La région perd son seul pneumologue

Dr Gilles Jodoin conclura sa carrière de 45 ans... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Dr Gilles Jodoin conclura sa carrière de 45 ans dans le réseau de la santé à la fin décembre.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Cowansville) Après 45 ans de carrière, le pneumologue Gilles Jodoin tire sa révérence. La majorité des patients du spécialiste seront pris en charge par des médecins internistes à l'hôpital Brome-Missisquoi-Perkins (BMP), où il pratique. Ceux qui nécessitent des suivis plus pointus seront redirigés vers le Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS).

«J'ai eu une belle carrière. Je me suis épanoui durant toutes ces années en travaillant auprès de mes patients. J'ai aussi énormément aimé pratiquer dans la région parce que j'ai été soutenu par les médecins de famille autour de moi. Vraiment, je prendrai ma retraite à la fin décembre avec le sentiment du devoir accompli», a confié en entrevue l'homme de 77 ans.

Conscient de l'inquiétude que l'annonce de son départ a pu susciter chez certains de ses patients, le pneumologue a tenu à se faire rassurant.

«Plusieurs personnes m'ont demandé si je pouvais rester encore un peu. Mais ma décision est prise. Une chose est certaine, il n'y a pas de gens qui vont tomber dans le vide, a-t-il illustré. Côté professionnel, c'est très important pour moi. D'ailleurs, je m'assure que chacun de mes patients a un médecin de famille. Pour des cas de maladies pas ultraspécialisés, ils pourront être suivis par un des quatre internistes ici [à BMP].»

Selon le Dr Jodoin, environ 10 % des patients présentant des problèmes pulmonaires plus complexes pourraient être dirigés vers des pneumologues du CHUS. Une donnée corroborée par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie.

«Tous les patients atteints de cancers du poumon ou autre sont pris en charge autant à Granby qu'à BMP, a précisé par courriel Sylvie Vallières, conseillère aux communications du CIUSSS de l'Estrie. Il y a des hémato-oncologues. Lorsque les cas sont complexes, les médecins ont la possibilité de faire des consultations par [vidéoconférence] avec l'équipe surspécialisée en poumon de l'installation CHUS pour discuter du diagnostic.»

Selon le Dr Jodoin, la restructuration qui s'opère dans le réseau de la santé, notamment le fait que les CSSS de la Haute-Yamaska et La Pommeraie soient maintenant dans le giron du CIUSSS, est globalement positive. «Avec la centralisation des activités dans la région, je crois que les corridors de service de plus petits hôpitaux vers Sherbrooke seront un plus pour le suivi des patients.»

Équilibre

À quelques jours de conclure sa longue carrière, le Dr Jodoin se questionne à propos de l'avenir dans son domaine. Bien qu'il voie d'un bon oeil la féminisation de la médecine, il est d'avis que cette tendance à la hausse fragilise l'équilibre souhaitable entre le nombre d'hommes et de femmes dans ce créneau. «Quand j'ai commencé comme médecin, il n'y avait pratiquement pas de femmes [dans la profession]. Elles ont une approche différente des hommes dans leur travail. Et c'est tant mieux. Le balancier est en train de basculer de l'autre côté maintenant, a-t-il imagé. Il faudrait que ça se stabilise.»

Selon les statistiques de l'Institut canadien d'information sur la santé (ICIS), près de 40 % des médecins canadiens étaient des femmes en 2014. Au Québec, cette proportion était de 45,9 % pour la même période. Dans la tranche d'âge de 40 ans et moins, 62,9 % des médecins étaient des femmes en 2013-2014.

Selon le pneumologue, le Québec se prive de bons docteurs en raison de la rigidité de l'admission en faculté de médecine. «Le problème, c'est qu'on se base principalement sur l'aspect intellectuel pour choisir les candidats, a-t-il fait valoir. Il faudrait davantage considérer le côté humain dans l'équation.»

«Il y a 50 ans, quand j'ai terminé mes études, je n'avais pas de notes dans les 90 %. Dans les années 60, on devait passer une longue entrevue avant d'être accepté, a-t-il raconté. Dans le contexte actuel, je ne serais possiblement pas devenu médecin.»

Le spécialiste entrevoit donc que «pratiquer la médecine sera de plus en plus difficile» en raison du vieillissement de la population. «La réalité, c'est qu'on aura besoin de plus de médecins au cours des prochaines années. Et il faudra qu'ils passent plus de temps à évaluer chaque patient. Les gens ne sont pas des numéros. Se sentir écouté, appuyé par son médecin, c'est une partie de la guérison dans bien des cas.»

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