Dans nos corps

«Êtes-vous grano?» (photo archives La Presse)

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Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

«Êtes-vous grano?»

La question peut sembler baveuse, mais ce n'est pas tous les jours - dans mon cas - qu'on rencontre quelqu'un qui refuse tout vaccin et médicament pour son enfant.

Julie est du nombre. Je tais son vrai nom et sa profession, mais je précise qu'elle est éduquée et travaille dans le domaine de la santé. Elle m'a demandé de préserver son anonymat parce que son Ordre n'apprécierait pas.

Ah ha! N'est-ce pas là, justement, un indice que votre point de vue a quelque chose de douteux?

Aucunement, me répond posément Julie, jeune femme à la voix douce rencontrée dans son bureau coloré, cette semaine, par une journée de tempête. Elle présente ses arguments sans gêne ni hargne, tout en précisant qu'elle reste «souple».

Rien ne dit, donc, qu'elle ne changera jamais d'idée. Mais pour le moment, la maman est catégorique: rien ne prouve que les vaccins sont sans danger et elle refuse d'y exposer son enfant.

Elle cite de nombreux cas, lus ou constatés de visu, d'enfants et d'adultes tombés malades après avoir reçu un vaccin. Elle dit avoir été elle-même prise de malaises après avoir reçu un vaccin à la suite de son accouchement. «J'étais dans les vapes, alors j'ai dit oui, dit-elle. À 20 ans, on fait ce qu'on nous dit. C'est le règne de la peur.»

Comment savoir si c'était à cause du vaccin? Elle l'ignore, justement. Tout est dans le doute. Et dans le doute, Julie s'abstient.

***

Elle dit qu'on ne nous dit pas tout. Que des études ont été démenties après 10, 15 ou 20 ans. «Et combien d'articles sont payés par les compagnies pharmaceutiques, qui font une fortune avec les vaccins?»

Elle n'aime pas le mot «complot», mais dit croire en une certaine forme de copinage entre les élus et les pharmaceutiques. Elle donne l'exemple de la frénésie entourant la grippe H1N1, en 2009. Le gouvernement avait alors acheté des tonnes de vaccins. La plupart dorment toujours en entrepôt et la grippe, finalement, n'a pas été si mauvaise que ça.

«Ma fille l'a attrapé, le H1N1, et elle a eu la grippe pendant trois jours, comme une grippe normale.»

Elle préfère la soigner de manière «plus naturelle», avec une bonne alimentation, de l'exercice et, au besoin, l'acupuncture, la chiropractie et l'ostéopathie. Aucun vaccin ni médicament. Elle dit l'avoir guérie d'une mononucléose grâce à ces outils, et assure que son enfant n'a pas été plus malade que les autres.

«Nos corps sont puissants, et nous vivons dans une société riche, dit Julie. Il faut faire confiance à nos corps.» Elle reconnaît qu'à une certaine époque, les vaccins ont fait des miracles, «mais l'alimentation et l'hygiène étaient alors moins bonnes».

Que faites-vous des maladies plus graves qui reviennent en force ces jours-ci, comme la rougeole? N'est-ce pas irresponsable de la part d'un parent de priver son enfant d'une protection reconnue?

«Si votre enfant est vacciné, il n'est pas supposé être contaminé par le mien, dit Julie. Pourquoi tout ce vent de panique?» Dans Lanaudière, «personne n'est encore mort», précise-t-elle. «Et on finit tous par avoir des maladies.»

Elle souligne qu'elle n'est pas fermée, qu'elle ne fait pas non plus la promotion de ses idées, mais qu'elle aime remettre les idées reçues en question.

«J'aime la science, mais je n'embarque pas à pieds joints dans tout. Je ne veux pas surcharger l'organisme, pour qu'il devienne plus fort. On a déjà accès à plein d'aliments qui fortifient le système. Moi, j'ai un équilibre de vie pour une santé maximale. C'est ça, ma façon de vivre.» 

***

Pour répondre à ma première question, non, Julie ne se définit pas comme «grano». Du moins, pas tant que ça.

«Tu sais, je n'achète pas tout bio, je mange de la viande, je vais à l'hôpital au besoin. Je me définis plus comme "consciente". Il y a déjà tellement de produits chimiques dans notre environnement, pas besoin d'en rajouter dans nos corps. Ce n'est pas par choix religieux, mais par principe.»

Et si les vaccins devenaient obligatoires? «Je trouverais ça dommage, dit Julie. Je ne me sentirais plus au Québec. On perdrait notre liberté.»

Je ne suis pas d'accord avec elle, mais je me suis bien gardé de vouloir la faire changer d'avis. D'abord, ce n'est pas mon boulot. Ensuite, essayez donc de convaincre un tenant de la théorie du complot qu'il a tort... S'il croit à un complot, alors le complot est partout. Je pourrais même en faire partie!

Je trouve sain que des gens aient des opinions divergentes. Je me dis tout de même que si les vaccins étaient nocifs, on serait tous malades comme des chiens.

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