Un guérisseur acquitté

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Les audiences pour entendre la cause se sont déroulées en octobre et en avril derniers, au Palais de justice de Granby.

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Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est

(Granby) Parce qu'il persistait un doute raisonnable quant à la nature des gestes qu'il aurait posés à l'endroit de deux plaignantes, Bertrand Deschamps a été acquitté des accusations d'agression sexuelle qui pesaient contre lui.

Le principal intéressé niait avoir abusé sexuellement deux soeurs, le 29 janvier 2013 à Granby. Les deux femmes s'étaient rendues à son domicile après avoir eu connaissance de son « don allégué de guérisseur », peut-on lire dans le jugement rendu la semaine dernière par l'honorable Serge Champoux. Les audiences s'étaient déroulées en octobre et en avril dernier, au Palais de justice­ de Granby.

Ce jour-là, M. Deschamps examine la première des deux soeurs. Il installe ensuite une table de massage dans la cuisine de sa maison, où se trouvait également sa conjointe au moment des faits. 

Pendant une à deux heures, il masse la dame, notamment avec un appareil de vibromassage. Entre autres commentaires de nature « médicale », il apprend à la femme « qu'elle a un rein qui ne fonctionne­ qu'à 2 % de sa capacité ». 

L'accusé ausculte ensuite la seconde plaignante, qui affirme avoir été invitée à passer dans la chambre à coucher pour la suite du massage, qui dure lui aussi environ une heure. La porte de la pièce demeure ouverte. M. Deschamps­ apprend alors à la femme qu'elle souffre d'un cancer du rein.

Celle-ci, sceptique, a rapporté au juge que l'accusé aurait utilisé beaucoup d'huile à massage et que ses manipulations se seraient déplacées aux jambes, aux fesses et près de ses seins. Il aurait même tenté de rabaisser son sous-­vêtement pour accéder à ses parties­ génitales. 

Au sortir de la chambre à coucher, celle-ci se dit mal à l'aise. Sa soeur, ayant encore des douleurs, prend sa place dans la chambre. Elle aussi déclare au juge que M. Deschamps se serait livré à des attouchements sur elle. 

Ce n'est qu'après avoir quitté les lieux, non sans laisser une « contribution volontaire » au prétendu guérisseur, que les deux soeurs partagent leur expérience. Elles conviennent de porter plainte.

Défense

La conjointe de Bertrand Deschamps a témoigné pour sa défense. Elle-même a bénéficié du « don » du guérisseur, qui ne promeut pas ses services ni ne réclame quelque rétribution que ce soit, a-t-elle affirmé. La dame allègue que les deux plaignantes ont subi le même traitement que tous ceux qui demandent à être soignés par l'accusé.

Toujours selon la compagne de ce dernier, c'est à la demande de l'une des deux soeurs qu'il a accepté, à contrecoeur, de poursuivre dans la chambre à coucher. La femme se plaignait en effet d'une bosse à une fesse qu'elle ne souhaitait pas montrer. La seconde plaignante se serait elle-même déshabillée une fois dans la chambre, et se serait rhabillée quand, mal à l'aise, l'accusé serait sorti de la pièce.

La défense a aussi fait entendre le principal intéressé, qui a clamé n'avoir jamais fait l'objet de reproches pour des gestes inappropriés en lien avec sa pratique. Il a vivement nié avoir posé des gestes déplacés sur les deux plaignantes, qui lui ont donné l'impression de vouloir lui tendre un piège en retirant leurs vêtements dans la chambre.

Doute raisonnable

Reconnaissant d'emblée que l'accusé ne détient aucun diplôme ou formation dans le domaine médical, le juge Serge Champoux a souligné que toutes les parties en cause semblent tout de même convaincues des capacités de guérisseur­ de celui-ci.

Citant la jurisprudence, le magistrat a indiqué que, même si le témoignage des plaignantes relevait une perception sexuelle des gestes posés, « il faut plutôt regarder en premier si la version de l'accusé est crue et que si elle l'est, (...) il faut interrompre l'analyse et prononcer un acquittement (...), même si (cette version) soulève un doute raisonnable. »

Le juge a ensuite relevé que le discours de M. Deschamps ne contenait aucune connotation ou arrière-pensée sexuelle. « L'accusé ne m'est aucunement apparu être une personne calculatrice ou manipulatrice, a soulevé le juge Champoux. Il croit avoir un don, plusieurs personnes semblent lui donner raison, y compris dans une certaine mesure les plaignantes (...). Malgré le caractère étrange de ce qui s'est produit (ce jour-là), je suis incapable d'y voir objectivement la nature sexuelle des contacts. »

Considérant que la Couronne a échoué à se défaire du fardeau de la preuve, le juge Champoux a donc choisi d'acquitter l'accusé.




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