du Regroupement soutien aux aidants de Brome-Missisquoi (RSABM) a annoncé jeudi la fermeture complète de la Maison Gilles-Carle, et ce, pour les dix prochaines semaines. Quant au service de répit, couru par les proches aidants à bout de souffle, celui-ci est fermé pour de bon jusqu'à nouvel ordre.

La Maison Gilles-Carle vise à prévenir et soulager... (Janick Marois, La Voix de l'Est) - image 1.0

Agrandir

La Maison Gilles-Carle vise à prévenir et soulager l'épuisement des proches aidants prenant soin d'un proche adulte souffrant d'une incapacité temporaire ou permanente à la suite d'une maladie, un handicap ou simplement à cause de son âge avancé.

Janick Marois, La Voix de l'Est

La non-reconduction de deux subventions, totalisant 186 000 $, oblige le RSABM à prendre cette décision difficile. «On a tout fait [pour ne pas en arriver là], souligne Veerle Beljaars, directrice du RSABM. On a sollicité tous nos partenaires, tous nos représentants politiques. On a cogné à toutes les portes jusqu'à hier, sans succès.»

Ces coupes représentent 66 % du budget de fonctionnement de l'organisme, selon le trésorier et ex-maire de Sutton, Kenneth Hill. «C'est impossible de gérer un organisme dans ce temps-là», constate-t-il.

Cette fermeture «temporaire» entraîne la mise à pied des 16 employées - incluant la directrice - dès lundi prochain. Les membres de l'équipe d'intervention et de soutien psychosocial - soit cinq d'entre elles - retrouveront leur poste le 17 octobre. Les 11 autres sont licenciés.

«C'est très émotif présentement, confie Mme Beljaars. Le trois quarts du personnel était là depuis l'ouverture en 2012.»

Autre conséquence, les quatre points de services de Brome-Missisquoi, situés à Sutton, Lac-Brome, Farnham et Bedford arrêtent également leurs opérations.

Proches aidants sans ressources

«J'ai besoin de cette maison», a lancé, émue, Suzanne Balgé, proche aidante de sa mère Réjeanne, âgée de 85 ans, qui souffre de démence vasculaire. Depuis octobre 2015, Mme Balgé se rend avec sa mère à la Maison Gilles-Carle deux après-midis par semaine afin de pouvoir souffler un peu.

À la maison, Réjeanne dépend complètement de sa fille. Incapable de s'habiller, de se laver et de fonctionner de façon autonome, elle doit être constamment prise en charge. «Elle a complètement perdu la notion de la réalité», précise sa fille.

«J'ai besoin d'eux, car c'est très difficile de garder ma mère sans avoir de répit, lance-t-elle. Ici, elle se sent bien, le personnel est bon avec elle; elle se croit comme si elle était à l'école!»

Lors de la triste annonce, des bénévoles, des aidants et des aidés tentaient de passer à travers en se réconfortant les uns les autres. L'établissement, ouvert en 2012, offrait cinq jours de répit par semaine avant sa fermeture temporaire.

Proche aidant du gouvernement

Jusqu'ici, le ministre de la Santé du Québec, Gaétan Barrette, semble faire la sourde oreille aux appels des responsables de la Maison Gilles-Carle et du RSABM. Pourtant, selon ces derniers, investir dans ces services de répit pour les proches aidants est très rentable pour le gouvernement.

«Nous, on aide le gouvernement, nous sommes comme un proche aidant pour lui, image le vice-président du RSABM, Richard Leclerc. Nous lui permettons d'économiser beaucoup d'argent en utilisant des bénévoles non rémunérés pour s'occuper des personnes aidées et en leur permettant de rester plus longtemps à la maison.»

M. Leclerc rappelle que M. Barrette a déjà été sensible à leur cause. En 2012, alors qu'il était président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec, le docteur avait convaincu la fondation de la FMSQ de donner 100 000 $ au RSABM. Cela avait permis de financer l'achat de l'ascenseur de la Maison Gilles-Carles.

«On n'est plus dans les plans du Dr Barrette; pourtant on participe à désengorger le système de santé», argumente M. Leclerc.

Financement récurrent demandé

«Quand on veut prendre soin d'une personne qu'on aime, on essaie de lui donner une bonne qualité de vie; on ne choisit pas de l'abandonner dans un CHSLD», résume la directrice, Mme Beljaars.

Toutefois, selon elle, il est impossible de prendre soin d'un proche 24 h/24, sans aucune perspective de répit à l'horizon. «La Maison Gille-Carle est ouverte à tous, peu importe le diagnostic de la personne aidée. Nous sommes le Club Med des aidants. Le répit leur permet de reprendre leur souffle.»

À compter de lundi, le «Club Med» ferme ses portes. La réouverture du service de répit sera conditionnelle à un financement renouvelé, ont insisté les membres du c.a.: «Messieurs Couillard et Barrette, la balle est dans votre camp, il nous faut une entente de service répit récurrente.»

La bénévole Marie-Claire Gauthier, «l'aidée» Gisèle Gobeil, la... (Jérôme Savary, La Voix de l'Est) - image 2.0

Agrandir

La bénévole Marie-Claire Gauthier, «l'aidée» Gisèle Gobeil, la bénévole Margaret Clay Jacob et le proche aidant Jean-Louis Racine (fils de Mme Gobeil).

Jérôme Savary, La Voix de l'Est

Des bénévoles sous le choc

Lors de l'annonce de la fermeture de la Maison Gilles-Carle, les bénévoles Marie-Claire Gauthier et Margaret Clay Jacob se sont rapidement approchées de Gisèle Gobeille.

Âgée de 85 ans, cette femme était accompagnée de ces deux bénévoles à raison de deux jours par semaine, permettant ainsi à son fils unique, Jean-Louis Racine, de profiter de quelques instants de précieux répit.

Travaillant comme journalier dans une usine de couvre-planchers, ce résidant de Farnham est aussi limité physiquement. Il appréciait beaucoup l'aide reçue ici. «Avant, on allait au Foyer Farnham, mais ils ont fermé il y a un an ou deux.»

«À la Maison Gilles-Carle, Gisèle joue au bingo, aux poches, elle chante, et elle adore le coloriage! précise Mme Gauthier. Ça l'aide à rencontrer du monde, puis à passer à travers les journées où elle reste chez elle en poursuivant certains coloriages débutés ici.»

«Ici, je sens que je suis utile, poursuit celle qui a toujours fait du bénévolat. La fermeture me fait l'impression d'un très gros vide.»

Chiffres et projections

* La Maison Gilles-Carle a donné 4013 heures de répit aux proches aidants en 2015.

* Une personne en CHSLD coûtait plus de 71 000 $ par an à l'État, selon un rapport du Vérificateur général du Québec de 2012 cité par le RSABM.

* Au Québec, les 75 ans et plus passeront de 547 000 à plus de 1,4 million entre 2010 et 2050.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer