Calvaire

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Pascal Faucher
La Voix de l'Est

Je vais me faire lapider par tout le gratin cinématographique en écrivant ça, mais j'ai détesté Mommy, de Xavier Dolan.

En général, j'aime les films d'auteur. Les huis clos psychologiques aussi. Mais le dernier-né de l'enfant prodige du septième art québécois m'a laissé au mieux pantois, au pire avec un gros mal de tête.

Mommy a d'indéniables qualités: je ne vous apprends rien en vous disant que les interprètes sont excellents et que le scénario - une mère pauvre et célibataire aux prises avec un fils violent - est bien ficelé. Il y a aussi plusieurs trouvailles visuelles et la musique est entraînante.

Mais ça crie, ça crie... Pendant deux heures vingt. En joual, s'il vous plaît. L'histoire est touchante, le dénouement déchirant, il y a des pointes d'humour, mais globalement j'ai trouvé l'expérience extrêmement pénible. Antoine-Olivier Pilon est criant (c'est le cas de le dire) de vérité dans le rôle du fils incontrôlable; tellement que j'ai eu envie de l'assommer dès la première minute.

J'ai été surpris, aussi, par le nombre de questions laissées sans réponse, surtout en ce qui a trait à la voisine salvatrice jouée par Suzanne Clément. Comment réussit-elle à calmer le garnement, au début? Pourquoi est-elle si nerveuse en présence de sa propre famille? Quel secret l'a amenée à quitter son ancienne résidence? Autant de questions laissées sans réponse. Frustrant, même pour un film d'auteur.

Anne Dorval habite très bien le rôle principal, son vernis à ongles changeant au gré de ses émotions, et ses répliques sont savoureuses. Mais j'ai aussi eu la désagréable impression de «sentir» l'écriture derrière certains dialogues, pour faire de belles phrases punchées, entre deux (cents) jurons.

Peut-être est-ce parce que je ne suis pas une mère, ni d'un naturel violent, mais j'ai de la difficulté à croire qu'on puisse, dans la vraie vie, supporter pareil calvaire. En tous les cas, le film en soi a été une expérience que je ne veux pas renouveler.

Désirée a beaucoup aimé, par contre.

•••

Désastre sidéral

Désirée et moi avons eu cet échange cocasse, cette semaine. Je lui demande: «ça te dérange si je ne vais pas au party de Noël de ton bureau?» Elle me répond: «c'est drôle, je voulais justement te demander la même chose...»

Non, nous ne voulons pas être infidèles. Mais par expérience, aller au party de Noël de l'âme soeur, c'est, comment dire... emmerdant? Les trois-quarts des convives te sont inconnus, leurs références le sont tout autant, t'essaies de ne pas trop avoir l'air de t'ennuyer, question de ne pas assombrir la fête pour l'être aimé, tu ne veux pas l'obliger à partir trop tôt non plus, parce que lui, il s'éclate, alors tu t'emmures dans le silence en regardant les minutes s'égrener, vaguement pompette.

Et puis, soyons francs, ce n'est pas la même galaxie, comme disait l'humoriste américain Jerry Seinfeld. Tes amis, tes collègues, ta blonde: voilà trois galaxies qui coexistent et interagissent à l'occasion, mais chercher à les fusionner équivaut à planifier un désastre sidéral.

Franchement, je ne crois pas être très différent quand ma dulcinée est là ou en son absence. Mais en sa présence - c'est inévitable lorsqu'on aime quelqu'un - implique une certaine décence, une tenue, que dis-je, une circonspection, toutes choses incompatibles avec le concept de party de bureau.

Et je ne veux pas être obligé d'expliquer toutes mes blagues d'imprimante, les dynamiques intra-muros et/ou justifier le comportement déplacé de tel ou tel patron en état d'ivresse avancé. Ça ne me semble pas très sain.

Et si j'ai le goût de danser avec Maxime Massé, je le ferai, point à la ligne.

•••

Enlaidissement

Vous ne me croirez pas, mais dans la vraie vie, je déteste reprendre les gens sur leur vocabulaire. D'abord, c'est très mal vu au Québec, où les intellectuels, me dit-on, sont encore chassés pour leur peau. Et je ne veux pas avoir l'air prétentieux.

Mais il y a une expression typiquement granbyenne que j'ai toujours haïs. Je m'en voudrais de ne pas la partager. À Granby, on a effacé le mot «beaucoup». Je le jure! On l'a remplacé par «gros». Comme dans les phrases «hé, y'avait GROS du monde hier soir au bar», ou «ça m'a fait GROS de la peine», ou encore «il y a eu GROS du soleil aujourd'hui» ... Ou-ache.

C'est quoi le problème avec le mot «beaucoup» ? Trop long? Trop raffiné? Quand même...

C'est le contraire d'une coquetterie de langage, c'est de l'enlaidissement de langage. Comme si on en avait besoin!

Les gros n'aiment pas le mot «gros», et moi non plus.

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