La prison à la maison pour un blogueur controversé

Patrick Vaillancourt a été déclaré coupable de fraude... (archives La Presse)

Agrandir

Patrick Vaillancourt a été déclaré coupable de fraude par le juge Conrad Chapdelaine, le 19 juin 2014, d'avoir fraudé Louis-Philippe Pesant pour une somme de 125 000 $, entre le 1er janvier et le 30 avril 2007, à Bedford et à Saint-Jean-sur-Richelieu.

archives La Presse

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) Pour avoir escroqué un homme atteint de fibrose kystique, Patrick « Pat » Vaillancourt passera la prochaine année et demie confiné à sa demeure de Rivière-des-Prairies. Le tatoueur et blogueur de 36 ans, bien connu sur les médias sociaux, doit également rembourser sa victime.

Le 19 juin 2014, M. Vaillancourt a été déclaré coupable par le juge Conrad Chapdelaine d'avoir fraudé Louis-Philippe Pesant pour 125 000 $ en 2007, à Bedford et à Saint-Jean-sur-Richelieu. 

Pour soutirer ces milliers de dollars à sa victime, atteinte de fibrose kystique, M. Vaillancourt lui aurait vanté les vertus d'un produit pouvant améliorer sa condition de santé et fait miroiter la possibilité d'investissements boursiers offshore

Entre le 1er et le 20 mars 2007, M. Pesant a viré ladite somme, par tranches de 15 000 $ à 50 000 $, dans le compte bancaire de M. Vaillancourt. En proie au doute, la victime demande des comptes à l'accusé, qui lui répond que les sommes investies serviraient à un projet d'importation de comprimés destinés à la revente dans des centres de conditionnement physique.

La preuve a finalement déterminé que M. Vaillancourt « a utilisé cette somme à ses fins personnelles », notamment pour louer sa maison pendant une année, pour acheter un camion enregistré au nom de sa conjointe de l'époque ainsi que pour acquérir des meubles et des électroménagers. 

L'accusé jugé peu crédible

Au moment de déclarer M. Vaillancourt coupable, le juge Chapdelaine avait qualifié la version de l'histoire de l'accusé de « farfelue, cousue de fil blanc, rocambolesque, truffée d'invraisemblances » et qui « relève quasi du roman ».

La Cour d'appel avait également souligné qu'elle n'adhérait pas à la version de l'appelant, jugée peu crédible. 

Qui plus est, lors des représentations sur sentence tenues le 3 août dernier, M. Vaillancourt a reconnu avoir menti sur les médias sociaux sur la cause de deux mandats d'arrestations dont il faisait l'objet, en janvier et en avril dernier, pour avoir omis de se présenter en cour. 

« Oui, je vais ''remieuter'' des choses et modifier des histoires » au bénéfice de ses quelque 70 000 abonnés, a-t-il admis à la Couronne. « Ça ne fait pas de moi un menteur, a-t-il nuancé. Ça fait de moi quelqu'un qui entertain 70 000 personnes. »

Aux yeux de la procureure de la Couronne dans le dossier, Me Valérie Simard-Croteau, cette tendance à altérer la réalité en dit long sur le caractère de l'accusé. « Il admet avoir menti sciemment dans son rôle d'amuseur public », a-t-elle souligné en entrevue avec La Voix de l'Est.

Peine et probation

Les procédures judiciaires avaient débuté en août 2008. En septembre 2014, le fraudeur avait fait appel de la décision du juge, mais avait essuyé un revers en décembre 2015. Plusieurs reports ont ensuite retardé le prononcé de la sentence.

Au Palais de justice de Granby, lundi, le juge Chapdelaine a condamné l'accusé à une peine d'emprisonnement de 18 mois avec sursis dans la collectivité, une sentence assortie d'une probation de deux ans. Dans le cas de fraudes de plus de 5000 $, le Code criminel prévoit une peine maximale d'emprisonnement de quatorze ans.

