Assurer l'avenir des centres de traitement des dépendances

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Nicolas Bédard, président de la Coalition des organismes communautaires en dépendance et directeur général de L'Envolée, estime qu'il faut revoir les méthodes de financement public des centres de thérapie.

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Shefford) La fermeture du Centre Robert Piché - Elphège Roussel, mieux connu sous le nom de Mélaric, inquiète. Pour éviter que d'autres centres de traitement en dépendance et en toxicomanie emboîtent le pas, le financement de ces établissements serait à revoir.

L'important manque de fonds pour rénover ses installations et pour augmenter sa capacité d'accueil, en plus d'un achalandage insuffisant, a eu raison de l'établissement qui peinait à faire ses frais malgré la relance tentée par le célèbre pilote d'avion. 

Nicolas Bédard, président de la Coalition des organismes communautaires en dépendance (COCD), croit peu à une nouvelle relance du centre situé en Outaouais. « C'est la fin, après tous les efforts déployés et malgré toute la bonne volonté et le grand coeur du commandant Piché. La bouchée était beaucoup trop grosse », se désole-t-il.

Selon lui, le cas de Mélaric démontre que la méthode de financement public au prorata des lits occupés est à revoir, puisqu'elle met en danger la survie des centres de thérapie en dépendance. « Qu'on soit occupés à 100 % ou à 50 %, les dépenses liées au personnel, aux bâtiments et à l'équipement, elles, ne fluctuent pas. C'est un des problèmes qu'on souhaite aborder avec Québec cet automne », indique M. Bédard, qui rappelle également que l'entente de financement de six millions de dollars entre Québec et les centres de traitement vient à échéance le 31 mars prochain. 

« Il faut déjà penser à la suite des choses, maintient-il. On pourrait peut-être prévenir d'éventuelles fermetures. »

Faible marge de manoeuvre

« La demande est suffisante pour maintenir les centres ouverts, nuance le président du COCD. Mais dès cet automne, des problèmes pourraient survenir dans certaines régions, alors que des gens pourraient devoir parcourir 150, 200 kilomètres pour aller en désintox. »

« Avec une pareille distance, leurs proches pourront moins souvent aller les visiter pour les soutenir, ajoute-t-il. Et avec l'allocation qui leur est versée, s'ils décident d'aller les visiter, il ne leur restera plus grand-chose après. Ça devient compliqué. »

Au centre L'Envolée à Shefford, où M. Bédard est directeur général, le taux d'occupation annuel oscille autour de 95 %. Ainsi, en moyenne, de 110 à 112 lits sur les 116 que compte l'établissement pour hommes trouvent preneur l'année durant. Sa porte est ouverte pour accueillir quelques pensionnaires judiciarisés de Mélaric.

Malgré tout, la marge de manoeuvre entre rentabilité et déficit est étroite. « En avril, on hébergeait seulement 97 personnes, et notre point de rupture est de 94, explique-t-il. Ça veut dire qu'en bas de ça, on perd de l'argent. »

Pour sa part, le Centre d'aide et de réhabilitation pour alcooliques et toxicomanes (CARAT), situé à Sainte-Brigide-­d'Iberville, a augmenté sa capacité d'accueil afin de se donner un peu de répit. « Avec mes 30 lits, je n'avais pas de jeu », constate son directeur général Jean-Yves Justum­, qui a ajouté une quinzaine de places à son établissement­ pour être plus à l'aise. 

Selon lui, il est difficile de dépendre d'un financement selon l'occupation, puisque l'achalandage des centres est sans cesse amené à fluctuer. « L'occupation suit les saisons et le taux de criminalité. C'est donc beaucoup plus tranquille l'été, et achalandé à l'automne, illustre-t-il. On ne sait jamais ce qui va arriver, on est toujours dans l'inconnu, à la merci de l'achalandage. De notre côté, même si on n'est pas à pleine capacité, on ne peut pas se défaire de nos employés parce qu'on reçoit moins d'argent. »

Garder la tête en dehors de l'eau

Le Québec compte environ 75 centres de désintoxication et de traitement des dépendances, pour environ 1800 lits pouvant accueillir des clientèles diverses. Du lot, une quarantaine d'adresses accueillent des prestataires judiciarisés ou des bénéficiaires de l'aide sociale, ce qui représente 1200 places, précise M. Bédard. Le Centre Robert Piché-Elphège Roussel en comptait 110. « C'est donc dire qu'il y a 10 % des lits qui partent d'un seul coup », laisse-t-il tomber.

Parmi les centres qui lui survivent, plusieurs pourraient ne pas pouvoir faire face à l'avenir sans un financement adéquat, puisque la demande est appelée à augmenter, estime Nicolas Bédard. « On est en plein dans la crise des opioïdes et avec la légalisation du cannabis, l'an prochain, on entrevoit une augmentation de la demande pour nos services. Il faut s'assurer d'avoir le financement qui nous permette de garder la tête hors de l'eau. »




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