Une heure difficile pour Pascal Bonin

Le maire de Granby, Pascal Bonin, a parlé... (Julie Catudal, La Voix de l'Est)

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Le maire de Granby, Pascal Bonin, a parlé de sa dépendance pour plaider contre l'entrée du cannabis sur le marché légal.

Julie Catudal, La Voix de l'Est

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Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est

(Granby) Le maire de Granby, Pascal Bonin, a tenu à participer au débat lors du volet Citoyens de la consultation publique pour l'encadrement du cannabis. Fervent défenseur de l'interdiction du cannabis, l'heure de discussions l'a ramené dans un passé qui l'a marqué à jamais.

Ex-alcoolique et ex-toxicomane, M. Bonin est sobre depuis onze ans. Il a commencé à consommer à l'adolescence et, après trois thérapies à l'âge de 33 ans, il n'a plus jamais touché à la drogue et à l'alcool. 

« Je suis venu ici parce que ça me touche profondément ce qui est en train d'arriver, confie-t-il en entrevue. Ça réveille quelque chose en moi d'absolument douloureux. Ce n'est pas en restant caché chez nous que je vais aider au débat. J'aime mieux faire partie du débat, même si j'ai perdu mon point. »

Il est le seul avec ce dur passé à avoir plaidé en défaveur de la légalisation du cannabis et, donc, de son encadrement. « Je n'en ai pas honte, je m'en suis sorti », affirme-t-il.

D'autres citoyens ont avoué consommer, certains maintenant qu'il s'agissait d'une consommation thérapeutique et quotidienne. Ce qui est venu piquer M. Bonin.

« On n'a pas parlé de la dépendance, a-t-il dit à la ministre Lucie Charlebois au micro ouvert. C'est un enjeu qui n'est pas abordé, mais qui est crucial. J'ai vécu 20 ans dans un enfer. Un dépendant ne voit pas la légalisation de la même façon. Ce qui me dérange dans le débat qu'on mène au Québec actuellement, c'est que le cannabis va être consommé de façon récréative. Allez voir dans un centre de thérapie si c'est une récréation. Il n'y a pas un dépendant qui consomme de façon récréative. Il ne faut pas empirer une problématique. »

Rien n'a été proposé vendredi soir pour que les plus vulnérables soient protégés. 

Crime organisé

M. Bonin met aussi en garde contre le crime organisé, qu'il ne faut pas sous-estimer. « Si vous pensez que le crime organisé va se faire enlever des milliards de revenus sans contre-attaquer et faire autre chose, on est dans un déni de société absolument incroyable. »

Selon lui, le crime organisé profitera de l'occasion pour blanchir des milliards de dollars et trouvera autre chose à mettre sur le marché noir pour continuer à faire de l'argent.

Quelques suggestions intéressantes

Des suggestions intéressantes sont parfois ressorties des discussions citoyennes ayant eu cours en soirée, comme la proposition de créer une pièce d'identité donnant accès au marché légal de cannabis en ligne. Cette carte permettrait de valider l'âge du consommateur, souligne Pascal Bonin, nommé porte-parole de sa table de discussion. Il compare cette carte à un permis de conduire.

« C'est un secret de Polichinelle. C'est sûr qu'une fois légalisé, Internet va faire partie de l'équation, expose-t-il. Il faudrait se présenter dans un lieu pour se faire faire une carte avec un code pour s'assurer que les commandes de cannabis sur Internet soient livrées à des gens dont on connait le profil. »

Il propose également que la vente se fasse dans des boutiques spécialisées où les consommateurs pourront être bien conseillés et sensibilisés. 

Ni dramatiser, ni banaliser

Des campagnes de sensibilisation sont aussi à prioriser, selon des participants, mais il faudra trouver la bonne façon de le faire.

Pour Pierre, il faut marteler les campagnes publicitaires sur les saines habitudes de vie afin que les Québécois ne sentent pas le besoin de consommer du cannabis. 

Selon Sylvie, à la table voisine, « on a beaucoup tapé sur les effets négatifs, mais il y a des effets positifs. Il ne faut ni dramatiser ni banaliser. Il faut donner des informations juste pour que les gens puissent discerner la réalité. Souvent, si on dramatise ou banalise, on est à côté de la cible. »

Tous deux s'entendent pour dire que les profits réalisés par la vente de cannabis devraient être réinvestis, que ce soit pour améliorer les services de santé, ou pour la prévention et l'éducation.

Des craintes concernant la proximité des écoles ont également été soulevées. « Je pense qu'on a fait beaucoup de progrès dans le monde municipal, faudrait pas revenir en arrière en matière de saines habitudes de vie », a fait valoir M. Bonin.

Les logements au coeur des préoccupations

La ministre Charlebois a pris le temps tout au long des discussions en soirée de passer de table en table, l'oreille tendue. 

Un constat l'a frappée : « J'ai beaucoup entendu parler, ici dans la région, des logements, a-t-elle confié en point de presse au terme de la journée. Ça m'a frappé, tout le monde m'a interpelée sur les logements, le nombre de plants permis dans les logements. »

La fumée secondaire qui peut pénétrer dans les logements voisins, entre autres, a aussi été au coeur des discussions.

La ministre s'est dite satisfaite de cette cinquième consultation régionale et de l'intérêt qu'y ont porté les citoyens en soirée. « C'est la première fois que je vois les gens vouloir continuer après. Si je les avais laissés faire, je serais encore ici pour une couple d'heures et mon mari m'attendrait encore. Je vois que les gens veulent nous donner leur opinion. »

Elle est tout de même consciente que le travail qui attend son équipe à la suite des consultations publiques ne sera pas de tout repos. « L'encadrement, c'est certain que ça va susciter des discussions. C'est certain qu'on ne va pas satisfaire tout le monde. Ce n'est pas tout le monde qui pense pareil. Mais on va essayer de trouver le point d'équilibre dans tout ça. »

Il reste deux autres consultations, à Montréal et Gatineau, une rencontre avec le milieu municipal et une autre avec le milieu autochtone.

« Ça enrichit nos pensées et on va concocter un bon projet de loi-cadre, a assuré la ministre Charlebois aux participants au terme de la consultation. C'est certain que tous les points qui ont été apportés sont considérés. C'est bon parce qu'on entend de nouveaux éléments. Toutes vos préoccupations sont prises en note, sont colligées. On a besoin d'entendre la population. » avec Karine Blanchard




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