Austère trahison

Question aux ministres de la Santé et des... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Question aux ministres de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, et à sa collègue ministre responsable des Aînés, Francine Charbonneau : combien coûterait au secteur public la brochette des services offerts par la Maison Gilles-Carles?

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Michel Laliberté
La Voix de l'Est

Y'a de ces décisions gouvernementales qu'on ne peut comprendre. Celle de mettre fin à deux subventions totalisant 186 000 $ pour aider la Maison Gilles-Carles à offrir des services de répit à des proches aidants dans la région de Brome-Missisquoi en fait partie.

Quand on parle de désengagement de l'État à l'égard de la population, c'est probablement le meilleur exemple récent.

Incapable de fonctionner sans cette aide, la direction de l'établissement a annoncé jeudi qu'elle fermait temporairement ses portes. Cette annonce est vécue comme une tragédie dans la région où 211 familles de proches aidants bénéficient des nombreux services offerts par la Maison Gilles-Carles, nommée à la mémoire du célèbre cinéaste qui a vécu les 17 dernières années de sa vie avec la maladie de Parkinson.

Au-delà du désarroi ressenti par les familles, cette situation s'apparente à une forme de trahison de la part du gouvernement québécois à l'égard de la région. La philosophie d'austérité qui guide l'action gouvernementale depuis quelques années repose notamment sur une prise en charge des communautés. L'État ne peut pas tout faire, ne peut pas tout payer, se sont-elles fait dire.

La région de Brome-Missisquoi a saisi le message. En 2012, au terme d'une intense campagne de financement, de promotion et de persuasion, le Regroupement soutien aux aidants de Brome-Missisquoi a réalisé une première au Québec en construisant une maison destinée à accueillir des personnes non autonomes pendant de courts séjours. Le but était de permettre à leurs aidants naturels, soit leurs filles, fils, soeurs ou frères qui s'occupent d'elles à temps plein, de pouvoir souffler un peu. En 2015, un total de 4013 heures de répit ont ainsi été offertes.

La réussite du projet s'explique par l'implication de toute la communauté:

L'entrepreneur Daniel Bélanger a fait don du terrain où la maison a été bâtie en 2012 (valeur du terrain de 76 000 $, selon l'évaluation municipale);

La Ville de Cowansville, où la maison se trouve, a contribué à hauteur de 25 000 $ à la construction de l'établissement et lui verse tous les ans l'équivalent des taxes foncières (4317 $ en 2015);

La Fédération des médecins spécialistes a contribué 100 000 $ (l'argent a permis de construire l'ascenseur dans l'établissement);

Le Regroupement soutien aux aidants naturels de Brome-Missisquoi a récolté 60 000 $ lors de sa campagne de financement pour construire la maison (valeur d'environ 350 000 $).

La Caisse Desjardins de Brome-Missisquoi rembourse à l'organisme les intérêts annuels de son hypothèque;

Durant sa dernière année financière, 200 000 $ ont été obtenus en différents dons, dont 100 000 $ de la Fondation Gilles-Carles.

La générosité des citoyens et des institutions n'a pas été la seule au rendez-vous. Cinquante-six bénévoles offrent de leur temps pour que l'établissement puisse remplir sa mission. Ils accompagnent les aidants, font la comptabilité de l'organisme, siègent à son conseil d'administration, s'occupent des campagnes de financement, assurent l'entretien de la propriété.

En 2015, ces bénévoles ont investi 2488 heures pour la cause. Soyons chiches et mettons-les au salaire minimum: la valeur de leur travail s'élève à 26 746 $.

La masse salariale de la Maison Gilles-Carles, qui emploie jusqu'à dimanche à minuit sept employées à temps plein et huit à temps partiel, était de 335 000 $. Le taux horaire varie entre 15 $ et 25 $ de l'heure.

Question au ministre de la Santé et des Services sociaux, Gaétan Barrette, et à sa collègue ministre responsable des Aînés, Francine Charbonneau: combien coûterait au secteur public la brochette des services offerts par la Maison Gilles-Carles?

Quand les deux ministres auront déterminé quel ministère est responsable de la suppression des deux subventions, espérons qu'ils réaliseront l'ampleur de cette bêtise et s'amenderont en rétablissant le financement de l'établissement.

L'État ne peut, au nom de l'austérité, abandonner une région qui s'est prise en main. Il doit être un fidèle partenaire et respecter son contrat social.

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