Rébellion

C'est pas que je trouve ça laid, un... (La Voix de l'Est)

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C'est pas que je trouve ça laid, un tatouage, ai-je répondu à mes jeunes collègues avec diplomatie alors qu'ils allaient s'encrer la peau de, respectivement, un logo de Batman et un symbole sibyllin relié au journalisme. C'est que...

La Voix de l'Est

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

«Pascal, viens-tu te faire faire un tatoo avec nous?», m'ont demandé deux jeunes collègues fantasques, récemment.

(En passant, on dit tatouage en français. Pas tatoo. Ni même tatou. Un tatou, c'est un mammifère d'Amérique tropicale couvert de plaques cornées et pouvant se rouler en boule - si vous avez joué à Donkey Kong 64 dans les années 1990, vous le connaissez déjà. Et tattoo, c'est en anglais. Et accessoirement le nom de l'hôte nain et survolté joué par le regretté Hervé Villechaize dans la série télé L'île fantastique[1978-1984], mais je m'égare.)

C'est pas que je trouve ça laid, un tatouage, leur ai-je répondu avec diplomatie alors qu'ils allaient s'encrer la peau de, respectivement, un logo de Batman et un symbole sibyllin relié au journalisme. C'est que...

D'abord, je déteste faire comme tout le monde. Mais surtout, les tatouages sont devenus tellement populaires que ce ne sont plus les gens tatoués qui font exception, mais ceux qui n'en ont pas. Ce qui était jadis un symbole d'individualité et de non-conformisme est devenu exactement le contraire: une mode tout ce qu'il y a de plus banale et accessible, qui a perdu son jus de connotation menaçante. Bref, ce qui était jadis l'apanage des marins et des repris de justice est devenu un passage presque obligé pour adolescentes et mâles en manque de rébellion.

Sans oublier les abus. Il y a eu la mode des petits coeurs sur le poignet ou sur la cheville, puis la mal nommée tramp stamp (littéralement «étampe de trainée», soit le tatouage au bas du dos, une expression très vulgaire, mais un peu drôle, quand même), puis l'épaule, puis le bras au complet façon Coeur de pirate... La mode du tatouage intégral n'est pas loin. Pratique si on auditionne pour un rôle de gangster mexicain dans un théâtre d'été. Beaucoup moins en entrevue pour un poste de comptable agréé.

Ceux qui en abusent croient à tort que ça leur donne du mystère, de la profondeur, un look torturé à la Lisbeth Salander dans la série de livres Millenium quand, en fait, ils ont juste l'air indécis et excessifs.

(Dans le même ordre d'idée, je ne sais que penser des gens qui portent des montures de lunettes avec des verres SANS FORCE. Alors qu'ils ne sont ni myopes, ni presbytes, ni astigmatiques, ni même hypermétropes. Juste pour le look, genre. Je sais que les lunettes sont à la mode, mais n'est-ce pas un délit de coquetterie qui devrait être passible d'une peine de prison ou, à tout le moins, d'une amende substantielle?

C'est comme les perruques. Pour un homme, s'il vous plaît, non. Si elle est naturelle, il faut être fier de sa calvitie [j'en suis un bon exemple]. La nier, c'est nier sa masculinité, sa surabondance de testostérone qui cause, par ricochet, la calvitie. Oui, il y a des femmes qui n'aiment pas les hommes chauves. Mais c'est toujours parce qu'elles n'en ont jamais connu un, auquel cas elles sauraient qu'ils sont super.)

Pour revenir au sujet principal, je ne veux pas décourager quiconque de se faire tatouer, c'est une industrie comme toutes les autres qui a besoin de clients et ne peut subsister qu'en vendant des pipes à hasch et des posters de Bob Marley. Si vous le faites, je ne vous jugerai pas le moins du monde. J'y ai même déjà pensé, mais on m'a dit que ça faisait mal, alors j'ai oublié le projet.

Je ne peux faire autrement que de me sentir exclu quand j'entends les «chroniques circulation» à la radio montréalaise. Et il y en a tellement! D'un côté, ça me réconforte de ne pas être pris dans le trafic chaque jour. De l'autre, je trouve que ça devient redondant. Y'a pas que Montréal dans la vie!

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