Le beau mot

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La Voix de l'Est

Je me souviens de la première fois qu'on m'a dit «ça, c'est un beau mot!». Je devais avoir huit ou neuf ans. À cet âge-là, le concept de «beau mot» m'avait laissé pantois. De kessé? Pour paraphraser l'illustre Bernard Trépanier à la commission Charbonneau, «un mot, c't'un mot», que je me disais.

Le mot en question: «mouvoir». Je l'avais lu dans un Livre dont vous êtes le héros, l'une de mes activités préférées dans ma jeunesse, alors que ma timidité et le port de lunettes m'avaient très tôt exclu des parties de hockey jouées par les autres petits gars. (Vous comprenez maintenant pourquoi je hais le hockey. Anyway, ça doit finir bientôt, c't'affaire-là?)

Ces livres-là, les jeunes, c'était ce qui se rapprochait le plus d'un jeu vidéo en restant, essentiellement, un livre. Dans celui-là - je crois que c'était Le marais aux scorpions, un petit bijou -, des arbres prenaient vie, avec des visages sur leur tronc et des branches au lieu de bras, et vous attaquaient avec des épées.

Si ma mémoire est bonne, le paragraphe commençait par: «Soudain, vous remarquez que les arbres sont en train de se mouvoir.» J'ai couru voir ma gardienne Diane - une éminente péquiste, mais ça n'a pas de rapport - pour lui demander ce que ça voulait dire.

Elle me dit: «ça veut dire bouger. Ça, c'est un beau mot!»

Je me suis longtemps demandé pourquoi elle m'avait dit ça. Pourquoi ce verbe-là et pas un autre? Parce qu'il est rarement utilisé? Parce qu'il contient des syllabes harmonieuses? Parce qu'il est rond en bouche, comme les vins critiqués dans le cahier central de cette édition?

J'ai compris, avec le temps, que c'est pour toutes ces raisons. Et qu'avec cette réponse, en un souffle, Diane venait de me donner un dada, un hobby, une vocation: celle des mots. Il y a de beaux mots, bien sûr, mais il faut savoir les utiliser, les agencer, faire de belles phrases, ou du moins essayer... Et il faut qu'elles disent quelque chose et sans que ce soit trop nono ou trop savant, parce que s'il y a pire qu'une phrase plate, c'est une phrase alambiquée que personne ne comprend.

C'est tout un art, et le plus beau, c'est qu'il est à la portée de tous. Il nous ramène aussi chaque jour à notre ignorance. Je ne connaîtrai jamais tous les mots de la langue française, toutes leurs significations, et c'est correct. L'infini du savoir, c'est ce qui nous pousse à toujours apprendre. S'il y avait une fin, un mur, on n'avancerait pas de peur de foncer dedans.

Désolé pour ce brin de philosophie, c'est le printemps qui me fait ça.

 

La

Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais lorsqu'on déteste une femme, on omet son prénom. Comme avec les criminels. Si je suis un jour arrêté pour un crime sordide, disons avoir copié des films, mon prénom n'apparaîtra qu'au début des articles de journaux. Ensuite, ce sera «L'avocat de Faucher a demandé une peine clémente pour son client, car il est chauve», ou quelque chose comme ça.

Avec les femmes, c'est pareil. «Bon, v'la la (ajoutez ici un nom de famille courant) qui s'énerve». Cette drôle d'habitude remonte à mon avis aux années scorbut (1800 quelque chose), alors qu'une certaine Mme Corriveau aurait, dit-on, occis sept de ses maris. On l'a alors appelée «La Corriveau», ce qui laissait entendre une très mauvaise réputation, et cette pratique péjorative s'est poursuivie jusqu'à aujourd'hui.

Or, on ne le fait pas pour les hommes. Les femmes ont-elles vraiment besoin de cette déconsidération supplémentaire? Allez, un petit effort. Si on est pour l'équité salariale, on est aussi pour l'équité dans les insultes.

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