Le choix de Justin

Renier un engagement sur le scrutin électoral, une... (Alain Dion, archives La Voix de l'Est)

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Renier un engagement sur le scrutin électoral, une question de principe, c'est se mentir à soi-même. On pourrait conclure que la promesse de M. Trudeau était électoraliste, donc bidon!

Alain Dion, archives La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Les Canadiens n'auront pas un nouveau système électoral. Ils conserveront le scrutin uninominal à un tour, a décidé Justin Trudeau. Le premier ministre abjure un des principaux engagements de son parti faits aux électeurs lors de la campagne électorale de l'automne 2015.

Il n'y a pas de consensus au sein de la population, soutient M. Trudeau­, pour procéder à une réforme de la façon dont on élit nos députés fédéraux. Peut-être. Mais des options existent. Et elles n'ont pas été présentées aux citoyens. Organiser une consultation en ligne dans tout le pays, comme le gouvernement l'a fait avant les Fêtes, était une bonne idée. Mais il fallait enchaîner avec une forme de réflexion menant à des propositions concrètes sur le mode de scrutin avec lequel les Canadiens sentiraient que leur vote compte. Ça ne s'est pas fait.

Ce n'est pas la première fois qu'un politicien n'honore pas un engagement. Ça ne sera certainement pas la dernière. La décision de M. Trudeau­ dérange parce qu'elle renie ce qu'on croyait être un de ses principes : la juste représentativité des partis à la Chambre des communes.

Cette promesse brisée est énorme. Un leader politique, voyant que le fonctionnement de l'État pourrait être perturbé, peut changer d'avis sur une promesse de baisser les impôts. Renier un engagement sur le scrutin électoral, une question de principe, c'est se mentir à soi-même. On pourrait conclure que la promesse de M. Trudeau était électoraliste, donc bidon !

Le scrutin uninominal à un tour déforme les résultats électoraux en exagérant le poids de la formation politique qui remporte le plus de circonscriptions. Lors de l'élection d'octobre 2015, le Parti libéral a raflé 184 sièges avec une récolte de 39,47 % des votes exprimés. C'est 54,44 % des 338 postes de députés. 

Tous les autres partis sortent perdants de ce mode de scrutin, les petits partis davantage. Le Parti Vert a récolté 602 933 votes (3,43 %), mais n'a fait élire que sa chef, Elizabeth May...

L'impact du scrutin uninominal à un tour est colossal sur la démocratie puisque notre système parlementaire accorde les pleins pouvoirs au parti qui est majoritaire en Chambre. Cela encourage un esprit d'intransigeance et de fermeture chez les députés majoritaires au détriment de discussions avec les autres parlementaires pour la recherche de compromis.

Il existe une variété de modes de scrutin. Celui qui assure une juste représentativité des choix des électeurs est le système proportionnel. Comme son nom l'indique, il accorde aux partis le nombre de sièges en fonction du pourcentage de votes reçus. À titre d'exemple, les libéraux de M. Trudeau se seraient vu attribuer 133 sièges en 2015, les conservateurs 107 (au lieu de 99), les néo-démocrates 66 (au lieu de 44). Et le Parti Vert aurait eu 11 députés (au lieu de 1) !

Le Canada rate une belle occasion d'insuffler de la crédibilité dans son système politique, de ramener des électeurs désabusés au bercail et d'intéresser les jeunes au débat public. La réalité est que les idées, opinions et philosophies d'un grand nombre d'électeurs sont absentes ou marginalisées dans l'enceinte où les politiques guidant notre pays se discutent et se décident.

Le fait que le fédéral se rebiffe sur cette question refroidira l'intérêt naissant des provinces de migrer vers un scrutin électoral digne de notre époque. On le voit avec la controverse entourant la disparition de la carte électorale de la circonscription de Sainte-Marie-Saint-Jacques à Montréal. La commission de représentation électorale a beau être apolitique, elle subit la pression de groupes bien organisés pour influencer les tracés des circonscriptions.

Un système proportionnel réglerait ce problème. Et il garantirait que chaque vote, peu importe où au pays, compte. Que vaut le vote d'un partisan du Parti conservateur dans le château fort de Saint-Laurent où les libéraux rallient plus de 70 % des voix ? À l'échelle du pays, rien. 

M. Trudeau, qui se réclame d'être de son temps, nous rappelle que le but premier d'un politicien est d'être réélu. Il a choisi de ne pas abandonner un système qui lui a justement permis d'être porté au pouvoir... On est (pourtant) en 2017 !




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