À la barre

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

C'est stressant de passer à la cour. J'ai beau avoir vu des centaines de procès, quand c'est moi qui me retrouve à la barre, j'en ai la jambe gauche qui tremble. Pas la droite. La gauche. Je ne sais pas pourquoi.

(Ça me fait penser, connaissez-vous la blague du gars qui boitait des deux jambes? Quand il marchait, ça ne paraissait pas pantoute.)

La première fois, c'était au palais de justice de Sherbrooke. J'avais été convoqué par un juge pour une banale histoire d'outrage au tribunal. Vous devinez que l'utilisation du mot «banale», dans la phrase précédente, est ironique.

Je n'étais pas gros dans mes caleçons et me voyais déjà en train de partager une cellule avec un gros codétenu dont j'ai déjà décrit les exploits dans ces pages.

Sans dire exactement ce que j'avais fait - veux-je vraiment me retrouver au cachot? -, ça avait à voir avec une ordonnance de non-publication que je n'avais pas respectée, en toute ignorance de cause, bien sûr. Ça m'a valu de devoir m'expliquer/m'excuser à un juge grognon (y en a-t-il des guillerets?) qui en a profité pour me faire sentir encore plus cheap.

J'ai compris à la dure que les juges détestent, non, mais vraiment détestent qu'on agisse à l'encontre de leurs décisions. Comme nous tous, ils veulent être respectés. Et aimés, aussi. Mais surtout respectés.

Heureusement, il a passé l'éponge et je suis rentré chez moi, penaud, me louer un film drôle pour oublier ma déchéance journalistique. De mémoire, je crois que c'était Zoolander 1. Ça ne m'a pas réconforté.

Je n'y ai plus trop pensé avant cette semaine, où je me suis de nouveau retrouvé devant la cour. Par chance, c'était en Cour municipale. Les conséquences y sont généralement moins graves, mais c'était tout aussi stressant!

Quand la greffière a appelé mon nom, je me suis avancé vers le micro, l'oeil torve, la bouche sèche (et la jambe tremblante, ne l'oublions pas), mais confiant de contester avec succès la contravention de 43$ que j'avais reçue pour stationnement «illégal».

Je sais, 43$, c'est pas tant que ça. Pour plusieurs, ça ne vaut même pas la peine de contester, rapport aux heures de travail perdues. Mais je voulais le faire par principe. Et un peu pour le kick.

Comme tout bon juriste dilettante, j'avais préparé mon dossier et photocopié en trois copies le règlement municipal litigieux que je présumais avoir été mal interprété.

J'ai exposé les faits et mes arguments pendant un gros cinq minutes, puis l'avocat de la Ville m'a posé quelques questions. Petit à petit, une assurance a monté en moi comme l'eau dans la fontaine desséchée après un long hiver.

Puisque l'agent de stationnement n'était pas là, ça revenait à ma parole contre celle d'un procureur talentueux, mais... qui n'était pas témoin de l'infraction reprochée.

Bref, en dix minutes, c'était fini. Le juge m'a acquitté. J'ai dit merci et quitté l'ancienne mairie du Canton de Granby fier comme un coq, ou, comme on dit en anglais, proud like a cock.

Mais je n'avais pas vu les restrictions dans le stationnement où je m'étais garé pendant ce temps-là, alors j'ai eu un autre ticket.

Caraquet

Pour rester dans le domaine juridique, voici ce que j'ai récemment entendu à l'émission L'arbitre, sur les ondes (peut-on encore parler d'ondes?) de V.

«La cultivation du pot; une couple de documents; un paye; canceller un bail; (et ma préférée) vous faisiez partie dans ce Caraquet (pour dire "racket")?», et ainsi de suite.

La plupart de ces expressions faisaient partie des questions posées par l'ineffable Me Anne-France Goldwater, juge de l'émission. Je me demande: est-ce que c'était trop compliqué d'embaucher une avocate qui parle français?

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