Avec parcimonie

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Janvier est le mois 1) des résolutions, 2) du froid mordant et 3) des réflexions sur le budget. Trois choses très agréables... Je comprends pourquoi tant de gens partent dans le Sud.

Si je n'y vais pas cet hiver, c'est bien à cause du #3. Du #1 aussi, parce que j'essaie de moins dépenser, mais certainement pas à cause du #2.

Cette année, j'ai changé d'attitude face à l'argent, envers quoi j'ai toujours eu une approche, disons, débonnaire. Je ne regardais pas à la dépense, mais sans jamais dépenser énormément. J'achetais des films, des revues, des livres en quantité. Parfois des vêtements. Du restaurant, aussi. Beaucoup de cadeaux.

Avec la maison et tout ce que cela entraîne comme dépenses imprévues - le sous-sol qui coule, une poignée de porte qui débarque, le calorifère qui rend l'âme - je voyais bien que je ne pouvais plus continuer sur la voie de la désinvolture. Mes relevés de compte me le rappelaient de toute façon. Celui de la carte de crédit, surtout.

Il me fallait une prise de conscience, une fermeté, un peu comme Bruce Wayne quand il réalise qu'il doit être Batman et ne peut continuer de vivre la vie d'un noceur millionnaire et impénitent (le «un peu» dans la phrase précédente est important). Cela s'est fait récemment grâce à ma conseillère financière, une femme dont la convivialité n'a d'égal que la franchise.

Une facture ici, une dette là, un contrat de téléphone par-ci, une marge de crédit par-là, ça finit par peser lourd sur les épaules, même musclées, du salarié moyen. J'ai donc pris soin de faire le ménage. Et un budget, ce que je n'avais encore jamais fait. Expérience envoûtante s'il en est: s'asseoir deux heures devant des factures, calculer ses revenus et ses dépenses, se rendre compte qu'on achète trop de niaiseries et que trois voyages à l'étranger en trois ans (j'inclus le Canada comme un pays étranger), c'était peut-être trop.

À la fin de l'exercice, j'étais épuisé comme après une partie de soccer où j'aurais couru tout le temps sans compter de but (c'est ce qui arrive généralement). Le verdict était sans appel: la colonne des dépenses dépassait celle des revenus. J'ai songé sérieusement à investir dans un domaine qui a fait ses preuves: la loterie. Ou les exploitations minières. Ou dans le cinéma québécois... Ha ha ha! Bin non.

Je crois arriver si je dépense moins. J'ai pensé à Pierre Karl Péladeau quand il a admis qu'il était cheap. Il n'est pas devenu riche en dépensant aveuglément, c'est sûr. Il n'est pas non plus devenu chef du PQ avec un trop-plein d'éloquence. Quoi? Il ne l'est pas encore? Comme un remboursement de REER, cela ne saurait tarder.

Pour revenir à ma condition de roturier, je dois admettre, malgré ma bonne volonté, que le naturel est dur à chasser. Dépenser, ça fait du bien. Les restaurants sont invitants, les voyages, jamais déplaisants. Mais j'ai changé. Je regarde désormais tout achat excessif avec méfiance, mes vieilles fringues prennent du galon et Désirée et moi avons établi un strict agenda de repas: lundi du spaghat, mardi du macaroni, mercredi de la pizza... Enfin, quelque chose comme ça.

On aurait dû faire ça depuis longtemps, mais j'hésitais à sabrer la spontanéité. Je réalise maintenant que ma candeur financière reposait sur un faux sentiment de supériorité. Je suis, en quelque sorte, redescendu sur terre. Ce qui ne m'empêche pas de m'envoler à l'occasion. Mais avec parcimonie.

Maudit que c'est laid, ce mot-là.

 

Notre caricaturiste Serge Paquette a récemment dessiné le maire de Granby, Pascal Bonin, avec une chemise (!). Coquetterie d'artiste ou espoir secret que le musclé magistrat troque un jour le t-shirt serré pour le complet trois-pièces? Le débat est lancé.

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