Le silence

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Il ne fait pas bon s'appeler Claude Jutra ces temps-ci, qu'on soit une personne, un nom de rue ou un parc. Comme je sens que vous allez me poser la question, oui, il y a bien une rue Jutras à Granby, mais avec un «s». Elle fait référence à feu Denis Jutras, un homme d'affaires de feu le Canton de Granby.

Plusieurs ont dénoncé la rapidité (phénoménale pour un gouvernement, j'en conviens) avec laquelle on a annoncé que les affiches et écriteaux Claude-Jutra seraient retirés au Québec.

Ça ne m'émeut pas. Pour avoir suivi des dizaines de causes de pédophilie dans les palais de justice de l'est de la Montérégie, je confirme que ce sont des actes ignobles, souvent commis par des hommes qui se déresponsabilisent et dont les dommages sont fréquemment latents et irréversibles.

On a peut-être réagi vite, mais c'est la bonne réaction. Parlant de réaction, je me demande ce qu'ont fait ceux qui savaient - pas les garçons victimes de Claude Jutra, mais ses proches - depuis la mort du cinéaste en 1986. Trente ans avant que cette révélation ne fasse surface? Pourquoi?

Plein de gens savaient, dont le comédien Marc Béland, qui l'a récemment admis sur un plateau de télévision en plus de défendre, dans une envolée extrêmement maladroite, l'orientation sexuelle du cinéaste.

Trente ans de silence et on s'offusque aujourd'hui que ça fasse des vagues? L'excuse du «c'était un artiste» ou «c'était dans les années 1960 et 1970» est plutôt faible.

Un pédophile a appelé au journal, cette semaine, pour se plaindre qu'un article le concernant ait été publié. «Et ma réputation, y avez-vous pensé?», nous a-t-il dit avec colère avant de jurer de nous poursuivre.

Je souligne qu'il avait plaidé coupable aux accusations le concernant et qu'il s'est lui-même reconnu comme pédophile en cour. Mais il ne voulait pas que ça se sache «at large».

Or, si on veut réduire les incidences et dénoncer ce type de crime, il faut justement en parler. Le silence est le pire ennemi du bien. Et tant pis pour les coupables.

 •••

Pour nous changer les idées, je partage ce joli courriel que m'a envoyé un lecteur de Sainte-Foy (aujourd'hui Québec). La Voix de l'Est a des lecteurs partout, le saviez-vous? Je reçois même des courriels d'outre-mer, d'Afrique parfois, où de jeunes gens sont étrangement enclins à me donner beaucoup d'argent en échange d'un peu du mien. Dommage que je n'en possède pas du tout, sinon je serais riche.

«Cher Pascal, heureux de te relire à nouveau! Tu nous fais entrer dans ta vie de nouveau papa et c'est généreux, merci. T'inquiète, tient le coup six mois et ensuite ce sera le nirvana. Avec la "twist", tu vas devenir champion de la puériculture et tu vas en tirer beaucoup plus que tu vas en donner. De l'abnégation, il en faut, mais quel contentement tu en tireras. Et pour ta fille quel important personnage tu seras», m'écrit Bernard Lebel.

Gentil, non? Je n'étais pas sûr que le mot «puériculture» existe vraiment, mais vérification faite, oui. Selon le Larousse, c'est «l'ensemble des connaissances et des techniques mises en oeuvre pour assurer aux tout-petits une croissance et un développement normaux».

Enfin, un mot avec le préfixe «puéril» qui a un sens positif! La plupart du temps, si vous entendez le mot «puéril» dans une phrase, c'est que vous ou quelqu'un d'autre avez fait quelque chose de con.

Tenez, la dernière fois que j'ai utilisé ce mot, c'était samedi soir dernier. J'ai voulu montrer à Désirée un film que j'avais trouvé fantastique dans mon enfance, La première aventure de Sherlock Holmes (1985).

Elle l'a trouvé plate à mort. Et moi aussi, un peu, avec le temps. J'ai dit: c'est un peu puéril, hein chérie? Elle m'a répondu que oui.

Pour compenser, je lui montre Orange mécanique ce soir.

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