L'option Trump

On s'est tous trompés. Par aveuglement, par refus... (La Presse NYT)

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On s'est tous trompés. Par aveuglement, par refus de croire que des gens le moindrement intelligents et sensés puissent lui confier les clés de la présidence américaine.

La Presse NYT

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Le type est xénophobe. Il est misogyne. Il s'oppose à l'avortement. Il est menteur. Il aime provoquer et insulter. C'est un va-t-en-guerre.

Qu'importe, Donald Trump sera assermenté le 20 janvier comme 45e président des États-Unis. Ça nous concerne parce que chacune de ses décisions aura un impact sur nous. Pas pour le mieux.

Son élection mardi soir était totalement inattendue des élites, des sondeurs et des médias. Les analyses de ces derniers expliquant pourquoi ce rustre ne pouvait être envoyé à la Maison-Blanche exposaient sans ambages son incompétence pour le poste, ses failles, ses mensonges, ses dérives. C'était leur responsabilité de faire ressortir toutes les raisons pour lesquelles il n'était pas fait pour occuper cette fonction.

Les faits, exemples et témoignages étalés dans les médias pendant des mois durant n'ont pas suffi à convaincre l'électorat de lui tourner le dos.

On s'est tous trompés. Par aveuglement, par refus de croire que des gens le moindrement intelligents et sensés puissent lui confier les clés de la présidence américaine. On n'a pas mesuré l'écoeurantite aiguë de toute une classe de citoyens. Ces gens en avaient assez des promesses récitées tous les quatre ans par les candidats des deux grands partis. Ils ont choisi

M. Trump, pour qui le Parti républicain n'était qu'un véhicule pour présenter sa candidature, afin que les choses changent.

Les États-Unis forment un pays unique, riche en ressources naturelles, en ressources humaines, en rêves, en percées technologiques. On oublie que ce pays est aussi champion des inégalités sociales. Quiconque a voyagé un peu à travers différents États a pu constater la pauvreté dans les milieux ruraux. Ces gens n'ont cure des indices économiques sur le chômage et des investissements servis durant toute la campagne électorale indiquant que le pays se porte très bien. Leur réalité est tout autre. Ils travaillaient naguère dans les industries automobiles, de l'acier et des mines. Ils ont perdu des emplois bien rémunérés. Ils sont maintenant sans emploi ou occupent des boulots mal payés, peinent à joindre les deux bouts et n'entrevoient rien dans l'avenir les encourageant à espérer pour eux et leurs enfants une vie meilleure. Ils sont les grands oubliés d'une société qui carbure à la création de la richesse, mais qui rechigne à la partager.

Ces gens attribuent leurs malheurs à l'establishment financier et politique. Alors quand tous les représentants de ce milieu se dressent devant un candidat comme M. Trump, c'est qu'ils cherchent à protéger leurs acquis, concluent nombre de citoyens. Il presse d'apporter des changements, disent-ils. Pour eux, parce qu'il est rejeté des élites, M. Trump incarne ces changements.

Difficile de ne pas noter l'incroyable ironie de leur choix : le type est milliardaire, issu de l'establishment économique new-yorkais, ne paie pas ses impôts, a licencié des milliers de personnes dans ses entreprises. On n'imaginait pas que des oubliés du système veuillent d'un tel porte-étendard. Et pourtant.

On doit accepter leur choix de placer le destin de leur pays entre les mains de M. Trump. Ainsi va la démocratie. Leur désespoir est tel qu'ils ne voyaient aucune autre option pour que l'Amérique retrouve sa grandeur, comme le dit le slogan de leur candidat, et qu'ils accèdent enfin à la terre promise du rêve américain. Que leur champion soit habité de valeurs de haine et de rejet de l'autre ne semble pas les inquiéter. Certains, malheureusement, adhèrent entièrement à sa philosophie.

En s'adressant à ses partisans la nuit dernière, M. Trump a appelé les Américains à s'unir. Comment réussira-t-il à se réconcilier avec les millions de ses compatriotes qui sont des femmes, des immigrants ou des Américains de confession musulmane après les avoir insultés et intimidés par ses paroles et gestes ?

L'option Trump est teintée d'une grande noirceur et construite sur des promesses illusoires de prospérité. Il est terrifiant qu'il puisse maintenant la propager au nom de la plus puissante démocratie au monde !

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