Grrrrrr

Interdire les pitbulls est une très mauvaise idée,... (Archives, La Voix de l'Est)

Agrandir

Interdire les pitbulls est une très mauvaise idée, dit Carl Girard, parce que d'abord, comment en reconnaître un? La race, qui était déjà un mélange au départ, a été tellement croisée qu'elle est difficile à identifier.

Archives, La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Le directeur de la Société protectrice des animaux (SPA) des Cantons n'a pas aimé ma chronique où j'écrivais qu'interdire les pitbulls était une bonne idée, alors j'ai été lui parler à Cowansville.

Il m'a accueilli avec deux molosses qui ont zieuté mes jarrets avec des yeux écarquillés et la gueule baveuse. C'est pas vrai. Il est sympathique, Carl Girard, avec son accent du Saguenay et sa bouille de gars toujours prêt à aider quelqu'un à déménager.

Après avoir qualifié ma chronique de «décevante», il m'a expliqué pourquoi.

Interdire les pitbulls est une très mauvaise idée, dit-il, parce que d'abord, comment en reconnaître un? La race, qui était déjà un mélange au départ, a été tellement croisée qu'elle est difficile à identifier.

Ensuite, selon le directeur de la SPA, un tel règlement crée un faux sentiment de sécurité parmi la population. Il n'y a pas que les pitbulls qui sont dangereux. Statistiquement, ils ne sont responsables que de 20% des morsures.

«Alors on ne protège que 20% des citoyens? Ce n'est que de la poudre aux yeux. Si t'es attaqué par des abeilles, vas-tu sortir un filet ou une carabine?»

Mais si les pitbulls causent plus de dommages que les autres chiens, n'est-ce pas logique de s'attaquer au problème par sa partie la plus visible?

Non, dit-il, parce que ça ne règle pas le problème des attaques chien contre humain. Ça ne fait que le déplacer.

«Je ne te dirai jamais qu'un pitbull est moins dangereux que les autres races de chien. Ç'a plus de force, plus d'instinct de conservation. Personnellement, je ne les aime pas. C'est trop émotif. Ça bave et ç'a trop d'énergie. Mais j'ai de la misère quand on rentre dans le systématique.»

Il donne l'exemple de l'Ontario, qui a interdit les pitbulls en 2005. Nombre de morsures en 2005: 5428. En 2015: 5345. «T'as autant de morsures, mais moins de pitbulls!»

À son avis, cette province abrogera sous peu son règlement et les municipalités québécoises seraient très mal avisées d'en adopter un similaire.

«Si on les laisse faire, ça va aller où? Ils vont décider quelle race on peut avoir?»

Il préconise les règlements «larges» comme celui de Bromont, qu'il a rédigé. Ça ne vise pas une race de chien en particulier, mais stipule que tout animal jugé agressif doit être enregistré, vacciné et stérilisé. «Avec ça, tu règles 80% des problèmes», dit Carl Girard.

Ça n'empêche toujours pas un quidam de vouloir avoir l'air «tough» et de s'acheter un pitbull dans un chenil, de le ramener dans son 3 et demi au 2e étage et de le laisser s'ennuyer jusqu'à ce qu'il ait le goût de sauter le visage du premier venu, non?

C'est vrai, dit-il. Mais pour l'instant, on ne peut pas empêcher ça, on peut juste le prévenir. C'est bien ce qui manque au Québec: la prévention. «Ici, on se contente de réagir, c'est tout.»

Malgré son règlement inadéquat, l'Ontario, ou plutôt les Ontariens peuvent se targuer de mieux traiter les animaux que nous. Là-bas, quand une SPA a un animal à donner, c'est une dizaine de personnes bien intentionnée qui se présentent à la porte. Avoir un animal est considéré comme un privilège. Ici, les SPA capturent des dizaines d'animaux abandonnés par semaine et en font euthanasier plusieurs par manque de famille d'accueil.

Ça vient d'où? «Au Québec, c'est une mentalité latine, dit Carl Girard. Les animaux sont jetables.» Il le constate durement durant la période des déménagements.

M'a-t-il convaincu? Oui. Je ne pense plus que viser une seule race soit une bonne idée.

«Mais c'est beaucoup plus large que la question des pitbulls, dit le directeur de la SPA. C'est une question d'éducation.»

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer