Le blâme

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Je n'ai jamais compris pourquoi les quotas de contravention imposés aux policiers faisaient autant scandale.

De la part des policiers, je le comprends. Être obligé de donner tant de tickets par jour sous peine d'être rabroué ou empêché de monter en grade, selon ce qu'on m'a déjà dit, c'est emmerdant. Et bien entendu, les municipalités encouragent cette stratégie qui remplit leurs coffres.

Mais de la part des citoyens, pourquoi se plaignent-ils? Peut-on vraiment blâmer une contravention qu'on vient d'obtenir... sur les quotas? Ça me paraît de la déresponsabilisation crasse.

Si l'amende est injustifiée, elle sera alors facile à contester en cour. Si elle est méritée, on n'a que soi à blâmer!

De toute façon, quotas ou pas quotas, c'est pas comme si les infractions au Code de la route étaient difficiles à trouver. Je vais vous donner un exemple. En face de La Voix de l'Est, au-delà du parc Victoria (d'ailleurs un si beau parc avec le nom d'une reine qui fut si laide, n'est-ce pas ironique?) il y a une jolie école primaire. Juste à côté, la rue Mountain devient en pente. Une pente que les distraits, les pressés et les abrutis empruntent souvent à toute allure, bien que ce soit une zone scolaire. Je le constate chaque semaine.

Quand un policier se pointe là, il ne fait jamais chou blanc. Les kilomètres d'asphalte neuve que Granby a pu se payer avec l'argent des contraventions émises à cet endroit, ça doit être incroyable...

Bref, quotas ou pas quotas, les contrevenants seront toujours nombreux. Alors, arrêter de chialer. Si vous ne commettez pas d'infraction, vous n'en aurez pas de contravention, c'est tout. Laissez-les aux autres, vous payez déjà assez de taxes municipales.

Soit dit en passant, la rumeur veut que les quotas imposés aux policiers sont plus ou moins bien respectés ces jours-ci, rapport qu'ils sont soit en renouvellement de convention collective, soit fâchés noir contre le projet de loi 10, ou les deux, comme à Granby. Ça ne veut pas nécessairement dire que vous devez en profiter.

Heureusement, il y a la météo

À la sempiternelle question «pis, comment va ta blonde enceinte?», je me dois, en toute honnêteté, de répondre qu'elle est ces jours-ci d'une humeur massacrante.

Genre que si vous donnez une hache à son humeur, vous allez retrouver une hécatombe en manchette de La Voix de l'Est le lendemain. J'irai quasiment jusqu'à dire que son humeur ferait pâlir d'envie un criminel dont le procès scabreux se déroule ces jours-ci à Montréal, mais j'ai dit que j'irais quasiment, alors je m'arrête là.

Je ne suis pas triste ni mécontent, je constate, c'est tout. Je constate que j'ai beaucoup moins de marge de manoeuvre côté commentaires. Le commentaire mi-sournois mi-moqueur qui l'aurait fait sourire il y a trois mois lui fait désormais l'effet d'une claque sur les fesses.

«POURQUOI DIS-TU ÇA?»

«Mais c'est une blague, chérie...»

«NE DIS PLUS JAMAIS ÇA.»

Ajoutez à cela le fait qu'elle est bien sûr beaucoup plus fatiguée, qu'il fait froid, qu'il fait noir très tôt et qu'il neige comme El Nino en veut à toute l'occident pour la défaite du Brésil en Coupe du monde, et vous avez la recette parfaite d'une minibombe nucléaire d'émotions ambulante dont elle est tout à fait consciente.

Alors je me censure. J'aime pas ça me censurer, je le fais déjà tellement en société, dans ma famille, au travail - ok, pas tant que ça au travail. Mais je me dis que se censurer par amour a quelque chose de valeureux. Je suis comme le chevalier du commentaire inapproprié.

Or, comme il y a déjà des sujets à éviter notoirement (ses émissions de télé, sa façon de cuisiner, sa passion pour l'animatrice Josée Boudreault), la liste des sujets de conversation potentiels commence à être mince. Heureusement, il y a la météo.

«T'as vu comme c'est beau chérie, la neige qui t...»

«C'EST LAITTE.»

Neuvième semaine. Je survis. À part ça, Désirée va très bien, c'est gentil de le demander.

Appréciation

Au sortir d'une audience en cour, cette semaine, un accusé m'a fixé du box des accusés en faisant mine d'écrire avec ses mains menottées.

«Vas-tu écrire sur ma cause?», qu'il me demande. Je réponds oui. Il affiche un large sourire.

Y'a tellement de gens qui ne veulent pas qu'on parle d'eux quand ils sont traduits en justice. Lui, il était fier. Enfin, me dis-je, mon travail est apprécié.

Ne reste plus qu'à convaincre tous les autres acteurs du système judiciaire que mon travail est pertinent.

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