Les derniers moments d'Émily

Mina Champoux et Keven Beaulieu avec leur fils... (Janick Marois, La Voix de l'Est)

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Mina Champoux et Keven Beaulieu avec leur fils Thomas et leur petite Émily.

Janick Marois, La Voix de l'Est

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Isabel Authier
Isabel Authier
La Voix de l'Est

(Granby) Depuis la naissance de la petite Émily, une épée de Damoclès pend au-dessus de sa tête et de celles de ses parents. Mina Champoux et Keven Beaulieu savent maintenant que leur fille est condamnée, sans savoir quand l'inévitable surviendra. Pour les aider à apaiser leur chagrin - et tous les soucis du quotidien - le parrain d'Émily lance un appel à tous sur le site de sociofinancement GoFundMe.

« Mon frère Keven ne demande jamais d'aide à personne. Je l'ai fait à son insu. Ça ne remplacera jamais Émily, mais si ça peut alléger leurs inquiétudes durant ces moments difficiles, tant mieux. Au moins, ils n'auront pas à s'en faire pour ses funérailles », explique Christophe Beaulieu, qui a eu l'idée de la campagne « Les derniers moments Émily Beaulieu » avec sa conjointe Élizabeth­ Drouin, qui est aussi marraine­ du poupon de quatre mois.

La naissance d'Émily ne laissait pourtant rien présager d'inquiétant. Sa maman avait du retard, mais la grossesse s'était déroulée normalement. À l'accouchement, cependant, les choses ont mal tourné. Coincée à la hauteur des épaules, bébé n'arrivait pas à sortir, malgré les démarches du personnel médical. Il a fallu une intervention sur la mère pour enfin permettre à Émily de naître par voie naturelle. 

Mais le mal était fait. Mina nous montre un document où est inscrit ce dont sa fille souffre : encéphalopathie hypoxique ischémique sévère avec multiples complications. « C'est 80 % de son cerveau qui est atteint », glisse-t-elle. À moitié sourde, à moitié aveugle, la petite avale également sa salive et s'étouffe à répétition. Elle a déjà souffert de plusieurs pneumonies. Bref, depuis leur retour à la maison, Mina Champoux n'a aucun répit. 

« Après sa naissance, elle et moi avons été transférées au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke­. Pour la laisser partir, il fallait la mettre dans le coma et attendre sans la nourrir. C'était tellement cruel. On avait aussi le choix de la donner en adoption à une famille qui s'occupe des enfants très malades. Ce n'était pas non plus une option. On l'a ramenée à la maison... »

Sauf qu'Émily demande des soins 24 heures sur 24. Le couple reçoit du support médical extérieur et accueille une aide domestique trois heures par semaine. Mais la jeune mère est la seule à avoir le droit d'aspirer les sécrétions de son bébé. Deux fois durant l'entrevue, elle devra d'ailleurs s'interrompre pour intervenir, attentive aux moindres changements de sons émis par son poupon. 

Impossible pour elle de s'en éloigner ni de dormir sur deux oreilles. D'autant plus que son conjoint travaille et que le couple a un autre enfant, âgé de trois ans. 

Stress constant

Avec un déménagement imminent - la famille quitte son 4½ cette semaine pour avoir un peu plus d'espace - et le coût des médicaments, des traitements, du transport à l'hôpital et de tout le reste, le stress est insoutenable. 

Devant cela, Christopher Beaulieu a jugé qu'il fallait aider son frère et sa belle-soeur, qu'ils le veuillent ou non ! La campagne de sociofinancement a été fixée à 1000 $, mais tous les dons seront les bienvenus, dit-il. 

L'argent amassé permettra d'absorber toutes les dépenses à venir, dont des funérailles dignes de ce nom. 

« Toute ma vie, je me suis débrouillé. C'est dur pour moi d'accepter qu'on m'aide... », glisse le papa, visiblement mal à l'aise de toute cette attention.

Car il n'y a pas que le parrain et la marraine d'Émily qui sont touchés par leur histoire. Certains commerçants, organismes et individus mis au courant de leur situation n'hésitent pas à aider dans la mesure de leurs moyens. Des vêtements, un porte-bébé... Quelques belles surprises les attendent parfois. « Ça nous touche beaucoup, beaucoup... », confie Mina Champoux. 

Si les jours d'Émily sont comptés - quelques mois tout au plus -, personne n'est en mesure de prévoir combien de temps la petite battante tiendra le coup. « En ce moment, on lui offre des soins de confort, ensuite, ce seront des soins de fin de vie. Il faudra décider de ce qu'on devra faire », laisse entendre le papa.

On ose leur demander s'ils sont prêts à lui dire adieu. « Je n'ai pas le choix de la laisser partir... On doit faire notre deuil, même si elle est encore avec nous. C'est difficile », confie Mina, pâle et visiblement épuisée.

« Je me dis qu'elle ne souf­frira plus. C'est une vie de misère qui l'attend. Il ne lui reste rien », constate son conjoint. 

Espèrent-ils un miracle ? « Le miracle, ce serait qu'elle parte sans souffrir. »

Pour participer à la campagne, on visite le www.gofundme.com/les-derniers-moments-emily-beaulieu

Une erreur médicale ?

Difficile d'entendre l'histoire d'Émily sans se poser la question : a-t-elle été victime d'une erreur médicale ?

La maman pèse ses mots. Le personnel médical a-t-il trop attendu ? A-t-il posé les gestes adéquats face à la gravité de la situation ? La petite aurait-elle pu mieux respirer et ainsi éviter ces séquelles irréversibles ?

Plusieurs questions taraudent le couple depuis quatre mois. « Mais avant de faire quoi que ce soit, on va attendre le rapport médical », indique doucement Mina Champoux, bien consciente de tout ce que cela implique.




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