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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Visiter une classe du primaire m'apporte toujours un certain stress. Et si les élèves me trouvaient plate? Moche? Hideux?

Par chance, j'allais plutôt en observateur dans la classe de Lucie Duhamel, cette semaine, à l'école primaire Eurêka de Granby. L'enseignante de 5e année m'avait invité à assister à la revue de presse quotidienne de ses élèves.

Avec leurs vêtements colorés, chacun devant un ordinateur portable, ils scrutent chaque matin les journaux sur internet et doivent ensuite résumer au moins un article, en plus de pointer le pays correspondant sur une mappemonde. Une activité qui couvre autant le français que la géographie, donc, et parfois les sciences, les arts, les mathématiques... Bref, un genre d'Observatoire universitaire des médias, mais en moins prétentieux.

Ce jour-là, plusieurs avaient accroché sur l'histoire de la députée caquiste d'Iberville, Claire Samson, et de son chien Pepper qu'elle amène à l'Assemblée nationale pour prévenir ses crises d'épilepsie.

«Connaissez-vous d'autres députés de la CAQ?», demande l'enseignante. «Réjean Genest!», répond un élève un peu distrait. «Il y a François Bonnardel», dit une autre avec plus de succès. Le député de Granby serait un habitué de la classe 501, me dit-on...

«Et que fait un président de l'Assemblée nationale?» - «Il s'assure que les règles sont respectées», fut la réponse d'une élève, que bien des adultes auraient peinée à trouver, moi compris!

«Qui est le premier ministre du Québec?» Encore là, la bonne réponse (Philippe Couillard) n'a pas tardé.

Puis, une question qui tue: «Pourquoi le Canada n'intervient pas plus pour libérer Raïf Badawi?» Les élèves de Lucie Duhamel connaissent bien le dossier: il y a trois semaines, ils ont tenu une conférence de presse et lancé une pétition en soutien au blogueur saoudien.

Et ils connaissent même la réponse à l'épineuse question. «À cause du commerce du pétrole et des armes, dit un élève. C'est difficile de se mêler des affaires des autres.» T'as pas idée, que je me suis dit...

«C'est pas fin», ajoute une autre.

À mon tour de poser des questions. «Êtes-vous plus du genre à lire les nouvelles dans les journaux, à les écouter à la radio ou à les regarder à la télévision?» - «Dans les journaux, parce que ça donne plus de nouvelles et on a plus de temps pour les lire, répond un élève. À la télé, ça va vite.» Je l'aurais embrassé si ça n'avait pas été déplacé.

«Comprenez-vous toujours bien ce que vous lisez?» - «Il y a des mots qu'on ne comprend pas, mais en général, ça va.» - «Qu'aimez-vous dans le fait de suivre l'actualité?» - «Ça impressionne nos parents...»

Puis, ce fut à leur tour. «Combien d'articles écris-tu?» - «Un par jour, en moyenne.» - «As-tu déjà écrit pour Le Journal de Montréal?» - «Heureusement, non.» - «Fais-tu des entrevues par téléphone?» - «Souvent.» - «Est-ce que ça t'arrive de faire des entrevues et de ne pas écrire après, parce que c'est plate?» - «Oui, mais c'est rare.» - «Es-tu content quand ton article fait la une?» - «Oui.» - «Travailles-tu l'été?» - «Malheureusement, oui...»

Bref, ces jeunes citoyens me semblent bien dégourdis. Ah, si le monde n'était peuplé que d'enfants, nous serions tous ouverts d'esprit. Mais on ne voudrait jamais se mettre au lit.

Le prestige

Titre lu cette semaine: «Le CIUSSS de l'Estrie-CHUS est né».

Un jour, d'ici quelques centaines d'années, des historiens étudieront notre ère et se demanderont pourquoi on trippait autant sur les sigles, au Québec. Ils déduiront que c'était parce qu'on aime se donner de l'importance, et quoi de mieux qu'un sigle incompréhensible pour se donner du prestige?

Le saviez-vous, je suis président de l'Association pour un traitement adéquat des canneberges acides, l'ATACA. Mais je reste discret là-dessus.

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