Orgie botanique

Est venu le temps pour moi, cette semaine, de mettre fin à un parasite qui... (Bernard Brault, La Presse)

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Bernard Brault, La Presse

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Est venu le temps pour moi, cette semaine, de mettre fin à un parasite qui pullule sur presque tous les terrains du Québec (et chez moi en particulier), qui est joli, mais aussi à l'origine de moult conflits : le pissenlit.

Côté pissenlit, avouons-le, il y a les tenants de deux écoles de pensée. Ceux qui les ont en horreur et se précipitent pour les arracher le printemps venu, l'arrache-pissenlit aux dents et la brouette au derrière, et ceux qui s'en foutent éperdument.

J'ai une collègue qui est de cette école-là. « Arracher les pissenlits, quelle perte de temps ! », m'a-

t-elle lancé quand elle a su que j'avais passé deux jours, à genoux ou plié en deux, à libérer mon terrain de l'emprise d'un demi-millier de dents-de-lion. 

Oui, ce n'est pas si laid que ça, quand on y pense. Mais cette plante est comme les lapins : elle se reproduit à vitesse grand V. C'est donc une perte de temps si t'as le goût de ne plus voir ton gazon éventuellement... Le précédent propriétaire de ma demeure - nouvellement acquise l'an passé - était clairement de cette école-là.

À notre arrivée, il n'y avait pas que des pissenlits ; certains étaient si charnus qu'ils étaient devenus des arbres de pissenlits. La première tonte a duré quatre heures. Et c'est pas comme si j'avais un terrain grandeur Château de Versailles (quoique des statues et un buste de Pamela Anderson s'agenceraient très bien au décor).

J'avais alors manqué de temps pour les arracher et je m'étais promis que je leur ferais la peau cette année. Ce que j'ai fait. PENDANT SEPT HEURES. En fermant mes yeux, le soir, je pouvais voir des centres de pissenlit, tsé là, là où toutes les tiges et feuilles se rassemblent dans une orgie botanique que n'aurait pas renié Caligula ? 

Le tout terminé par une hideuse racine qui, si on manipule bien l'arrache-pissenlit ou le désherbeur, se retire de tout son long comme une écharde flasque plantée dans la chair de la terre.

« Les as-tu jetées ? », m'a demandé une connaissance versée dans les plantes et les herbes. Quoi ? Les racines de pissenlits ? C'est bon, ça ? Oui, m'a répondu l'émule d'Anny Schneider. En thé, par exemple. Le pissenlit est excellent pour le foie, les reins, etc., comme l'indique son nom.

Hé ben non. Après m'être esquinté le dos à arracher tous les & ? % $# ! de pissenlits, j'ai pas pensé à les garder. Mais c'est logique. Dans la nature, tout sert à quelque chose. Ou, dit plus prosaïquement, toutte est dans toutte.

Tout sert à quelque chose... sauf le premier désherbeur que j'ai acheté dans une quincaillerie à grande surface dont je tairai le nom. C'était vraiment de la merde et ça n'arrachait rien. Désirée est retournée acheter un autre modèle qui avait la réputation de mieux fonctionner, et ça a marché.

C'est pas aussi efficace que l'arrache-pissenlit à la main, mais ça évite d'être sur ses genoux toute la journée.

Alors j'ai nettoyé l'appareil douteux et je suis retourné au magasin pour me faire rembourser. Surprise (#ironie), la commis a refusé. 

« Je ne peux pas parce que vous l'avez utilisé », m'a-t-elle dit en pointant une miette de terre restante. Madame, comment pouvais-je savoir qu'il ne fonctionnait pas bien avant de l'utiliser ?

Je me suis engueulé un peu avec elle - comme il semble qu'il faille faire de nos jours pour être le moindrement bien servi - et elle a fini par me donner l'équivalent du désherbeur déprimant en carte-cadeau. 

Je vois ça comme une demi-victoire. Ou plutôt une demi-défaite. Pourquoi vend-on des outils qui fonctionnent mal ? J'ai une idée de la réponse, et elle me fait momentanément perdre foi en l'humanité.




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