« Le chien de notre fille a sauvé notre famille »

L'école secondaire Massey-Vanier de Cowansville accueille trois jeunes... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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L'école secondaire Massey-Vanier de Cowansville accueille trois jeunes autistes avec leur chien Mira: Justine (14 ans) et Komi, Brandon (16 ans) et Chico puis Joanie (13 ans) avec Kariya.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Cowansville) En ce premier jour du mois de l'autisme, des familles racontent comment l'arrivée de chiens Mira pour épauler leurs enfants autistes a changé la donne. Ces jeunes sont même accompagnés de leur fidèle compagnon à l'école, marquant un nouveau jalon de cette histoire à succès.

Il suffit d'évoquer le nom de la Fondation Mira pour que les yeux de Marielle Boivin s'illuminent. La mère de famille se remémore la métamorphose spectaculaire qui s'opère chez Justine, sa jeune fille autiste, depuis que sa chienne Komi est entrée dans leur vie.

Il y a un an, la bête a même pu faire ses premiers pas avec l'adolescente à l'école secondaire Massey-Vanier, à Cowansville. Deux autres autistes ont pu faire de même avec leurs fidèles compagnons.

Plusieurs autistes ont de grandes sautes d'humeur. Justine est du nombre. Selon Marielle Boivin, ses crises à la fois quotidiennes et imprévisibles ont mené la maisonnée au bord du gouffre.

«Justine a eu le diagnostic d'autisme à l'âge de neuf ans. À l'extérieur, elle réussissait à contrôler son humeur. Mais une fois chez nous, c'était l'explosion. On a tout vu. Elle pouvait courir après nous avec un couteau, elle nous frappait ou elle défonçait les murs à coups de pieds en hurlant. Ça durait une heure et demie en moyenne. Tous les jours. C'était intenable. Il fallait qu'il se passe quelque chose. On était à bout de ressource et son pédopsychiatre aussi.»

C'est le hasard qui a mis cette fameuse ressource sur la route de Justine, alors qu'elle était dans un camp de jour. «Quand je suis allée chercher ma fille, elle était couchée sur un chien Mira. C'était évident qu'ils connectaient ensemble. De mon côté, j'ai tout de suite eu un déclic, mentionne Mme Boivin. Il y avait peut-être une solution.»

À peine quelques mois plus tard, la jeune fille a intégré le programme Schola Mira, spécialement conçu pour accompagner les enfants vivant avec des troubles du spectre de l'autisme (TSA). «La première fois qu'on voit un chien avec son enfant, on pense à sa sécurité. Mais moi, j'étais inquiète pour la bête!», lance la mère en riant.

Révélation

Mme Boivin qualifie la rencontre entre Komi et Justine de «révélation». Tant et si bien que la belle et la bête sont quasi inséparables. D'ailleurs, cette relation a eu un effet instantané sur l'humeur de la jeune fille. «Justine est beaucoup moins anxieuse. Elle a aussi plus d'assurance. Et nous les parents, on a regagné notre liberté. On n'avait plus de réseau social. On s'empêchait de sortir ou de voir des amis à cause des crises. Nos garçons de 17 et 19 ans aussi.»

L'histoire à succès s'est poursuivie au plan académique quand Justine a pu amener son chien à l'école. D'ailleurs, Mme Boivin souligne que la rentrée scolaire en duo, le 1er avril 2015, s'est faite sans heurts. «Vraiment, je dois dire chapeau à la direction et aux profs de l'école Massey-Vanier pour leur ouverture. Ils étaient très enthousiastes de les accueillir.»

Nadia Desnoyers, l'éducatrice spécialisée qui s'occupe de Justine, voit d'un bon oeil le fait qu'un chien Mira soit à ses côtés dans la classe. «Elle est beaucoup plus concentrée parce que son niveau de stress est diminué. Ça paraît dans plein de domaines à l'école. Et les autres jeunes se sont habitués. Ils savent que c'est un chien qui est là pour travailler. Et c'est elle l'unique responsable de son chien.»

Joanie, 13 ans, et Brandon, 16 ans, fréquentent également la polyvalente avec leur compagnon canin. Outre une meilleure gestion de son stress, le jeune homme affirme être porté à aller davantage vers les autres, notamment la gent féminine. «Mon chien Chico m'aide à vaincre ma timidité. Ça va mieux à l'école. Les filles aiment bien lui donner des câlins. C'est très pratique pour leur parler», dit-il en arborant un large sourire.

«Mira a fait tout un travail à Massey-Vanier. Et ça porte ses fruits! , lance Marielle Boivin. Vraiment, je ne les remercierai jamais assez pour ce qu'ils ont fait pour nous. Je dirais même que le chien de notre fille a sauvé notre famille.»

Mira réoriente sa mission

La Fondation Mira remet annuellement plus d'une centaine de chiens à des jeunes ayant un trouble du spectre de l'autisme (TSA). Comme la demande dans ce créneau ne cesse de croître, la mission de l'organisme sans but lucratif prend une nouvelle tangente.

L'anxiété est un des principaux problèmes auxquels sont confrontés les jeunes vivant avec un TSA et leurs proches. C'est notamment dans l'optique de mieux gérer ce stress que les balbutiements du programme Schola Mira ont pris naissance en 2002.

