Chéri a raison

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Désirée m'a semoncée, l'autre soir. Vilipendé. Morigéné, même. Appelez-ça comme vous voulez, en tous cas, elle m'a chicané.

«Pourquoi tu ne te lèves pas ?»

C'était à la fin d'une pièce de théâtre d'été dans une grande salle québécoise. Une bonne pièce, drôle, avec d'excellents comédiens, mais pas spectaculaire non plus.

Alors j'ai été généreux en applaudissements, mais je ne me suis pas levé à la fin. Contrairement à Désirée et aux 200 personnes âgées véhiculées à bord de luxueux autobus qui nous accompagnaient. Je trouvais que ça ne le méritait pas.

J'ai aussi senti que ça a mis mon amoureuse mal à l'aise, d'autant plus que presque tous les spectateurs (sauf ceux en fauteuil roulant) s'étaient levés, comme par réflexe. C'est justement ça le problème, me suis-je expliqué sur le chemin du retour, dans une ambiance un peu tendue.

En bref, je refuse de faire des standing ovations automatiques après chaque spectacle. Sinon, ça perd de sa valeur! Comment le comédien, le magicien ou le musicien saura qu'il a offert une performance hors du commun si, au Québec, tout le monde se lève tout le temps après chaque spectacle ?

«Mais tu es le seul à ne pas t'être levé !», qu'elle me dit. M'en fout. Dans la vie, il faut avoir des principes. Et puis, je ne suis pas un mouton. Faire quelque chose simplement parce que tout le monde le fait, je trouve ça débile.

C'est justement ça le problème, que Désirée me dit. Tu fais toujours exprès pour faire différent.

J'avoue qu'elle a marqué un point, là. C'est vrai, j'ai jamais aimé faire comme tout le monde. C'est un peu ma marque de commerce - et ça m'a bien servi dans mon travail.

Se lever par principe, à la fin d'un spectacle, en même temps qu'une armée de l'âge d'or dont certains membres ont dormi durant la représentation et d'autres n'ont jamais arrêté de parler, c'est nono.

Puis elle m'a dit : pense aux comédiens, un peu. Ils ont travaillé fort pendant deux heures, ils méritent au moins ça. Et c'est pas grand-chose, se lever pendant cinq minutes. Ok.

En repensant, je me suis dit qu'elle avait raison. Que le public québécois soit naturellement généreux, ça dérange qui ? Et j'ai beau me faire croire que je ne suis pas un suiveux, on est tous un peu suiveux.

Comme tout un chacun, je me déshabille avant d'entrer dans la douche. Je me sers davantage des ronds du poêle d'en avant que de ceux d'en arrière. Je tiens la porte aux femmes qui me suivent en entrant dans un édifice et si elles ne me disent pas merci, je soupire intérieurement. Bref, je suis comme tout le monde.

Je dois aussi donner le bon exemple aux futures générations. C'est décidé, désormais je vais me lever en trombe à la fin d'un spectacle, quitte à accrocher quelques cannes.

 

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Ma collègue I.A., Chamblyenne d'origine granbyenne, m'a suggéré un mot rare à insérer subtilement dans cette chronique : encomiastique.

Je ne sais pas où elle l'a lu, mais elle a de drôle de lectures, je trouve. En tous cas, c'était pas dans 50 nuances de Grey, ça c'est sûr.

Le mot n'est pas dans le Petit Larousse non plus (peut-être dans le grand), alors j'ai vérifié sur internet, une excellente source d'information pour qui sait prendre une pause de vidéos de chat ou de fesses. En français soutenu, donc, encomiastique signifie «très élogieux», comme dithyrambique, hagiographique ou panégyrique. Simple, hein ?

Voilà, le mot est placé. J'aime bien être le thuriféraire de la langue. Comme disait feu Pierre Bourgault : «j'aime la langue et cette nation qui la fait découvrir à ses membres», ou quelque chose comme ça.

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