Cinq ans sans eau potable

Comme la concentration en arsenic du réseau privé... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Comme la concentration en arsenic du réseau privé d'aqueduc d'un parc de maisons mobile, situé aux abords de la route 112, oscille entre 12 et 14 microgrammes par litre depuis quelques années, son eau fait l'objet d'un avis de non-consommation depuis le 18 juillet 2012.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Saint-Paul-d'Abbotsford) Cela fera bientôt cinq ans que les citoyens d'un parc de maisons mobiles à Saint-Paul-d'Abbotsford sont privés d'eau potable. La propriétaire a pour sa part essuyé un nouveau revers dans sa tentative de faire prendre en charge ses réseaux privés d'aqueduc et d'égout par la municipalité.

En mars 2012, la norme quant à la quantité d'arsenic maximale contenue dans l'eau en vertu du Règlement sur la qualité de l'eau potable est passée de 25 à 10 microgrammes par litre. Comme la concentration en arsenic du réseau privé situé aux abords de la route 112 oscille entre 12 et 14 microgrammes par litre depuis quelques années, son eau fait l'objet d'un avis de non-consommation depuis le 18 juillet 2012. 

Faire bouillir l'eau est inutile, puisque cela augmenterait au contraire la concentration d'arsenic dans l'eau, explique Daniel Messier, porte-parole régional pour le ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte aux changements climatiques (MDDELCC) en Estrie.

En conséquence, les résidents du parc doivent utiliser de l'eau embouteillée. Certains ont plutôt choisi de faire installer, à leurs frais, un système de filtration d'eau.

« Je consommais l'eau avant, et il n'y avait pas de problème, souligne l'un des résidents. J'aimerais comprendre pourquoi la norme a changé. La qualité de notre eau n'a pas changé, elle n'est pas plus dangereuse qu'avant, mais on doit se démerder depuis cinq ans pour s'en procurer. »

« C'est assez particulier, ajoute un autre, parce que le Québec est l'un des endroits au monde où il y a le plus d'eau douce. Mais nous, on n'y a pas accès. »

« On dépense à chaque semaine pour aller s'acheter des cruches d'eau, déplore une voisine. On s'était fait dire que le puits allait être réparé cet été, mais il ne se passe rien. On attend qu'il se passe quelque chose. »

Litige

La totalité des résidents du parc auxquels s'est adressée La Voix de l'Est ont refusé d'être identifiés en raison de leur relation tendue avec la propriétaire des lots, Solange Loiselle. Ceux-ci estiment qu'il est de sa responsabilité d'entretenir ses systèmes d'égout et d'aqueduc, ce qu'elle ne fait pas selon eux.

« Je sais que ça doit être difficile et coûteux pour elle, mais c'est son parc ; ce sont ses terrains », rappelle une résidente.

« Comme elle ne s'en occupe pas, elle serait mieux de les vendre », a renchéri une autre.

Les parties s'étaient d'ailleurs affrontées devant la Régie du logement en décembre 2013, après que les quelque 30 locataires des terrains du parc aient vivement contesté une hausse des frais d'aqueduc imposée par Mme Loiselle, qui leur réclamait aussi un paiement rétroactif, et ce, à compter de mars 2012. Affirmant que la propriétaire tentait de se dégager de ses obligations, soit de maintenir ses réseaux en bon état de fournir une eau consommable, le juge Serge Adam avait notamment accordé une diminution de loyer aux locataires, et ce, jusqu'à la levée de l'avis de

non-consommation d'eau.

Municipalisation refusée

Mme Loiselle tente pour sa part depuis quelques années de reléguer la gestion de ses réseaux à la municipalité. Déjà, en 2013, la propriétaire soutenait ne pas avoir les moyens de gérer et d'entretenir l'aqueduc et de l'adapter aux normes plus sévères du MDDELCC. 

Une demande de municipalisation des réseaux avait été formulée en décembre 2012. À l'époque, Saint-Paul-d'Abbotsford avait soutenu devant un commissaire enquêteur du ministère que le réseau d'aqueduc municipal se trouvait trop loin de celui de Mme Loiselle pour procéder à un raccordement. De plus, avait-on ajouté, l'acquisition du réseau et sa mise aux normes auraient été beaucoup trop onéreuses étant donné qu'à peine plus d'une vingtaine de ménages s'y alimentent.

En conséquence, le ministre avait rejeté la demande de Mme Loiselle, deux ans plus tard. Il lui refusait également qu'elle cesse d'exploiter le système d'égout, mais lui avait permis de mettre fin à son service d'aqueduc le jour où chaque abonné pourra s'alimenter en eau de façon autonome, que ce soit en construisant un puits domestique individuel ou par l'installation d'un puits collectif. 

La Damasienne a fait appel de cette décision auprès du Tribunal administratif du Québec (TAQ), qui a donné gain de cause au MDDELCC et à la municipalité, qui jugeaient la requête irrecevable. Le TAQ a débouté Mme Loiselle sous prétexte qu'il n'a aucune compétence pour renverser le pouvoir d'ordonnance du ministre de l'Environnement.

Vers un traitement de l'eau ?

Mme Loiselle a entamé des démarches pour traiter l'arsenic retrouvé dans l'eau de son réseau. La principale intéressée a confirmé avoir déposé une demande en ce sens au MDDELCC le 19 janvier dernier. Le ministère aurait demandé des informations supplémentaires neuf jours plus tard, puis a demandé un nouveau document le 27 avril dernier. Or, une décision tarde toujours, bien que le délai de traitement des requêtes est censé être de 75 jours. « On n'a pas eu de nouvelles et on ne sait pas combien de temps ça va prendre encore », a-t-elle indiqué à La Voix de l'Est, préférant ne pas commenter davantage le dossier tant qu'il demeure à l'étude.

Selon le MDDELCC, moins de 1 % de la population au Québec s'approvisionne en eau potable via un réseau d'aqueduc privé. Cela représente environ 60 000 personnes.




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