De retour sur sa moto après l'amputation de sa jambe droite

«C'était comme deux amputations. J'avais perdu ma jambe,... (Catherine Trudeau)

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«C'était comme deux amputations. J'avais perdu ma jambe, mais aussi ma capacité de faire de la moto», se rappelle Dean Hadd, qui enfourche de nouveau une moto après deux ans de réadaptation.

Catherine Trudeau

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Samuel Leblanc, stagiaire à la voix de l'Est.
Samuel Leblanc
La Voix de l'Est

(Granby) Rien n'arrête Dean Hadd. Le Waterlois est le premier Québécois à rouler à moto à la suite de l'amputation partielle de sa jambe droite causée par un accident. Il lui a fallu deux ans d'efforts , mais il peut maintenant enfourcher à nouveau son bolide et s'adonner à sa passion de toujours. Il a accepté de partager son histoire à La Voix de l'Est.

Le drame est survenu en juillet 2015 alors qu'il roule derrière un camion, sur la 112 dans la région de Waterloo. Il voit alors le camion tourner à une intersection en T, et décide de le dépasser. Au même moment, un camion de gravier s'engage dans sa voie à partir de l'embranchement du T.

« J'ai freiné un peu, mais c'était déjà trop tard », se remémore le moto­cycliste. « Il y a beaucoup de choses qui se passent dans la tête dans une fraction­ de seconde quand ça arrive ». 

Il tente de bifurquer, et sa jambe droite entre en contact de plein fouet avec le devant du deuxième camion. Avant de s'évanouir, il se dit que sa jambe doit être cassée. Qu'une chance qu'il ne roulait pas vite. 

Mais à son réveil, il en va tout autrement.

« Quand je me suis réveillé à l'hôpital, je n'avais plus de jambe », se rappelle-t-il. « Sur le coup, je pensais que tout, tout, tout était fini. Pas juste la moto. On ne connaît pas ça, les amputations... ».

Dean Hadd a été amputé un peu au-dessus du genou. Il restera 12 jours à l'hôpital, où l'équipe de spécialistes lui fait part qu'il serait un bon candidat pour une prothèse électronique et hydraulique. 

Rapidement, il s'informe à savoir s'il pourra refaire de la moto avec une prothèse. On lui répond que cela n'a encore jamais été fait au Québec. YouTube lui apprend que cela se pratique en Europe. « Il y avait possibilité de le faire. Je me suis dit : s'il y a possibilité, on va le faire ».

Déterminé, vous dites ? « (Pour moi), c'avait été comme deux amputations. J'avais perdu ma jambe, mais aussi ma capacité de faire de la moto... »

300 rendez-vous

Durant un an et demi, le Waterlois se présentera à plus de 300 rendez-vous au centre de réadaptation Constance-Lethbridge de Montréal. Son but : pouvoir monter sur sa moto à nouveau. Le test pour récupérer son permis se déroulera à cet endroit également.

 « C'était pas un test de conduite, mais un test pour la prothèse », précise l'homme de 52 ans. L'exercice ? Prendre place sur la moto, des préposés la retenant en équilibre. Quand ils la relâchent, il doit mettre les pieds par terre. Sans tomber. 

« C'était très, très difficile... »

Le fait qu'il avait encore une grande portion de la partie supérieure de sa jambe rendait toutefois la tâche moins ardue, selon lui. Aussi, sa prothèse hydraulique est équipée de microprocesseurs qui lui permettent d'être réactive aux événements, se barrant lors d'un choc, par exemple. « C'est ça qui fait toute la différence », dit-il.

Dean Hadd s'achète, durant ce temps, un petit modèle de moto pour pratiquer chez lui. « Au début, c'était très énervant et apeurant, parce qu'on a pas de confiance dans la prothèse », précise-t-il. Avant de passer son test, il va ainsi parcourir 500 km... uniquement dans sa cour ! 

L'ajout de roues stabilisatrices lui aura permis de finalement faire confiance à sa prothèse.

Les gens de la Société d'assurance automobile du Québec ont-ils sursauté en voyant un homme avec une prothèse se présenter pour ravoir son permis ? 

« J'imagine », répond-t-il en riant. « Ça ne s'était jamais fait. Il fallait que je pousse, que je montre les tests que j'avais passés au centre de réadaptation ».

Le quinquagénaire a obtenu son permis l'automne passé. Sa moto est maintenant adaptée, avec des freins au pouce gauche et non au pied. C'est le premier été qu'il peut en profiter depuis son accident.

Conditions particulières

Seule ombre au tableau : même si le passionné a franchi toutes les étapes pour pouvoir sillonner à nouveau les routes en moto, il ne peut embarquer de passager. « Avant, je voyageais beaucoup avec ma conjointe », témoigne-t-il, se rappelant leurs périples à travers le Canada et dans la province. Elle n'a cependant pas de moto. C'est donc elle, pour l'instant, qui doit faire le deuil de leurs promenades.

Il mentionne toutefois que cette situation pourrait changer dans le futur.

Objectif: 200 000 kilomètres

Dean Hadd n'en est pas à ces premiers kilomètres en moto. Dès l'âge de 13 ans, il pratique le motocross et à 17 ans, il obtient sa première moto de route. Sans se faire prier, il traverse aussitôt le Canada. Il sillonnera le pays de bord en bord également avec sa conjointe, plusieurs années plus tard. En 2006, il s'achète une moto de modèle Triumph Trophy 1997.

Côté kilométrage, elle est presque neuve. Le but du motocycliste : atteindre les 200 000 km. Sa femme et lui vont parcourir, selon leurs dires, presque la totalité des routes pavées du Québec. Suivront un voyage à Winnipeg et quelques autres dans les Maritimes. À ces longues distances s'ajoutent de plus petites aventures dans le sud de la province. Au moment de son accident, le mordu de moto affichait 183 739 km au compteur. Samuel Leblanc




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