Trois lignes

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

«C'est beau, hein?», m'a dit la mère de Désirée en regardant le téléviseur aimablement mis à notre disposition durant la dernière échographie de ma dulcinée, cette semaine.

Ouain. C'est une question de goût. Personnellement, je trouve qu'un foetus de 21 semaines flou et vaseux étalé en noir et blanc sur un écran au plasma, ça ressemble davantage à une bibitte de film de science-fiction qu'à un bébé. Mais c'est mon opinion et je me garde bien de la répandre.

Non, je ne suis pas un fan des échographies. D'abord, c'est stressant. Et si on apprenait, dret là, qu'il lui manque une épaule, un rein, ou pire, un orteil? J'aime bien les romans à suspense, mais pas dans la vraie vie. Et pourquoi il ne bouge pas, là? Ah, il dort? Ok. Fiou...

Heureusement que dans notre cas, tout semble ok. Après avoir copieusement badigeonné l'abdomen de ma blonde d'un gel bleu qui ressemble à ce que boivent les méchants extra-terrestres dans le film Futur immédiat (Graham Baker, 1988), l'infirmière a ausculté chaque organe un à un. Elle nous précisait chaque fois de quel organe il s'agissait parce que, franchement, c'est pas évident, à part pour la tête, le coeur et les mains. En plus, le corps est translucide... On dirait une crevette vivante!

Bref, c'est émouvant de voir sa progéniture, sauf qu'on ne la voit pas vraiment. Je constate aussi que la télévision est ajustée pour que la future mère, couchée, voie bien l'écran. Pour les «accompagnateurs» à côté d'elle, il faut plier le cou par en arrière comme si on regardait des étoiles. Ça donne le tournis. Il faut aussi résister à la tentation de s'écraser dans le sofa comme un ado en plein samedi soir, même si ce serait plus confortable.

Finalement, arrive le moment tant attendu. L'infirmière fait sa comique en nous disant: «bon eh bien, on voit le sexe. Vous voyez, il y a trois lignes, là». Hein? Trois lignes? C'est supposé nous dire quoi?

Mais elle ne nous a pas fait languir longtemps. Les trois lignes, c'était des lèvres. Notre bébé est donc une bouche. Ha ha, ben non. C'est une fille. Quoique l'allusion n'est pas si loufoque que ça. Les filles, ça parle tout le temps.

Maman était très émue et papa aussi. Je devrai faire bonne provision de peinture rose pour la chambre du bébé. Ben non, ça aussi c'est pas vrai. C'est beau le rose, mais c'est comme les chips au vinaigre: en trop grande quantité, ça lève le coeur. Et pourquoi les couleurs auraient un sexe? Je porte souvent des chandails roses, moi. Mais pas en public, bien sûr.

Trouble

Parlant de public, avez-vous fait un tour aux boisés Miner de Granby récemment? Une très belle forêt, mais ses écriteaux sont étranges. D'abord, comme je l'ai déjà écrit, le nom même est bizarre. Qu'est-ce qu'un boisé? Un petit bois? Or, le parc est plus gros que la moyenne des forêts européennes. Donc, ça devrait s'appeler le bois ou la forêt Miner, non?

J'admets que j'ai une aversion pour le mot «boisé», qui est un adjectif à la base et utilisé à outrance dans tous les noms de projets domiciliaires, même quand il n'y a que trois arbres.

Ensuite, j'ai récemment constaté une autre affiche ambiguë à l'entrée des boisés (sic) Miner: «ouvert AUX PUBLICS».

Pourquoi ce pluriel hideux et inutile? Parce qu'il y a plusieurs publics? Si oui, lesquels? Et depuis quand «le» public ne comprend pas tout le monde (et même les chiens depuis un certain temps)? Qui en serait exclu?

Vouloir mettre des «s» partout est un trouble reconnu par plusieurs spécialistes. Parlez-en à votre médecin.

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