Fédéralisme et cannabis

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La légalisation de l'usage du cannabis illustre avec acuité les problèmes que causent un palier de gouvernement à l'endroit d'un autre.

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

CHRONIQUE / La légalisation de l'usage du cannabis bousculera beaucoup de choses dans notre société. Quand on considère toutes les questions posées par cette révolution, les intérêts en jeu et les dérapages possibles, on comprend que les municipalités risquent (encore une fois) de se retrouver seules pour faire face à la musique. Car ce sont elles, pas les autorités provinciales et certainement pas celles au fédéral, qui devront composer avec de gros problèmes - des dangers en fait - découlant de ce virage dans la lutte aux drogues.

Les questions et les inquiétudes sont nombreuses. À commencer par la santé des jeunes. À quel âge devraient-ils avoir le droit de consommer légalement du cannabis ? Le développement de leur cerveau est mis à risque, estime l'Association médicale canadienne, citant des études poussées sur le sujet. Les médecins plaident pour que l'âge requis soit 21 ans.

La cabale des médecins s'annonce difficile puisque le projet de loi C-45 à l'étude à Ottawa propose l'âge légal de 18 ans...

Qui pourra produire du can­nabis destiné à la vente ? Plusieurs intérêts privés flairent la manne financière. On les imagine déjà en coulisse, comme le permet notre système politique, faisant pression sur le législateur pour que l'État leur laisse beaucoup sinon toute la place. Le crime organisé, qui encaisse des liasses d'argent de ce marché encore illicite, cherchera sûrement les brèches pour s'y infiltrer. Ça, on peut en être certain.

Où vendra-t-on le cannabis ? Encore ici, plusieurs groupes se positionnent pour profiter de ce nouveau marché. Comment s'assurer que seules les personnes autorisées s'en procureront ? Devrait-on confier le tout à un organisme étatique du modèle de la SAQ comme le fera l'Ontario ? Le ministre des Finances du Québec, Carlos Leitao, semble déjà avoir fait son lit : pas question que la SAQ s'en occupe.

Et la vente des produits dérivés (muffins, huile, pâtisseries, etc.) sera-t-elle permise ? Et par qui ? Tient-on compte d'Internet et du fait que le commerce en ligne se soucie peu de l'âge des consommateurs ?

Les réponses à ces questions sont très attendues. Elles intéressent en premier lieu les municipalités qui gèrent l'utilisation de leur territoire.

Les municipalités auront-elles les coudées franches pour refuser que des usines de production de can­nabis s'installent chez elles ? Le législateur leur conférera-t-il des pouvoirs accrus pour empêcher l'ouverture de points de vente de produits de cannabis près d'écoles ? Les ministères de la Santé et de la Sécurité publique puiseront-ils dans leur budget pour accorder des subventions afin de les aider, ainsi que leur service de police, à faire face aux problèmes sociaux et criminels créés par la légalisation du cannabis ?

Rien ne le garantit.

Le maire de Granby, Pascal Bonin, voit les problèmes venir. Participant la semaine dernière à la consultation publique du gouvernement provincial sur l'encadrement du cannabis, il a levé quelques drapeaux rouges. Jeune homme, il a vécu les souffrances de la dépendance aux drogues et à l'alcool. Sobre depuis 11 ans, il déplore que le présent débat sur la légalisation du can­nabis porte trop sur l'aspect récréatif du cannabis. On occulte les dangers de la dépendance, affirme-t-il.

M. Bonin parle en connaissance de cause. « (...) Allez voir dans un centre de thérapie si c'est une récréation. Il n'y a pas un dépendant qui consomme de façon récréative. Il ne faut pas empirer une problématique. »

La légalisation de l'usage du cannabis bouscule non seulement la société, mais fragilise également les structures de la fédération canadienne. Elle illustre avec acuité les problèmes que cause un palier de gouvernement à l'endroit d'un autre.

Pour répondre à la hausse appréhendée des coûts des services sociaux provoquée par la légalisation du cannabis, Ottawa et Québec­ doivent s'engager à verser tous leurs revenus (TPS, TVQ et impôts fonciers payés par les producteurs et les vendeurs) dégagés de la vente de cannabis aux organismes qui s'occupent des toxicomanes et ceux qui font de la prévention. Des fonds doivent aussi être versés aux municipalités pour les aider à faire face à leurs obligations. 

Il serait indécent que les deux paliers supérieurs de gouvernement encaissent ces revenus sans se soucier­ des impacts sociaux.




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