L'autorité

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

Sur le même thème

La Voix de l'Est

J'adore mon neveu et ma nièce, mais je me sens vaguement incompétent quand vient le temps de les sermonner.

Pour les amuser, aucun problème. Je suis prêt à toutes les facéties. Oui oui, des facéties. Un mot sous-utilisé que j'aime ressortir de temps à autre, comme une vieille casquette des Expos.

(En passant, le prochain qui me ressort une phrase du genre : ah, c'était le bon temps quand on avait du base-ball à Montréal, hein ? Quand les Expos reviendront-ils? Je rappelle que plus personne n'allait au stade, à la fin. C'est plate, regarder du base-ball. Mais les Inouk du hockey, ÇA c'est excitant. Pardon : NOS Inouk. Parce que c'est à nous autres ça, le saviez-vous ? Maintenant, vous le savez.)

Pour les facéties, donc, tout baigne. Je suis expert à la cachette et pour faire des pouliches en pâte à modeler. Mais quand vient le temps de morigéner des bambins, je ne sais trop comment m'y prendre.

Prenez mon neveu. Un jour, il est chez moi, il a environ huit ans. Ma soeur m'avait demandé de lui faire prendre une douche. Évidemment, quand on est un petit gars de huit ans, se laver est la dernière chose qui nous tente au monde, juste après se faire brûler vif et/ou arracher les dents avec une pince-monseigneur.

Bref, il refuse net. Je fais valoir d'un ton ferme que c'est comme le titre d'un album de Marie-Chantale Toupin, c'est non négociable. Il se braque toujours. Alors je sors l'argument suprême: si tu n'y vas pas, mon vieux, on ne fait rien, on se regarde dans le blanc des yeux toute la journée assis sur des chaises droites, sans musique ni télévision.

Je ne vous mens pas, il a hurlé comme un condamné à mort et s'est traîné dans la salle de bain, en larmes. Il s'est lavé mais est resté grognon le reste de la journée. Avais-je été trop loin ? Ah, l'éternel dilemme des oncles cool ! (Ma soeur m'a assuré par la suite que tout était correct et que son fils en avait mis un peu. Fiou.)

Le week-end dernier, c'était au tour de ma nièce, âgée de cinq ans. Tout va bien jusqu'au souper. Puis, comme un cheval qui freine devant un obstacle rebutant, elle refuse de manger son spaghetti que j'avais amoureusement concocté. Et se met à pleurer en prétextant une douleur au doigt. Doigt qui n'a rien, bien entendu.

Que faire ? La forcer à manger en ignorant sa douleur tel un Kim Jong-un granbyen ou se rendre à ses arguments et lui permettre de sortir de table, au risque de l'entendre avoir faim dans une heure ?

Désirée est arrivée à ma rescousse. Avec un glaçon déposé dans un petit sac en plastique; ça guérit tous les maux de doigt de tous mes élèves, dit-elle. Et ça a marché. Ma nièce a mangé l-e-n-t-e-m-e-n-t, mais ça s'est fait quand même.

Comment savoir quel niveau d'autorité exercer ? Ça doit être mon manque d'expérience, mais je me perds en conjectures, des fois... Si j'y allais trop fort et que je les traumatisais à vie ? Si mon neveu ne veut plus jamais prendre sa douche, et ma nièce toucher à mes repas?

Je crains surtout qu'ils se mettent à me détester, ce qui serait encore plus grave. Mais je pense que je m'en sors pas si mal, après tout. Tant que Désirée est dans les parages.

Pu capable

Je n'ai jamais compris pourquoi, à la fin de certains messages enregistrés, une voix roucoulante nous disait: «Vous pouvez laisser votre message après le bip sonore. Quand vous avez terminé votre message, vous pouvez raccrocher.»

Sans blague !

Abonnez-vous à La Voix de l'Est ou à LaVoixdelEstSurMonOrdi.ca

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer