Incurie et aqueduc

Le ministère de l'Environnement autorise la construction d'aqueducs... (archives La Voix de l'Est)

Agrandir

Le ministère de l'Environnement autorise la construction d'aqueducs privés, mais pellette la responsabilité aux municipalités quand des problèmes surviennent.

archives La Voix de l'Est

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Apprendre coûte parfois cher. Cette vérité de La Palice touche les citoyens de Granby. Ils verront 2,25 millions de dollars de leur argent s'envoler parce qu'une précédente administration municipale s'est commise auprès d'un promoteur immobilier proposant un projet qui, dès le départ, était au mieux douteux.

La Ville versera ce montant à Joël Neault parce qu'elle a décidé de ne pas prolonger son réseau d'aqueduc au bout de la rue Fréchette pour desservir les terrains de son futur projet immobilier. L'homme d'affaires est d'avis que le précédent conseil s'est engagé à ce que la Ville desserve ses terrains. Il a intenté une poursuite de 11,5 millions de dollars à titre de compensation pour ses pertes encourues. Le présent conseil, voulant éviter tout risque d'être condamné, lui a sagement offert de régler ça en dehors d'une salle de cour.

Ça n'empêche pas que cette affaire masque une incroyable incurie du ministère de l'Environnement mêlée d'une naïveté navrante de l'ancien conseil, dont quelques membres siègent encore, notamment le maire Pascal Bonin.

Dans les faits, l'objectif premier du prolongement du réseau d'aqueduc était de fournir de l'eau potable aux 29 ménages de la rue Fréchette. Le puits qui alimente le réseau privé d'aqueduc, construit par M. Neault, s'est tari en 2009, les privant d'eau potable. Autre fait : la Ville est intervenue, à la demande du ministère de l'Environnement, pour s'assurer que les citoyens touchés peuvent avoir accès à de l'eau. Depuis, le puits est fréquemment rempli par des camions-citernes d'eau provenant de l'usine de filtration de la Ville.

Cette saga trouve ses origines dans la décision du ministère de l'Environnement au début des années 2000 de permettre à M. Neault de construire un réseau privé d'aqueduc pour son projet les Verrières Saint-Alexandre. Une première dans l'ancien Canton de Granby pour des maisons, m'a expliqué mercredi Yvan Degré, inspecteur de la municipalité à cette époque. L'administration du maire Louis Choinière privilégiait plutôt des terrains de 3000 mètres carrés avec puits. « C'est plus simple pour une municipalité qui n'a pas d'aqueduc quand tout le monde a son propre système », a-t-il dit. « C'est moins contraignant » en cas de problème, a-t-il ajouté.

Le Ministère a donc permis à M. Neault d'aller de l'avant avec son projet immobilier comprenant un réseau privé d'aqueduc. Moins de dix ans plus tard, le puits ne fournit plus assez d'eau. Entre à nouveau en scène le ministère de l'Environnement qui demande à la Ville par ordonnance d'intervenir. D'abord, elle s'assure régulièrement de remplir le puits. Puis, elle commence une prospection d'eau dans le sous-sol du secteur. En dépit de ses efforts et de dizaines de milliers de dollars investis, elle ne trouve aucune nouvelle source capable d'alimenter le réseau d'aqueduc.

La seule solution possible était de prolonger le réseau de la ville à partir du boulevard David-Bouchard vers, rappelons-le, les terrains et maisons construites et vendues par M. Neault. Une distance de deux kilomètres sépare les deux réseaux d'aqueduc. Coûts estimés par la Ville : plus de 7,3 millions $.

Le promoteur Neault y voit la solution parfaite. Il pourrait alors poursuivre son projet immobilier en vendant des centaines de terrains desservis par l'aqueduc de la Ville. Reste à savoir qui aurait payé pour les deux kilomètres de tuyaux et d'excavation.

La règle d'or dans le monde municipal est que les riverains assument au minimum la moitié de la note. Petit problème ici : ils ont tous des puits qui fonctionnent parfaitement...

Le conseil a finalement réalisé l'iniquité du scénario et a abandonné en février le projet. Mais le mal était fait puisque le promoteur, avec l'assentiment du conseil en 2012, avait commencé à lotir ses terrains. Dans une résolution, le conseil indiquait que les terrains seraient desservis par ses réseaux d'aqueduc et d'égout... Une erreur majeure causée par un manque de prudence et de réalisme de l'administration municipale.

Ce mauvais film porte la signature du ministère de l'Environnement. D'abord pour avoir permis la construction d'un réseau d'aqueduc privé, puis pour avoir exigé que la Ville fournisse de l'eau aux familles concernées et enfin pour l'avoir laissée tomber dans la recherche de solutions. Malgré une responsabilité évidente dans ce fiasco, le Ministère ne déboursera pas un sou des 2,25 millions de dollars versés au promoteur...

Ce n'est pas la première fois que le ministère de l'Environnement pellette un tel problème dans la cour d'une municipalité. C'est même devenu son modus operandi. On l'a vu à Brigham, où des problèmes de qualité de l'eau ont été signalés dans un réseau privé d'aqueduc dont le propriétaire ne veut plus s'occuper. Et c'est ce qui se trame dans le secteur de West Brome, où le propriétaire des terrains d'un parc de maisons mobiles est incapable de payer pour réparer son système d'égout. Dans les deux cas, le Ministère s'en est lavé les mains, refilant la responsabilité de corriger le tout aux municipalités.

L'imputabilité est un concept qui lui échappe !

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer