Canard et ludification

La fontaine du lac Boivin à Granby.... (archives La Voix de l'Est)

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La fontaine du lac Boivin à Granby.

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Dommage. Vraiment dommage le ton qu'a pris toute l'affaire du canard géant de 155 000 $ sur le lac Boivin. Certains sont si prompts à dénoncer toutes les initiatives du conseil de la Ville de Granby qu'ils évitent d'analyser sur le fond le projet d'image de marque de la municipalité ou, comme le dit le maire Pascal Bonin, de son branding.

D'abord, le canard ne coûtera pas 155 000 $, mais bien 3000 $. Les 155 000 $ seront utilisés pour plusieurs choses : on parle de jeux géants au centre sportif Léonard-Grondin et au parc Terry-Fox et de sculptures d'animaux géants. D'autres infrastructures et activités seront proposées.

Dans un monde concurrentiel, même les villes doivent se soucier de leur image. C'est vrai pour Granby, et cela même si ses indicateurs économiques sont très bons. Il est risqué, irresponsable même, de s'asseoir sur ses lauriers, même quand on compte sur son territoire un attrait aussi populaire que le Zoo de Granby. La Ville doit continuer à travailler pour se démarquer, notamment en modernisant son image. Le faire en se collant sur l'incroyable attrait qu'est le jardin zoologique - un TGV touristique - est un bon pari pour encourager les visiteurs à explorer davantage la Ville.

Faire de Granby une ville ludique, comme le propose la Corporation de développement commercial et touristique de Granby et région, est une idée pour le moins intéressante. Quelques villes dans le monde ont adopté cette approche pour développer « l'enjeu social du mieux vivre ensemble », peut-on lire dans le document préparé par l'organisme paramunicipal pour les membres du conseil.

On pourrait discourir longtemps sur le rôle et les responsabilités des municipalités à l'égard de leur population. Dans le projet proposé, on doit y voir une façon de capitaliser sur la signature unique de Granby en tant que ville où se trouve un zoo. Investir 155 000 $ annuellement pendant trois ans pour augmenter cette visibilité n'est certainement pas du gaspillage de fonds public. La Ville de Granby et ses citoyens peuvent se permettre cet investissement.

Si le projet est ludique, la façon dont le conseil, le maire au premier chef, l'a communiqué aux citoyens relève d'une stratégie dépassée en affaires publiques. Plusieurs gestes posés démontrent que l'administration en place n'a rien compris de ses erreurs passées. Elle assure avoir retenu des leçons de la saga des pistes cyclables. Il n'en est rien.

D'abord, pourquoi le conseil a-t-il autorisé ce projet lors d'une assemblée extraordinaire ? Aucun citoyen n'assiste à ces rencontres parce qu'elles sont appelées à la dernière minute. Ces assemblées non prévues servent habituellement à régler des dossiers urgents. Il n'y avait aucun sentiment d'urgence dans ce cas-ci.

Puis, pourquoi M. Bonin a-t-il dit aux citoyens qu'ils allaient découvrir au fur et à mesure les infrastructures prévues ? On n'est pas à une fête d'enfants où les surprises font partie du scénario. Une dépense de 155 000 $ a été autorisée par les élus. Le tout doit être expliqué. Les journalistes ont pu savoir de quoi il s'agissait parce que les documents destinés aux élus leur ont été remis par erreur...

Être élu ne donne pas droit à un chèque en blanc pour faire à sa tête. Il faut expliquer les objectifs de ses décisions et donner les détails des gestes à poser. Entourer le tout d'un mystère complet, comme le souhaite le maire, ne sert qu'à créer de l'opposition au projet.

M. Bonin, du temps qu'il était conseiller, n'aurait jamais accepté une telle façon de faire. Le pouvoir a cette fâcheuse conséquence de pousser nos dirigeants à vouloir tout contrôler.

Et tant qu'à discuter de branding, pourquoi opter pour un canard ? L'oiseau est déjà l'emblème de la ville de Lac-Brome, comme le mentionnait un citoyen bromois dans nos pages cette semaine.

Le choix du canard pour représenter Granby parait aussi étrange compte tenu des efforts de la Ville pour chasser cette espèce du parc Daniel-Johnson en raison des fientes qu'elle laisse un peu partout.

Une immense salamandre, emblème du parc national de la Yamaska, serait un meilleur choix.




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