La Couronne réclamait une peine de détention ferme de neuf à douze mois, souligne Me Simard-Croteau, alors que la défense plaidait pour une sentence suspendue. Tout au long de sa peine, M. Vaillancourt ne pourra pas se trouver à moins de 100 mètres ou communiquer avec sa victime ou les membres de sa famille. Il devra également éviter de troubler l'ordre public et se présenter devant un agent de surveillance lorsque requis. Il devra aussi se conformer à un couvre-feu et faire installer, d'ici deux semaines, une ligne téléphonique terrestre à sa résidence. 

On s'attend par ailleurs de M. Vaillancourt à ce qu'il ne consomme aucune drogue ou alcool, et qu'il ne se trouve dans des endroits où l'on fait l'usage, la vente ou le trafic de drogues, de même que dans des bars, débits de boissons et restaurants avec permis d'alcool, sauf exception autorisée.

Remboursement

Enfin, Pat Vaillancourt, qui depuis son revers en appel a remboursé 75 000 $ à sa victime, aura six mois pour remettre à celle-ci les 50 000 $ restants. Un premier versement de 6000 $ devra être effectué d'ici le 15 août prochain, à 16 heures, après quoi le fraudeur devra payer un minimum de 5000 $ par mois à compter du 1er septembre, a ordonné le juge. 

« Je veux finir de rembourser pour avoir l'esprit tranquille, le coeur tranquille », avait mentionné l'accusé le 3 août. Le père de quatre enfants a également fait valoir qu'il avait fermé son commerce et que son seul revenu émanait du tatouage qu'il pratiquait à son domicile.

Deux autres personnes ont affirmé de vive voix à l'auteure de ces lignes avoir été victimes d'une arnaque de la part de Patrick Vaillancourt au cours des dernières années. La Voix de l'Est a également découvert, au fil de ses recherches, plusieurs pages Facebook cherchant à réunir les différentes victimes potentielles du fraudeur.

Nous avons tenté de communiquer, sans succès, avec Patrick Vaillancourt, de même qu'avec l'avocat de l'accusé, Me Jean-Marc Bénard. Un membre de la famille de Louis-Philippe Pesant a indiqué au journal que ce dernier était présentement hospitalisé.

Qui est Patrick Vaillancourt?

Au cours des dernières années, Patrick Vaillancourt, tatoueur et blogueur, a défrayé les manchettes plus souvent qu'à son tour. Et pas toujours pour les bonnes raisons.

Le tatoueur avait notamment fait parler de lui aux quatre coins de la planète en 2011, quand il avait exprimé le souhait de se faire tatouer, moyennant rétribution, plus de 100 000 URL (adresses Internet) d'entreprises sur le corps, et ce, afin d'entrer dans le Livre des records Guiness

En 2014, Vaillancourt a participé activement à la chute de son «ennemi», le controversé blogueur Gab Roy, condamné à 18 mois d'emprisonnement pour une affaire de leurre et de contact sexuel avec une adolescente. Ce serait lui qui aurait encouragé la victime à dénoncer son agresseur sur les médias sociaux par le biais d'une vidéo.

Selon La Presse, Pat Vaillancourt­ a aussi reçu, en 2015, une lettre du Collège des médecins pour avoir «retiré un amas de chair dans la bouche d'un ami avec un scalpel», opération qu'il avait filmée et diffusé sur les réseaux sociaux. Le principal intéressé avait fait valoir qu'il s'agissait d'une modification corporelle à même titre qu'un perçage ou la pose d'un implant, des pratiques réalisées dans des studios de tatouage.

En juin 2016, le blogueur suscitait à nouveau la controverse en s'associant à une clinique de Longueuil offrant, par des tirages, des prescriptions gratuites pour du cannabis thérapeutique.

Enfin, en février dernier, La Presse rapportait que Pat Vaillancourt avait tenté d'ouvrir un dispensaire de cannabis dans le quartier Hochelaga-Maisonneuve. Le blogueur avait alors affirmé au quotidien s'être lancé dans l'aventure afin de se libérer de ses problèmes financiers engendrés par sa dépendance à la cocaïne.

Or, a-t-il soutenu ensuite, il a réalisé qu'il s'était fait prendre dans un stratagème mis sur place par le crime organisé. Après avoir dénoncé les menaces dont il s'estimait victime sur Internet, son studio de tatouage avait été visité par deux hommes cagoulés.




publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer