Le piège

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Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est

La violence envers les femmes a-t-elle empiré? ai-je demandé à trois intervenantes du Centre d'aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel de Granby, cette semaine.

Empiré, elles ne pouvaient le dire, mais ça s'est assurément complexifié. Au banc des accusés: internet et les réseaux sociaux, qui promeuvent la marchandisation de la femme, l'hypersexualisation, les codes de la pornographie...

Un instant! C'est si grave que ça? Je n'allais pas là pour les confronter, mais mon vécu de gars ordinaire n'est évidemment pas le même que celui de ces femmes qui défendent, informent et conseillent des victimes - ou des victimes potentielles - depuis 30 ans.

Les codes de la pornographie. Oui oui, je comprends. Le mâle dominant, la femme-objet soumise, l'agressivité. C'est si dommageable que ça? C'est pas comme si c'était nouveau, en plus!

Vrai, mais la publicité et internet, surtout, en ont fait la norme, et les jeunes en consomment à la tonne. Il est là, le piège.

Les exemples donnés par les intervenantes du CALACS donnent froid dans le dos. Elles entendent les jeunes considérer la sodomie comme un acte banal qui doit absolument être pratiqué, revendiquer des fellations à qui mieux mieux, glorifier l'acte sexuel sous l'effet de l'alcool. Avec un consentement toujours implicite.

Les dommages, me dit-on, sont considérables. Des jeunes filles à l'estime de soi en construction s'imaginent qu'elles doivent se soumettre à tout pour plaire. Elles veulent être aimées, appréciées. Elles se sentent obligées.

«L'une d'elles m'a déjà dit: je suis tannée d'être bonne au lit, je voudrais juste être bien, m'a dit Annie. Elles n'ont pas le souci d'être dans une relation basée sur le respect et la confiance. On leur apprend qu'elles peuvent choisir.»

Les garçons ne s'en sortent pas mieux. Tout aussi complexés, ils se demandent pourquoi ils ne sont pas irrésistibles, pourquoi leurs performances n'égalent pas ceux des acteurs XXX... alors que les trucages et l'usage de médicaments pour l'érection foisonnent dans ce milieu.

***

Quel lien avec la violence? «Ça a un impact sur les jeunes filles et sur les agressions. Le consentement préfabriqué ouvre la porte aux agresseurs.» Les codes de la pornographie renvoient à une conception de l'usage de la violence, de la soumission et de l'intimidation comme une normalité. Ça, les intervenantes du CALACS le constatent chaque semaine. Dans leur travail quotidien, auprès des jeunes et de personnes de tous âges.

C'est pourquoi elles tentent de prévenir, notamment avec des rencontres dans les écoles et des lettres aux journaux. Elles viennent aussi en aide directement aux victimes.

Elles ne font pas la guerre au sexe et à toutes ses représentations, loin de là. Ce qui se passe derrière des portes closes ne les regarde pas, sauf s'il y a des victimes. Et elles n'hésitent pas à se prononcer sur ce qui est affiché sur la place publique.

Je n'ai pas toujours été d'accord avec leurs prises de position dans le passé, entre autres sur ce que les vitrines de sex-shops devraient présenter ou non. Mais cette semaine, elles m'ont fait voir une réalité qui m'était pratiquement inconnue.

***

Le point de départ de cette rencontre était mes articles sur des causes d'agressions sexuelles entendues au palais de justice. Ça s'est passé de façon très courtoise, même si je sentais que je pénétrais un cénacle où je n'étais pas nécessairement le bienvenu...

À leur avis, mes articles contiennent, à l'occasion, trop de détails scabreux. Moins que Photo-Police, disons, mais plus que Le Devoir. Lire ça, c'est pénible pour les victimes, quelles qu'elles soient. Ça les «revictimise», m'a-t-on dit. Ça les décourage aussi de dénoncer.

«On juge que ce n'est pas nécessaire, que ça amène plus de conséquences négatives que positives. Les journalistes ont aussi un devoir de prévention.» Il leur faudrait toujours rester dans une description imagée, du genre «il lui a fait mal» ou «il l'a menacée», plutôt que «il s'est frotté contre elle jusqu'à éjaculation» et «il lui a rappelé qu'il était le plus fort».

Là-dessus, je ne suis pas d'accord. Je ne pense pas que La Voix de l'Est fasse du sensationnalisme, et si une cause est morbide, il faut le rapporter. Avec ménagement, certes, mais dans l'intérêt de faire comprendre pourquoi une personne est accusée, pourquoi elle mérite potentiellement telle ou telle sentence, et la dénoncer.

Sinon, les agresseurs peuvent facilement passer inaperçus. Je comprends le CALACS de penser d'abord aux victimes; c'est son mandat. Mais nous, on doit aussi penser à l'accusé, aux témoins, aux avocats, au grand public...

Pour joindre le CALACS de Granby: 450-375-3338

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