L'hippocampe contrit

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

(Granby) Je n'en suis pas fier, mais j'ai brûlé Jojoba (nom fictif).

Rien de grave, une petite marque sur l'une de ses cuisses (en passant, suis-je le seul à avoir le goût de manger du poulet quand je vois les cuisses blanches et joufflues de mon bébé de six mois?). Ça ne paraît presque plus. Mais je me sens coupable depuis trois semaines.

J'étais seul ce soir-là et je la gardais. Je sais, il ne faut pas dire «garder» quand on s'occupe de ses propres enfants. Mais je trouve que le verbe «s'occuper» n'a pas la même portée. Il n'a pas la notion de «seul avec des flots». Et il se trouve toujours quelqu'un pour s'offusquer quand je dis que je «garde» ma fille, et ça, c'est drôle.

Bref, comme je suis un homme moderne, je n'ai aucune objection à m'occuper du bébé, même que j'aime ça. Mais j'admets que c'est accaparant. Pas le temps de partir une révolution, disons, avec Jojoba dans les bras.

Ce soir-là, j'avais opté pour le porte-bébé ventral high-tech qui me donne un look d'enfer et que les hippocampes ne renieraient pas. C'est pratique, tu peux marcher avec le bébé devant toi et il adore, mais ça limite tes autres mouvements. Quand tu te penches, t'as 20 livres de poids en plus à remonter, tu ne vois pas bien ce que tu fais avec tes mains et il faut faire attention aux portes.

Je savais qu'il ne fallait pas cuisiner avec un bébé dans le porte-bébé, mais je l'ai fait quand même. Jojoba était confortable et j'avais faim. Alors j'ai fait cuire des hamburgers. Tout allait bien jusqu'à ce que je sorte les pains du petit four. J'ai tenu la plaque trop près d'elle, elle a levé la jambe...

Son cri soudain m'a fait comprendre que je venais de faire une énorme gaffe. J'ai vu la petite rougeur et je me suis senti extrêmement contrit. Ça n'aide pas que chaque nouvelle personne qui le remarque demande: mais qu'est-ce qui lui est arrivé à la jambe? C'est là, habituellement, que je baisse la tête.

Depuis, je ne cuisine plus avec Jojoba devant moi. Je la mets par terre avec une cuillère en bois et une mitaine de four, deux objets qui curieusement captent toute son attention ces temps-ci.

J'espère qu'elle me le pardonnera un jour.

Temps chaud

Mon éminent collègue Michel Laliberté laisse entendre que le temps chaud et ensoleillé a pu freiner les ardeurs de gens intéressés à signer le registre contre le projet de pistes multifonctionnelles, notamment dans la rue Léger.

Tiens donc! Si ç'avait été l'hiver, on aurait dit que le temps froid est un frein. L'automne, que les gens sont trop préoccupés par la rentrée. Au printemps, par le grand ménage et les impôts. Autrement dit, aucune période n'est propice!

En fait, l'été, c'est le moment parfait pour un registre. S'il n'y a pas eu assez de signatures cette fois-ci, c'est que la majorité silencieuse était d'accord, un point c'est tout. Ça va faire, le pleurnichage.

Mère Teresa

J'ai lu récemment que les chats noirs sont moins populaires dans les adoptions. Qu'ils seraient, inconsciemment, encore associés à la mauvaise fortune et à la sorcellerie. Les gens ont peut-être peur que leur chat noir, une fois trépassé, revienne de l'au-delà sous forme de zombie félin comme dans Pet Sematary (1989).

Quand j'ai lu ça, j'ai regardé ma chatte Vadorette et je lui ai dit: chanceuse va, je t'ai sauvée d'une mort certaine. Et j'ai décrété que je n'adopterai désormais plus que des chats noirs. C'est mon côté Mère Teresa. Aider les moins fortunés et les laissés-pour-compte, c'est ma devise.

Cette chronique fait relâche pour trois semaines. À bientôt!

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