«Déjà à cette époque, on recevait plus de 150 demandes en dehors de la mission de base de Mira. La majorité provenait de parents d'enfants autistes. Je ne suis pas spécialisé en zoothérapie, mais c'était clair qu'il fallait évaluer cette avenue», a indiqué le psychologue Noël Champagne, directeur de la recherche et du développement chez Mira.

Dès l'automne 2003, l'OSBL s'est associé à une série de chercheurs afin de mener une vaste étude auprès de 54 familles d'enfants TED/TSA. Cette première phase d'analyse s'est échelonnée sur environ trois ans.

«Au fur et à mesure qu'on avançait dans le processus, on constatait que le chien réduit, dans la plupart des cas, l'anxiété de façon marquée chez ces enfants, a expliqué le psychologue. Encore aujourd'hui, ça m'assomme de voir à quel point les résultats sont concluants.»

Mira a ensuite entamé le second pan de l'étude (2006-2009), à laquelle ont participé 120 familles. La salive des gens a entre autres été analysée pour y déceler la présence de cortisol (hormone du stress). Ceci a permis de déterminer scientifiquement si le chien diminue l'anxiété chez les membres du groupe.

Nouveau départ

Il y a six ans, après une décennie d'expérimentation, le programme Schola Mira a été lancé. Durant cette même période, la demande pour les chiens-guides a diminué. La réorientation de la mission de l'organisme était donc incontournable.

«Avec l'avancement de la recherche, il y a de moins en moins de maladies héréditaires, et par conséquent moins de personnes aveugles. De l'autre côté, il y a une explosion du nombre de cas diagnostiqués d'autistes. Les besoins évoluent et on s'adapte», a mentionné M. Champagne.

À ce jour, Mira a décerné plus de 400 compagnons canins à des autistes âgés de 25 ans et moins. Une fois admis au programme Schola Mira, chaque enfant reçoit un jeune chien (15 et 24 mois). Celui-ci est au préalable formé par un entraîneur spécialisé durant trois mois, soit la moitié du délai pour un chien-guide.

En ce qui concerne les jeunes ayant un TSA, Mira s'occupe de l'intégration des chiens dans le noyau familial aussi bien qu'en milieu scolaire, pour les enfants qui fréquentent le secondaire.

«Je suis très fier de voir le chemin parcouru [avec la Schola Mira], a fait valoir le psychologue. Ce qui fait la force de Mira, c'est son troupeau. Ce sont des bêtes qui aiment avoir le museau près des humains. Les premiers jeunes avaient cinq à dix ans. Mais maintenant, ce sont des adolescents. Tant mieux si l'expertise développée au fil des ans permet d'enlever un poids sur leurs épaules.»

On voit ici Dominic Pollender avec son chien... (Janick Marois, La Voix de l'Est) - image 3.0

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On voit ici Dominic Pollender avec son chien Mira Boussole et sa tutrice à l'école l'Envolée, Julie Ouellet. 

Janick Marois, La Voix de l'Est

Un compagnon canin pour déjouer l'autisme

À l'instar de jeunes autistes fréquentant l'école Massey-Vanier, Dominic Pollender, 13 ans, peut poursuivre son parcours scolaire avec son chien Mira à l'Envolée. Selon son père, Stéphane Pollender, l'arrivée de son compagnon canin a fait « grandement progresser » son enfant.

« Au primaire, Dominic faisait pas mal de crises. Il hurlait. Il frappait. Il a cassé des fenêtres, brisé des murs. Il avait aussi beaucoup de terreurs nocturnes. Comme parents, on se sentait souvent impuissants dans ce genre de situation », explique M. Pollender.

Dès que le jeune autiste a intégré le programme Schola Mira, son comportement a radicalement changé, fait valoir son père. « Il n'avait même pas encore reçu son chien et son niveau de stress avait déjà baissé. Il a commencé à s'ouvrir plus et à avoir plus confiance en lui. C'était un nouveau Dominic. »

Puis en novembre, le moment est venu d'entrer à l'Envolée avec son chien Mira. Une étape qui n'a pas été franchie sans embûches. « Dès qu'on a parlé que Dominic amène son chien en classe, la direction de l'école était réticente. Ils avaient peur de devoir s'occuper de l'animal, que ça perturbe certains élèves. Ça a pris plusieurs rencontres avec les gens de Mira pour que les choses se placent. Et même encore aujourd'hui, il y a encore de petits trucs à régler. Mais ça fait partie de l'apprentissage pour eux aussi. C'est comme ça que je le vois », mentionne M. Pollender.

De son côté, la tutrice de Dominic, Julie Ouellet, ne cache pas son embarras. « En partant, avoir un chien, c'est une lourde responsabilité. Ça l'est encore plus si on l'amène dans un contexte scolaire avec tout ce que ça comporte, dit-elle. Tant mieux si ça fait une différence pour Dominic à la maison, mais je ne crois pas que c'est le cas à l'école. Je dirais même que des fois, c'est plus handicapant qu'autre chose pour lui. »

« Ouvrir la voie aux autres, ce n'est pas toujours facile, concède Stéphane Pollender. Mais je suis fier de ce que mon fils accomplit grâce à son chien Mira. Et ça, c'est toute une victoire! »

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