Le Dr Khalil tire sa révérence

Le Dr Riad Khalil tire sa révérence après... (Alain Dion, La Voix de l'Est)

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Le Dr Riad Khalil tire sa révérence après plus de 43 ans de pratique en pédiatrie à Granby.

Alain Dion, La Voix de l'Est

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Jean-François Guillet
La Voix de l'Est

(Granby) « J'ai eu une très belle carrière. J'ai fait ce que j'aime, aider les gens ». Ces paroles du Dr Riad Khalil percent le silence de son bureau de la rue King où, il n'y a pas si longtemps, rires et pleurs d'enfants baignaient l'endroit au quotidien. C'est avec le sentiment du devoir accompli, non sans un brin de nostalgie, que le spécialiste a accroché pour de bon son stéthoscope.

Après plus de 43 ans de pratique à Granby, le Dr Khalil a toujours la flamme pour sa profession. Un accident survenu en décembre dernier a toutefois amorcé chez lui une profonde remise en question. « J'ai dû être en convalescence durant environ trois mois à cause d'une fracture à une jambe. Chaque jour, je me sentais mal de ne pas être capable de voir mes patients, confie-t-il. D'un autre côté, ça m'a fait réfléchir. J'ai pris ce qui m'arrivait comme un signe que c'était le temps de prendre ma retraite. »

Or, pas question pour le médecin spécialiste de laisser ses centaines de patients en plan. La majorité d'entre eux ont été pris en charge par la Dre Diane Martel­ à Granby, faisant en sorte que le passage à la retraite de M. Khalil­ s'est fait avec sérénité. « Au plus fort de ma pratique, j'avais près de 8000 patients, dit-il. Par chance, je n'en avais plus autant à la fin. Mais ça m'a enlevé un poids énorme sur les épaules de savoir que quelqu'un pouvait s'occuper d'eux. »

Révélation

La voie de certaines personnes est tracée dès leur prime jeunesse. Ce n'était pas le cas de Riad Khalil. La médecine s'est plutôt présentée telle une véritable révélation, de façon impromptue, sur le chemin de l'adolescent libanais. « Vers l'âge de 15 ans, je cherchais encore ce que je voulais faire dans la vie. Mon père avait une entreprise frigorifique et il voulait que je devienne ingénieur électrique. Ça ne m'intéressait pas. Mais il y avait un médecin qui venait nous soigner à la maison. Ça me fascinait. Un jour, je me suis fait piquer par un insecte pendant que j'étais à la chasse. Je me suis évanoui et on m'a transporté d'urgence à l'hôpital. C'est ce même médecin qui m'a sauvé. À ce moment, j'ai su que je voulais faire la même chose que lui. »

Le jeune homme a donc dû s'expatrier de sa terre natale pour entamer des études à Lyon. Un passage qu'il qualifie de « difficile », mais « enrichissant ». « Quand je suis arrivé en France, j'étais loin de chez moi, de mes racines, image-t-il. J'ai dû m'intégrer rapidement. On était 2400 étudiants et ce n'était pas facile de faire sa place. Par chance, j'étais très studieux et j'avais ce qu'il fallait pour réussir. Quand j'ai quelque chose dans la tête, il n'y a rien pour m'arrêter. » Il a donc terminé avec succès ses études en médecine au tournant des années 1970. 

Nouveau départ

Bien qu'il ait eu un penchant pour la cardiologie, le Dr Khalil a finalement bifurqué vers la pédiatrie. Une branche pour laquelle il a eu la piqûre dès le premier contact avec sa jeune clientèle. « Je voulais absolument me spécialiser dans mon domaine. La cardiologie, c'était bien intéressant, mais il manquait un petit quelque chose. La petite étincelle, je l'ai trouvée dans le contact avec les enfants. Je sentais que je pouvais faire la différence pour eux, pour des familles grâce à mes connaissances. »

Pratiquer au Liban ne figurait pas dans ses plans, notamment en raison du climat « explosif » qui y régnait. La guerre civile qui y a éclaté au milieu des années 1970, à peine quelques mois après sa diplomation en pédiatrie, a cristallisé la nouvelle vie du jeune médecin au Québec, sa terre d'accueil. « Ça bardait au Liban. Les gens se faisaient mas­sacrer chez nous. Ma famille était en danger, alors je les ai convaincus de me suivre au Québec. Venir ici, c'est une des meilleures décisions que j'ai prises. »

Ainsi, après quelques mois de pratique à l'hôpital Sainte-­Justine en cardiologie pédiatrique,

M. Khalil a découvert Granby. « On m'a informé qu'on cherchait un pédiatre à Granby, alors je suis allé faire un tour. Je suis tombé en amour avec le coin. En plus, on m'accueillait à bras ouverts comme médecin, alors je ne pouvais­ pas refuser. »

Le patient d'abord

Le Dr Khalil a pratiqué au Centre hospitalier de Granby jusqu'en 2012. En parallèle, il faisait des consultations dans son bureau, aménagé à même son domicile, rue King. Lorsqu'on lui demande quel est le secret d'une aussi longue et prolifique carrière, le spécialiste répond sans hésiter : « le patient d'abord ». 

Selon le médecin, sa principale force réside dans la justesse de ses diagnostics. « J'ai comme un sixième sens. Je peux parfois avoir l'air un peu brusque, mais je me concentre sur le cas. Je parle directement à l'enfant. Les gens entrent dans mon bureau avec des questions, je veux qu'ils sortent avec des réponses. »

D'ailleurs, M. Khalil a développé des affinités avec plusieurs enfants et leurs parents au fil des ans. « Au-delà du fait que j'ai eu une certaine renommée en dehors de Granby, je peux dire que j'ai eu une carrière bien remplie. Encore aujourd'hui, les enfants me courent après comme le père Noël quand ils me croisent. Pour moi, c'est le plus beau cadeau. »




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