Le soleil

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Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Parfois je chicane la comptable de La Voix de l'Est à la cafétéria, si tant est qu'on peut appeler cafétéria ce local froid et sans charme composé de tables, de chaises, de micro-ondes et d'une distributrice à jujubes vide qui n'est plus réapprovisionnée depuis le départ à la retraite du journaliste sportif Fernand Bélanger (mais l'encrier de l'imprimante de la salle des nouvelles est beaucoup moins vide qu'avant, car Fernand était tout aussi friand d'impressions. On appelle ça le karma).

Notre comptable, donc, femme frisée, enjouée mais néanmoins méthodique, souffre du mal de notre siècle: l'envie irrépressible de regarder son cellulaire à toute heure du jour, à tout bout de champ, bref, tout le temps câl*&?%$#.

Pourtant, elle n'est plus une ado. Elle ne blogue pas. Elle ne gère même pas de site internet illégal où elle vendrait des secrets d'État à des puissances étrangères comme le Canada.

Mais elle est comme ça, Nicole (nom fictif). Elle aime avoir fébrilement réponse à toute question qu'elle se pose via Google, voir le dernier vidéo de chat en vogue (et s'il est d'une chose dont la planète a bien besoin, c'est davantage de vidéos de chats) ou lire le dernier commentaire insignifiant «posté» sur Facebook. Là-dessus, je confesse que j'en écris plusieurs moi-même, mais là n'est pas la question.

Je conçois qu'une bande d'ados réunis à la cantine ne peuvent réprimer l'envie de regarder à tout coup leur téléphone «intelligent». Ils sont très jeunes et ne réalisent pas encore que le temps passé avec ses amis, sa famille ou l'âme soeur est précieux. Eux, je leur pardonne, car ils ne savent pas ce qu'ils font. Ils ont l'air nonos mais être jeune et nono, c'est pléonastique.

Mais les adultes qui font ça, qui plus est ceux qui occupent des postes prestigieux dans le plus grand quotidien de Granby? Ça me renverse. Nicole, lâche ton cellulaire bâtard ou je facture 300 km pour ma dernière virée à Acton Vale. Ben oui, je me suis perdu entre Béthanie et Sainte-Christine, même s'il n'y a qu'une seule route. Ça se peut, tiens.

On connaît tous des moments où on se sent seul, où on sent qu'on a rien à dire à la personne assise en face de soi, où on aimerait se réfugier dans un univers flou et virtuel où il y a toujours quelque chose qui se passe, même si, en fait, il ne s'y passe pas grand-chose. Mais il faut résister, des fois.

Comme l'a dit un très bon humoriste américain, je crois que c'est Louis CK, il faut accepter ces moments où on se sent un peu seul, désoeuvré, triste, où l'on s'ennuie, parce qu'essayer de les masquer ne nous rend pas service. Et en les accueillant, on apprécie davantage les moments heureux. S'il n'y avait pas la neige, la pluie, on dédaignerait le soleil.

Les cellulaires sont comme le soleil. À trop les regarder, on s'en brûle la rétine. Et puis ça tape sur les nerfs des autres. Vraiment.

Respect

À chaque changement de pneus sur ma japonaise bas de gamme, le cordial garagiste me rappelle pour me dire que c'est terminé avec ces mots: «M. Faucher, votre petit véhicule est prêt.»

Pourquoi précise-t-il «petit»? C'est pas assez gros, une Toyota? Devrais-je avoir un VUS (prononcez «vusse»), un 4X4 ou un Winnebago pour être respecté?

Il est grand mon véhicule. Il peut transporter cinq grandes personnes inconfortablement ou sept nains confortablement. Il consomme moins d'essence qu'une caravane tout en étant plus gros qu'une Micra ou une Mini Cooper. Donc il n'est pas petit. Compris?

Pour citer le titre d'un vieux Conte pour tous filmé à Waterloo et malheureusement tombé dans l'oubli, c'est pas parce qu'on est petit qu'on peut pas être grand.

Tous les détails dans notre édition de samedi

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