Contrer l'érosion des terres agricoles

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«On a de l'érosion, du matériel qui vient de chez nos voisins. Ça se ramasse chez moi, ça cause des problèmes, des glissements de terrain, des problèmes de décharge et de drainage. On était tout le temps dans l'eau avec les sorties de drainage», soutient Max Ruckstulh, un agriculteur de Sainte-Sabine.

Janick Marois

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

(Sainte-Sabine) Les MRC dépensent des dizaines de milliers de dollars par année pour entretenir et nettoyer les cours d'eau sur leur territoire, une compétence «héritée» malgré elles du gouvernement du Québec. Les cours d'eau agricoles posent un grand défi en raison de problèmes récurrents d'érosion. Et malgré leurs limites en terme d'efficacité et leurs coûts, les vieilles techniques pour les entretenir ont la vie dure.

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Une nouvelle technique d'entretien consiste à former un chenal à deux niveaux. Le premier niveau permet l'évacuation normale de l'eau tandis que le deuxième, qui est beaucoup plus large, permet d'accueillir plus d'eau lors de la fonte des neiges ou de fortes averses.

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«L'eau circule très vite lors des crues ou d'averses. Aujourd'hui, on a de gros problèmes d'érosion. Il faut trouver des solutions», explique Simon Lajeunesse de la MRC Brome-Missisquoi.

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Deux objectifs professionnels guident Simon Lajeunesse: améliorer la qualité de l'eau des lacs et rivières de la MRC Brome-Missisquoi et y arriver sans nuire aux activités agricoles. Pas toujours évident, reconnaît le coordonnateur de la gestion de l'eau de la MRC.

Le ministère de l'Agriculture, des années 50 jusqu'à la fin des années 70, a modifié les tracés de milliers de cours d'eau pour drainer des terres afin de paver la voie à l'agriculture à échelle industrielle, explique M. Lajeunesse. À l'époque, l'approche préconisée consistait à les redresser en éliminant des méandres pour favoriser les tracés droits. Ces travaux portent encore à conséquence aujourd'hui, souligne-t-il, personne ne s'étant soucié des impacts sur le réseau hydrique. «Le but était de faire sortir l'eau le plus rapidement possible. Et ça a très bien marché», dit-il en mettant l'accent sur les derniers mots. «L'eau circule très vite lors des crues ou d'averses. Aujourd'hui, on a de gros problèmes d'érosion. Il faut trouver des solutions.»

Le problème d'érosion est double, fait-il remarquer. La terre qui part endommage les champs agricoles et elle est chargée de sédiments renfermant du phosphore. Elle est transportée vers les rivières et les lacs. «Ça cause toutes sortes d'autres problèmes, de qualité de l'eau et des problèmes pour les écosystèmes.»

Plusieurs interventions doivent être planifiées chaque année par la MRC pour corriger ces problèmes. Les coûts sont énormes (voir encadré: Refiler la facture). Le travail doit souvent être repris quelques années plus tard, signale M. Lajeunesse, puisque le volume d'eau dans certains ruisseaux et leur morphologie, qui a pour effet d'accélérer la circulation de l'eau, continue de provoquer de l'érosion des berges. Les techniques d'entretien sont dépassées, croit-il. «À certains endroits, on doit revenir aux dix ans. Mais il y a des sections où on n'est pas encore allés en 60 ans...»

Les champs de maïs de Max Ruckstulh sont traversés par la branche 1 du ruisseau Campbell à Sainte-Sabine. Le producteur laitier, qui exploite sa ferme avec son épouse et leurs deux fils sur le chemin Kempt, constate année après année que le cours d'eau se remplit de terre. «On a de l'érosion, du matériel qui vient de chez nos voisins. Ça se ramasse chez moi, ça cause des problèmes, des glissements de terrain, des problèmes de décharge et de drainage. On était tout le temps dans l'eau avec les sorties de drainage.»

Technique du Midwest

Les problèmes de ce cours d'eau sont similaires à ceux de la plupart des autres ailleurs en zone agricole, signale M. Lajeunesse. L'endroit parfait pour expérimenter une nouvelle approche en matière d'entretien. L'automne dernier, en collaboration avec l'Organisme de bassin versant de la baie Missisquoi (OBV), la MRC a réaménagé un segment de 800 mètres du cours d'eau en s'inspirant d'une technique utilisée par des agriculteurs du Midwest américain.

Au lieu de creuser en donnant un profil de trapèze au cours d'eau comme c'est le cas depuis des décennies, dit M. Lajeunesse, les travaux ont consisté à former un chenal à deux niveaux. Le premier niveau permet l'évacuation normale de l'eau tandis que le deuxième, qui est beaucoup plus large, permet d'accueillir plus d'eau lors de la fonte des neiges ou de fortes averses. Le débit s'en trouve ralenti et la végétation agit pour empêcher l'érosion des berges et absorbe une partie de l'eau. «C'est comme une petite plaine inondable», illustre-t-il. C'est la première fois, selon lui, que cette technique est utilisée au Québec.

Les travaux ont coûté 45 000 $ (ils incluaient d'autres types de travaux en amont). L'Institut de recherche et de développement en agroenvironnement et l'OBV baie Missisquoi assureront le suivi de la performance de cours d'eau. Deux sondes sont en place et enregistrent des données quotidiennes sur le débit, la turbidité de l'eau ainsi que les matières en suspens.

Frédéric Chouinard, de l'OBV baie Missisquoi, se rendra sur place lors d'averses importantes pour prendre des échantillons d'eau en amont et en aval du segment du cours d'eau. L'analyse des données permettra de mesurer l'efficacité de cette technique.

Tous des sous-tributaires

Les enjeux de la lutte à l'érosion sont cruciaux, rappelle M. Chouinard. Tous les cours d'eau agricoles mènent à des ruisseaux, des rivières et de lacs, dit-il. La branche 1 du ruisseau Campbell est un des nombreux sous tributaires du lac Champlain. «C'est un projet vraiment intéressant qui pourrait, si ça s'avère efficace, être un modèle à appliquer à la grandeur du bassin versant, peut-être même ailleurs en milieu agricole, pour vraiment réduire la quantité de sédiments et de phosphore évacué vers les cours d'eau. Également, ça permet des économies en termes d'entretien pour les contribuables et les agriculteurs aussi.»

M. Ruckstulh espère ne plus avoir à se soucier de son cours d'eau. «On a essayé plusieurs choses dans cette décharge-là. C'était un challenge de trouver une solution. On espère que ça va régler une bonne partie des problèmes. Je ne suis pas un expert, mais j'ai confiance.»

Refiler la facture

Il en coûte environ 21 000 $ pour entretenir un kilomètre de cours d'eau, indique Simon Lajeunesse, coordonnateur de la gestion de l'eau de la MRC Brome-Missisquoi. En moyenne, la MRC accorde six à sept contrats du genre par année. Entre huit et dix kilomètres de lit de ruisseaux et des cours d'eau agricoles sur son territoire sont ainsi nettoyés.

Les factures, qui comprennent les coûts des plans et devis et les travaux, sont refilées aux propriétaires riverains des segments concernés. «Ça fait de gros montants à payer», signale M. Lajeunesse.

Fait à noter, à Sainte-Sabine, la municipalité paie les travaux tandis qu'à Saint-Ignace-de-Stanbridge, une taxe spéciale sur la superficie des terrains de l'ensemble des propriétaires sert à défrayer les coûts des travaux. Les municipalités de Brigham et de Dunham songent à recourir au même système pour financer les travaux dans les cours d'eau qui passent chez elles.

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