«T'occupes»

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S'il y a un endroit où il est relativement sécuritaire et ô combien facile de s'engueuler, c'est bien sûr internet. Un écran, un clavier, une connexion, et hop ! on se vide le coeur à coups de 140 caractères et presque autant de fautes d'orthographe.

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CHRONIQUE - «Je me suis déjà fait menacer à cause d'un article ! » « Hé, moi aussi ! »

C'est le genre de discussion qu'on a entre collègues aux affaires policières et judiciaires à La Voix de l'Est. C'est joyeux. On ne se fait (probablement) pas espionner par les policiers du coin, mais les criminels et leur famille, eux, nous surveillent et n'hésitent pas à nous faire leurs commentaires.

Et la mode n'est plus aux chicanes par téléphone. Tout se fait maintenant par courriel ou sur internet. Parce que s'il y a un endroit où il est relativement sécuritaire et ô combien facile de s'engueuler, c'est bien sûr internet. Un écran, un clavier, une connexion, et hop ! on se vide le coeur à coups de 140 caractères et presque autant de fautes d'orthographe.

Il m'arrive souvent de recevoir des commentaires et parfois des injures (plus rarement des compliments) à propos d'articles, mais des menaces, ç'a été une première, récemment. Elle m'est venue du frère d'un trafiquant de drogue allégué, arrêté et toujours en attente de procès.

Le premier courriel était plutôt neutre, du genre : arrête d'écrire sur mon frère stp, ça fait de la peine à nos parents. Avec tout ce qu'on reproche à cet accusé-là, non, le quotidien granbyen ne peut passer à côté de ça.

Alors, il m'insulte et me lance une phrase du genre : « t'occupes, je sais où tu restes et on va se retrouver ».

Ça m'a soufflé un peu, d'autant plus qu'il prétendait connaître mon adresse. Puis, ça m'a révolté. De quel droit ? S'il y a des erreurs dans un article, je comprends qu'on veuille me faire des reproches. Comme se faire appeler Richard quand on s'appelle Robert (une erreur courante) ou écrire « un vieil homme de 68 ans » (à Granby, ce faux pas vous vaut assurément une lapidation dans le stationnement des Galeries de Granby). Mais nous menacer parce qu'on couvre les procédures judiciaires d'un présumé caïd ?

S'il pensait me convaincre de ne plus écrire là-dessus, ça aura exactement eu l'effet contraire. Ça m'a aussi permis de visiter à nouveau le poste de police de Granby.

On a pris ma déposition avec cordialité et une rapidité d'exécution impressionnante. Il faut dire qu'ils connaissaient l'auteur des menaces à peine voilées (je pense qu'ils connaissent tout le monde).

Ses mots n'étaient pas assez forts pour que ma plainte débouche sur une accusation, mais le type en question a été rencontré et « sensibilisé », m'a-t-on dit.

Quant à ma collègue aux affaires policières, elle, ses menaces ont été reçues à la suite d'un article sur un incendie dans un garage où un gars faisait pousser du pot. Après publication, il l'a engueulée parce que ça nuisait à sa réputation auprès des institutions bancaires...

Conscience

J'ai écrit cette chronique dans un cubicule du palais de justice de Granby cette semaine pendant que j'étais en attente d'un verdict. L'endroit est petit, il n'y a pas de fenêtre, mais c'est confortable. Une table, une prise électrique, une poubelle, quatre chaises. Je regarde la table et les chaises et je me demande : combien de causes délicates ont été discutées ici ? Réglées ? Combien de sourires ? Combien d'engueulades ?

Pas loin de moi, il y a un escalier qui lie les salles de cour au rez-de-chaussée. Je l'appelle l'escalier des soupirs, parce qu'ils sont nombreux à l'emprunter en soupirant parce qu'ils viennent de recevoir leur jugement ou leur sentence. Parfois, quand ils sont fâchés, ils brisent des vitres. Aucun, cependant, n'a osé toucher au splendide vitrail de l'artiste Marcelle Ferron qui orne tout un côté de l'édifice Roger-Paré. Même les accusés ont une conscience artistique.




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