Abnégation

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

La dernière fois que j'ai signé cette chronique, on était deux chez moi. Là, on est trois. Non, ma belle-mère n'est pas venue habiter avec nous.

Comme vous vous en doutez, mon héritière est venue au monde à la fin de décembre, tard dans la nuit ou très tôt le matin, selon le point de vue, et dans le confort douillet d'une chambre de l'hôpital «Ami des bébés» de Cowansville.

Je ne pensais pas qu'un jour j'associerais les mots «Cowansville»et «bonheur» dans ma tête - à moins d'y inclure «film de superhéros au cinéma Princess» -, mais c'est fait.

Un gros merci au personnel dévoué de Brome-Missisquoi-Perkins qui a adouci l'expérience, ainsi qu'aux employés de la cafétéria. Sans blague, j'ignore si c'est parce que j'étais euphorique, mais j'ai trouvé la bouffe succulente. Peut-être était-elle seulement bonne, mais ça revient au même, je me suis régalé, et qui plus est à tarif «nouveau père» réduit.

Je ne vous décrierai pas l'accouchement, de toute façon la moitié des gens en ont vécu un et les autres s'en balancent, mais sachez que je ne m'attendais pas à une telle violence. Je savais que ça faisait mal, mais je n'ai pas pensé que Désirée soutiendrait autant de douleur (prononcez avec l'accent de Mario Pelchat: «douleûûûûr»). Franchement, je me suis senti un peu coupable. Et impuissant. Comme PKP lorsque confronté à de l'évasion fiscale.

Depuis, c'est l'apprentissage de la vie de parent, ou plutôt, de la vie sans sommeil, à dorloter la petite Jojoba (nom fictif) et à changer un nombre incalculable de couches. Pour la réconforter quand je le peux, je lui fais écouter différents types de musique. Elle semble avoir une prédilection pour le disco. Ça promet!

Un mot me trotte en tête depuis un mois et qui, je pense, résume bien la situation de tout nouveau parent: abnégation. Au sens où notre priorité n'est plus nous-mêmes, mais l'enfant. L'enfant prime, du moins au début. Ses besoins ont préséance sur les nôtres. On ne peut plus penser qu'à notre bien-être ou à nos hobby. Surtout pas à nos temps libres, avalés par cet amas de chair potelé qui s'agite, sourit et vagit. Chaque misérable sortie, comme faire l'épicerie, devient une joyeuse escapade pleine de possibilités!

Et franchement, ça ne me dérange pas. Quand elle me regarde de ses petits yeux bleus, qu'elle se blottit contre moi ou qu'elle m'éternue au visage cinq fois d'affilée, me faisant redouter que mon collègue Maxime Massé, éternueur compulsif devant l'Éternel, ait quelque chose à voir dans la conception de cette digne Granbyenne, j'oublie tous mes soucis. Mais c'est sûr que j'aimerais qu'elle arrête de pleurer quand je la change de couche. Sérieusement. Ce serait bien. Rechignerais-je, moi, si on m'essuyait et me pomponnait le popotin avec une attention digne des meilleurs joailliers?

Je déplore aussi qu'elle semble avoir une nette préférence pour Désirée, du fait, probablement, qu'elle la nourrit à intervalles réguliers et moi pas. Mais c'est pas faute d'avoir essayé. Pas trop longtemps, bien sûr, car elle m'arrache les poils de poitrine de ses mains minuscules, mais étonnamment puissantes.

Je pensais aussi me tanner des conversations d'accouchement et de bébé avec chaque collègue, cousin et camelot, mais finalement j'y ai pris goût. Y'a juste une question que je ne comprends toujours pas. «As-tu un BON bébé?» Comment le saurais-je? Je n'ai aucun point de comparaison pour l'instant. Et puis, qu'est-ce qu'un bon bébé? Un bébé qui ne pleure pas beaucoup? Définissez «pas beaucoup» ? Je trouve qu'elle pleure en masse, mais juste assez.

Disons que je trouve que c'est un bon poupon. Mais je suis convaincu que Rosemary a dit la même chose de son bébé dans le film d'horreur du même nom de Roman Polanski (1968), alors pour ce que ça vaut...

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