Mieux payer l'élu municipal

La formule pour déterminer le salaire des élus... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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La formule pour déterminer le salaire des élus municipaux se trouve dans la Loi sur le traitement des élus. En vertu de celle-ci, le maire de Granby, dont la population compte 67 286 habitants, devrait recevoir un salaire minimum de 45 496,18 $. Ça ne reflète nullement la charge de travail et la disponibilité exigées pour une telle fonction.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

CHRONIQUE / Intéressante critique samedi dans nos pages de Jocelyn Beaudoin sur les salaires des élus de Sainte-Cécile-de-Milton. L'ancien candidat d'Option nationale et du Bloc québécois s'offusque des augmentations de salaire qu'ils se sont octroyées le 16 janvier. Une hausse de 6000 $ pour le maire (son salaire est maintenant de 25 000 $) et de 2000 $ pour les conseillers (salaire de 8300 $). Avec cela, les élus ont convenu de majorer annuellement leur salaire de 2,5 %.

M. Beaudoin trouve le tout « indécent », surtout, fait-il remarquer dans une lettre d'opinion parue samedi, que le maire Paul Sarrazin a indiqué le soir même de l'assemblée du conseil que les employés de la municipalité ne verront leur salaire augmenter que de 1 % cette année. 

Le tout, à première vue, semble en effet indécent et inéquitable pour les employés de la municipalité de 2128 habitants. La question de fond se trouve cependant ailleurs : les membres du conseil de Sainte-Cécile-de-Milton méritent-ils une telle augmentation salariale ? Absolument ! Comme, d'ailleurs, les maires et conseillers de nombre de municipalités au Québec.

Quiconque s'intéresse un peu au monde municipal réalise que les élus municipaux reçoivent souvent des salaires indécents pour accomplir leur travail. Mer et monde leur sont demandés, mais des salaires ridicules leur sont proposés. Leur chèque de paie est sans commune mesure avec toutes les responsabilités qui leur incombent et celles qui ne cessent de s'ajouter.

Les élus doivent avoir un vaste champ de connaissances pour faire leur travail. Ils sont appelés à prendre des décisions importantes touchant la voirie, le développement économique, l'urbanisme, la protection de l'environnement, la sécurité publique et l'offre culturelle, de loisirs et de sports. Pour y arriver, ils doivent consacrer des dizaines d'heures par semaine à la lecture de documents, s'informer des projets sur la planche à dessin et assister à des rencontres de comités. Ils se réunissent aussi à fréquence régulière avec leurs collègues et la direction générale.

Partons de l'hypothèse que les conseillers de Sainte-Cécile-de-Milton consacrent en moyenne 10 heures par semaine à leur fonction (une donnée très conservatrice). Cela leur confère un taux horaire de 15,96 $ l'heure (8300 $/52 semaines/10 h). On est loin d'être en présence de voleurs !

Le fait que les conseils municipaux forment des gouvernements de proximité ajoute au stress de leur travail. Ils portent leur chapeau d'élu en tout temps. Les citoyens les appellent à la maison pour les entretenir de leurs doléances. Ils se font interpeller (parfois apostropher) à l'épicerie, sur les pistes cyclables, au terrain de jeu, sur la rue Principale.

A contrario, les députés provinciaux (salaire de base de 90 850 $) et fédéraux (170 400 $) n'ont pas à s'expliquer de manière aussi directe ou imprévue à leurs commettants. Ils jouissent d'une certaine quiétude quand ils vaquent à leurs occupations citoyennes.

L'opinion publique du travail des fonctionnaires et des élus n'a jamais changé à travers les époques ; ils sont trop payés pour la somme de travail livré, estime-t-on. C'est un verdict injuste. Il suinte la jalousie et le populisme.

Les salaires des élus sont balisés par la Loi sur le traitement des élus municipaux. Le législateur a fixé des seuils minimaux par tranche d'habitants. En s'en tenant à cette formule, le maire de Granby, dont la ville compte 67 286 habitants, recevrait un salaire minimum de 45 496,18 $. Une hérésie. Son salaire, a décidé le conseil, est plutôt de 85 546 $, un montant qui reflète mieux la charge de travail et la disponibilité exigées par la fonction.

Le plus gros problème de la rémunération des élus municipaux est qu'ils doivent eux-mêmes se voter des augmentations. Mais dès qu'ils agissent en ce sens, il se trouve des citoyens pour les dénoncer, comme on l'a vu récemment à Sainte-Cécile-de-Milton. Cette réaction refroidit souvent les membres du conseil qui craignent d'être taxés de profiteurs.

Cette peur explique pourquoi les élus municipaux sont aussi mal payés. Certains conseils ont adopté des résolutions pour hausser leurs salaires de 2 à 2,5 % chaque année. Bien qu'il s'agisse de sages décisions, cela ne permet pas d'ajuster leurs salaires à des niveaux acceptables. 

La tâche des élus municipaux est immense, les tapes dans le dos rares et les critiques nombreuses. Ils méritent d'être payés décemment !




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