Salut, Richard!

Richard Gosselin... (archives La Voix de l'Est)

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Richard Gosselin

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

« Les p'tites filles aiment ça les grosses voix... »

C'est l'une des premières choses que m'a dites Richard Gosselin à mon arrivée à La Voix de l'Est, en 2002. Il me montrait alors comment appeler dans les postes de police pour savoir s'ils avaient des événements à déclarer. Mais avant de parler au sergent, il faut d'abord passer par la réceptionniste. 

Dans le souci de maximiser ses chances d'être transféré à la bonne personne, ou tout simplement pour faire bonne impression, Richard abaissait donc son timbre de voix d'une octave ou deux, selon le cas, tout en y ajoutant un trémolo que n'aurait pas renié Charles Aznavour. 

Dans mon for intérieur, je me demandais si ça faisait vraiment une différence, mais je n'ai jamais osé lui en parler.

Richard a pris sa retraite il y a 12 ans, miné par des maux de dos. Tous ceux qui l'ont connu, même peu, en parlent avec une admiration mêlée d'incrédulité. A-t-il vraiment fait tout ce qu'on lui attribue ? 

Oh que oui ! Et même plus.

Il est mort la semaine dernière dans la discrétion, ce qui tranche avec sa vie marquée par l'audace et la superbe. On le surnommait « Hollywood » autant pour sa personnalité désinvolte que son style d'écriture flamboyant et, surtout, sa propension à être acteur de ses propres reportages. 

Dire qu'il couvrait les affaires policières et judiciaires est un euphémisme : il les habitait (et détestait l'expression « faits divers », qu'il jugeait trop fourre-tout). Pendant de longues années, il a écouté les ondes policières jour et nuit et sautait dans sa voiture au moindre signe d'événement d'intérêt médiatique. À la demande de sa conjointe, il a ralenti le rythme au mitan de sa vie parce que, ben, ça dort mal à côté d'une radio qui dit « 10-4 » toutes les 15 minutes.

Il lui est souvent arrivé d'intervenir sur une scène de crime ou d'accident AVANT les secours ou les autorités. Auquel cas il réconfortait la victime - parfois jusqu'au trépas - ou appréhendait lui-même le délinquant avec, pour seules armes, sa grosse voix et son « scanner » pointé comme un fusil.

Mais la carrière de Richard ne se résume pas à des coups d'éclat. Il avait aussi son style d'écriture bien à lui. Se vantant de n'avoir jamais lu un journal avant son embauche à La Voix de l'Est en 1984, sa plume avait quelque chose de littéraire, voire romanesque, mais sans être ampoulée. Il affectionnait les mots peu usités comme sbire ou énergumène et les adverbes roucoulants comme manifestement ou conséquemment. J'ai déjà essayé de l'imiter, mais je n'ai fait que le singer.

Comme en fait foi le premier paragraphe de cette chronique, il n'était pas chiche en conseils et en félicitations non plus. Ses trucs du métier, il les partageait, et je me souviens d'avoir été flatté qu'il ait trouvé un de mes articles « savoureux ». Après son départ, j'ai continué à l'appeler pendant plusieurs années pour des conseils, surtout juridiques. Il n'a jamais rechigné à la tâche, manifestement.

J'allais aussi le voir, à l'occasion, dans sa splendide maison de la rue York. La dernière fois, c'était l'été dernier. Il savait que ses jours étaient comptés. Malgré son état de santé, il n'avait rien perdu de sa mémoire et de son sens de la répartie.

Nous avons parlé longtemps et il ne paraissait pas triste, même s'il trouvait qu'il y avait moins d'accidents de voiture qu'avant dans La Voix de l'Est. Les temps changent, que je lui ai dit. Mais il n'était pas nostalgique et savourait ses derniers moments en se remémorant sa vie trépidante, sur l'adrénaline. Je pense que si c'était à refaire, il la referait de la même façon.

C'est-à-dire avec du style, et une voix bien grave quand il le faut.




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