La marijuana pour les nuls

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Le gouvernement Trudeau a annoncé la semaine dernière que le cannabis serait légalisé à partir de juillet 2018 au Canada.

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Ça fait deux semaines que j'hésite à parler de marijuana parce que j'ai peur de passer pour un chroniqueur trop permissif à tendance hippie. Mais bon, à un moment donné, il faut s'assumer.

Drôle de voir comment une frénésie anti-pot s'est soudainement manifestée depuis l'annonce officielle, par le gouvernement Trudeau la semaine dernière, que le cannabis serait légalisé à partir de juillet 2018.

Trop tôt ! On n'est pas prêts ! Pourtant, ça fait un an et demi qu'on en parle et ç'avait été annoncé encore plus tôt, en campagne électorale... Je sais, les gouvernements n'ont pas l'habitude de tenir leurs promesses et Ottawa en a surpris plus d'un en allant de l'avant avec l'un de ses engagements les plus marquants. Mais c'est pas une raison pour crier au scandale.

Le pot n'est pas inoffensif, c'est une évidence. C'est une drogue avec tout ce que ça implique. J'en connais qui ont scrappé leur vie à cause de ça. Mais j'en connais aussi qui ont scrappé leur vie à cause de l'alcool, du jeu, de l'amour, de la nourriture, de l'argent... Les dépendances sont aussi nombreuses que les plaisirs. 

Je persiste à croire que les avantages (revenus de taxes, meilleur contrôle de la qualité, allègement des tribunaux) de légaliser la marijuana surpassent ses désavantages (augmentation de la consommation, des problèmes de santé, des accidents de voiture, le malaise de croiser son patron Chez Ben en avalant sa troisième poutine avec des yeux rouges).

L'argument anti-légalisation qui m'irrite le plus, c'est quand on proclame que les adolescents auront un accès encore plus facile à cette substance. Il faut vivre dans une grotte pour ignorer que le pot est déjà accessible à peu près partout et à bon prix. L'accessibilité augmentera, mais superficiellement.

Quant à l'argument voulant que « le pot brûle les cellules » (soupir), il est temps de voir la réalité en face. D'abord, cet avertissement répété ad nauseam depuis des décennies provient d'une étude des années 1960 où, si ma mémoire est bonne, on avait fait inhaler la fumée de six joints PAR HEURE à des rats PENDANT TROIS MOIS, pour ensuite examiner leurs cerveaux. Devinez le résultat. Ils étaient bousillés. Comme ils l'auraient été si on leur avait fait fumer six cigarettes de n'importe quoi pendant aussi longtemps.

L'idée maîtresse, c'est de contrôler une substance déjà largement consommée, mais dont les revenus et le contrôle de la qualité échappent à l'État. Je vous entends déjà dire : il faut être naïf pour penser que le crime organisé ne s'immiscera pas - il le ferait déjà - dans la production licite. Vrai. Mais ce sont des irritants qui pourront être réglés avec le temps et des vérifications appropriées.

Considérez aussi la liste de gens d'affaires (Steve Jobs, Martha Stewart, Ted Turner) et d'artistes (Patrick Stewart, Rihanna, Bill Maher) qui ont admis consommer régulièrement de la marijuana sans que cela ne brime leur productivité ou leur créativité, et on demande encore pourquoi ce n'est pas encore légal.

En fait, on le sait. À l'origine, c'était pour des raisons économiques. Le pot venait d'ailleurs (principalement d'Amérique du Sud) tandis que le tabac et l'alcool étaient des productions locales. On a donc voulu protéger notre économie en favorisant nos drogues. 

Je ne veux pas encourager quiconque à en prendre, et je sais que c'est mauvais d'en prendre trop jeune ou trop souvent, mais si je me fie à mon expérience, le pot, pour quiconque sait ne pas en abuser, n'est pas la drogue du diable que l'on décrit parfois. 

En passant, j'aime beaucoup les récentes publicités contre la conduite sous l'effet de la marijuana. Vrai que trop de cannabis allonge le temps de réaction, mais tout comme trop d'alcool ou trop d'épisodes de L'auberge du chien noir... Bref, tout est une question de dosage.




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