Le mirage du MTQ

Montréal est passé bien près d'une véritable catastrophe... (La Presse, Patrick Sanfaçon)

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Montréal est passé bien près d'une véritable catastrophe dans la nuit de mardi à mercredi quand les conducteurs et passagers de quelque 300 véhicules sont restés bloqués toute la nuit sur l'autoroute 13.

La Presse, Patrick Sanfaçon

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Le fait que le Québec ait reçu autant de neige à la mi-mars n'a rien d'étonnant. Ça peut se produire quand on vit dans un pays nordique. Ce qui surprend, c'est la désorganisation d'organismes responsables de se préparer en conséquence en déployant les ressources humaines et matérielles pour y faire face.

Montréal est passé bien près d'une véritable catastrophe dans la nuit de mardi à mercredi quand les conducteurs et passagers de quelque 300 véhicules sont restés bloqués toute la nuit sur l'autoroute 13. Certains y sont demeurés pendant 13 heures. On imagine leur état d'esprit (et de panique) alors qu'aucune information sur la situation ne leur était communiquée par les autorités.

Quel aurait été le bilan si la nuit avait été glaciale ? Les risques d'intoxication au monoxyde de carbone et d'engelures auraient explosé. C'est un miracle qu'on ne rapporte aucun mort ou blessé.

L'avalanche de témoignages et de reportages qui déferlent depuis mardi dans les médias sur les nombreux ratés du ministère des Transports à gérer cette tempête a forcé le premier ministre lui-même, Philippe Couillard, à présenter des excuses aux Québécois. Il a annoncé l'ouverture d'une enquête pour déterminer ce qui s'est passé. Dans la foulée de cette décision, une sous-ministre responsable des mesures d'urgence a été suspendue. 

Les patrons du ministère des Transports analyseront aussi cette nuit de chaos. Comme c'est le cas quand quelqu'un échappe le ballon dans l'appareil étatique, ils produiront un beau rapport à leur patron, Laurent Lessard, tenteront de justifier le dérapage opérationnel en montrant du doigt d'autres organisations et proposeront des recommandations pour éviter qu'on revive une telle situation.

Retenons trois choses de ce cafouillage. D'abord, la responsabilité de gérer et d'entretenir les autoroutes relève du MTQ. Ils prennent toutes les décisions relatives à ce qui se passe sur celles-ci. Les informations vérifiées sont à l'effet que le MTQ a tardé à demander l'aide de la Ville de Montréal et de ses pompiers pour prêter assistance aux automobilistes et camionneurs pris sur la 13. Est-ce par jalousie de protéger sa juridiction ou par gêne d'avoir perdu le contrôle de la situation ? Incompétence ?

La deuxième chose, encore ici les faits sont validés, personne au MTQ n'a pensé alimenter les stations de radio montréalaises avec des informations destinées aux gens qui passaient la nuit sur la 13. Toutes ces stations ont des animateurs en ondes la nuit, dont le AM 730 spécialisé en circulation. On peut présumer que beaucoup de gens étaient à l'écoute.

Troisièmement, difficile de ne pas se rappeler en analysant cette situation que small is beautiful. Beaucoup de ressources, beaucoup de moyens et la dilution de plusieurs responsabilités entre beaucoup de patrons ne se traduisent pas nécessairement par de l'efficacité sur le terrain.

Le MTQ devrait prendre en exemple les municipalités. Ces petites organisations opèrent avec une chaîne de commandement simplifiée, ont des ententes d'entraide avec leurs voisines, font une utilisation optimale de leurs équipements et connaissent bien leur territoire.

La comparaison n'est pas sans ironie. Des ministères québécois, au premier rang le MTQ, ne cessent de dicter des règles et des façons de faire aux municipalités. On leur demande de produire toutes sortes de rapports, de remplir de nombreux formulaires, de constamment se justifier dès qu'elles veulent intervenir sur leur réseau routier. Les fonctionnaires municipaux passent une grande partie de leur temps à répondre à ces demandes. Pour rien, en bout de ligne, alors que leurs projets sont souvent jetés aux poubelles par le Ministère ou enterrés.

Devant un tel paternalisme, on devrait conclure qu'on sait de quoi on parle au MTQ, qu'on a de l'expertise, qu'on sait comment opérer une organisation publique. Le mirage est parfait !




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